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On l'a déjà dit, mais le rock en France, autrefois (années 60 et 70), bordel, c'était quelque chose. Il y avait à l'époque un je-ne-sais-quoi qui faisait que le rock français était vraiment à part, original, recherché, audacieux, osé même (Catherine Ribeiro, pour ne citer qu'elle et son groupe accompagnateur, Alpes). OK, le rock en France, c'était évidemment Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Dick Rivers, et certains diront que ces trois-là (et citons aussi Ronnie Bird, notamment) n'étaient pas vraiment de taille à concurrencer les Who, les Stones ou autres groupes anglo-saxons (même si l'album de 1969 de Johnny et le Dick Rivers de 1974, Rock'n'Roll Star, pardon, mais c'est du lourd). Mais on avait aussi de ces groupes... Magma. Triangle. Gong (même si le leader du groupe, et beaucoup de ses membres, n'étaient pas français, le groupe, officiellement, l'est). Heldon. Red Noise. Catherine Ribeiro + Alpes, donc. Zoo. Les Variations. Ange. Moving Gelatine Plates. Odeurs (et avant eux, tirés du même moule, Au Bonheur Des Dames). Jacques Higelin. Christophe. Les Frenchies, dont le chanteur, sous le pseudo de Martin Dune, n'était autre que le futur réalisateur Jean-Marie Poiré (hé si), et qui a accueilli en son sein, rapidement, une certaine Chrissie Hynde (hé si, le retour)... J'en passe et des meilleures. Parmi les groupes de rock français qui, en leur temps, ont un peu, ou beaucoup, fait parler d'eux, mais qui sont aujourd'hui totalement forgottés, il y à Dynastie Crisis. Eux, quoi.

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Ce groupe a été fondé en 1969 et durera jusqu'en 1974. Ils ne feront que quatre albums, celui-ci, le plus connu, est le deuxième, et comme le premier et le troisième, il n'a pas de nom (Dynastie Crisis donc), mais on peut l'appeler soit Dynastie Crisis 1972, soit Faust 72 (nom de la chanson la plus connue du groupe, présente ici), soit Ere Lumière (nom de la première chanson). Le groupe faisait du rock un peu progressif, et était constitué de Jacques Mercier (chant, guitare), Jacky Chalard (basse), Philippe Lhommet (claviers) et Geza Fenzi (batterie). Leur premier album, de 1970, a été produit par l'ancien chanteur des Pingouins, Thierry Vincent, et un certain Pierre Lescure, journaliste, on parle bien du même Pierre Lescure au passage, que celui auquel vous pensez. Le groupe a accompagné Polnareff en tournée en 1972 (sa tournée Polnarévolution) et connaîtra quelques rapides succès avec des singles (Faust 72, Jezahel), mais restera cependant, à vie, éternellement méconnu du grand public. Ce n'est cependant pas un groupe anticonformiste et radical à la Magma ou Red Noise. Musicalement, le groupe se tient super bien, joue bien, c'est assez accessible tout en étant ancré dans son époque et son style assez libertaire et original. Ce deuxième album n'a qu'un seul défaut : sa pochette. Je ne sais que dire : entre les costumes ridicules, les maquillages affreux (verdâtres - notamment pour Mercier, chauve - ou rougeâtres), les postures un peu bon alors, les mecs, on y va, ou quoi ? et le nom du groupe en lettres de tissu ou de strass, sur un rideau de scène (photo prise sur scène, on le voit) et qui est franchement mal cadré et mal foutu, on a le choix. Ca ne donne vraiment pas envie.

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Mais il faudra bien passer outre cette hideuse et ridicule pochette, ringarde à balle. Parce que Dynastie Crisis 1972 est un régal de rock progressif à la française (chanté en français essentiellement). Faust 72 est un classique du genre, qui sera, no shit du tout, utilisé dans le film Ocean's Twelve, oui les mecs, vous dire la portée du truc, et tant pis si le film n'est pas un triomphe, c'est l'intention qui compte. Et je ne parle pas d'une reprise, mais de la version originale. Et le morceau est chanté en frouze, pas en anglais, en plus. Sorti sur le label Harvest (le sous-label, progressif et expérimental, d'EMI), ce deuxième opus offre notamment Quatre Heures De L'Après-Midi, suite de 12 minutes assez incroyable qui précède un court (1 petite minute) final amusant, Répétition, montrant le groupe reprendre le Johnny B. Goode de Chuck Berry, final un peu bof, mais on n'y peut rien, c'est comme ça, et ça montre que le groupe ne se prenait pas vraiment au sérieux (Chante, Fais Ce Qu'il Te Plaît, non, c'est pas les Forbans). Des morceaux comme Merci Mr Chapman (dans lequel le groupe rend hommage à Roger Chapman, de Family, excellent chanteur un peu oublié/négligé ; bon, c'est vrai, Mercier en fait un peu trop, vocalement, sur ce morceau, mais c'est quand même très bon), Ere Lumière, Samouraï, Le Fantôme (chanson assez drôle sur un revenant emmerdé par ses chaînes, mais s'amusant comme un petit fou à faire peur à ses descendants dans son château) et évidemment Faust 72 font de cet album sans doute un peu chiant à se procurer en CD (pour le vinyle, c'est clairement le cas, j'ai eu du mal à le trouver, et pas à un prix super sympa, genre 40 euros, mais je ne regrette absolument pas) un vrai jalon du rock hexagonal. Une preuve de plus (avec tous les groupes que j'ai cité plus haut) que le rock en France, à l'époque, c'était vraiment bonnard. Et que ce n'était pas que Jauni Alité, oh que non, même s'il a fait quand même de très bons albums (mais par rapport au nombre de ses mauvais, il en fera peu, des bons, il fera surtout des brutes et des truands, mais c'est une autre histoire). 

FACE A

Ere Lumière

Samouraï

Chicago

Merci Mr Chapman

Chante, Fais Ce Qu'il Te Plaît

FACE B

Le Fantôme

Faust 72

Quatre Heures De L'Après-Midi

Répétition (Johnny B. Goode)