T4

Avec ce disque, je pense, prend fin ce petit cycle consacré à Traffic, fameux groupe britannique fondé à la fin des années 60 par un des meilleurs musiciens (et chanteurs) de sa génération, ancien whizz kid du Spencer Davis Group (il n'avait pas 18 ans quand le groupe a été formé), j'ai nommé Stevie Winwood. Traffic, vous le savez si vous avez lu les précédentes chroniques publiées ici récemment, je n'en ai jamais été très fan, sauf de leur seconde période, démarrée en 1971, achevée trois ans plus tard, et c'est justement cette période-ci qui fut à l'honneur, en petit désordre (j'ai d'abord abordé le double live qui la termine, avant d'aborder les albums studio qui précèdent). Pendant cette période, Traffic a abandonné le rock psychédélique des débuts (en même temps, en 1971, l'époque n'était plus trop au psychédélique...) pour passer la vitesse supérieure et faire une sorte de jazz-rock un peu (mais pas trop!) progressif. Une musique plutôt difficile à faire rentrer dans les cases 'Epouse X/Veuve Y', mais qui se laisse franchement écouter bien comme il faut, et qui a démarré par un live, Welcome To The Canteen (dernière apparition, au sein du groupe, de Dave Mason), qui offre notamment une sublime version de 10 minutes de Dear Mr. Fantasy, leur hommage (il n'était, alors, pas encore mort quand ils ont fait la chanson, c'était en 1967!) à Jimi Hendrix. Puis le groupe sort, la même année, The Low Spark Of High Heeled Boys, album étrange de sa pochette (deux des coins sont coupés, pour faire une illusion d'optique et montrer la pochette comme un cube en 3D, vu de loin) à son contenu (seulement 6 titres, assez longs, pas vraiment commerciaux ; et pourtant, le morceau-titre, long de 12 minutes, passera souvent en radio aux USA, et c'est encore le cas de temps en temps, d'après ce que j'ai pu lire, car je n'ai évidemment pas pu vérifier par moi-même là-bas).

T5

Un excellent album que ce cru 1971, qui sera suivi, l'année suivante, de Shoot Out At The Fantasy Factory, dont la pochette, qui montre des fringues dans l'espace (l'effet est un peu comme si les bonhommes dans les fringues s'étaient mystérieusement volatilisé, ne laissant que les vêtements derrière eux, gardant la forme humaine), est construite sur le même principe que pour le précédent opus : les coins supérieur droit et inférieur gauche sont volontairement coupés. Enregistré à Kingston, Jamaïque (ce qui ne se laisse vraiment pas deviner à l'écoute de l'album, les ambiances jamaïcaines n'ont absolument pas été inspirantes pour Traffic), l'album dure aussi longtemps que le précédent, soit 40 minutes, mais n'offre, lui, que 5 titres. OK, vous le savez, mais je dois quand même le préciser, les morceaux ne sont franchement pas très courts. Roll Right Stones, qui achève la face A, excellent morceau qui ne lasse pas malgré sa durée, dure la bagatelle, vraiment insignifiante, de 13,40 minutes. Aucun morceau ne fait moins de 5 minutes, ils font, pour les 4 autres, entre 5 et 8 minutes par tête de pipe. Trois d'entre eux figureront en bonne place sur On The Road, le double live de 1973 abordé relativement récemment. Le morceau-titre, notamment, très belle réussite, ou bien (Sometimes I Feel So) Uninspired, qui achève parfaitement l'album.

T6

Pas la peine de le dire, Shoot Out At The Fantasy Factory, avec ses longs morceaux jazzy et progressifs, ne sera pas un gros succès commercial, au même titre que la précédente livraison de la bande à Winwood et Capaldi. Même si la mode était aux curiosités, cette nouvelle direction prise par Traffic n'était peut-être pas vraiment celle que les premiers fans du groupe attendaient, et le disque ira lentement mourir dans les charts, si jamais il y est entré, en fait. C'est d'autant plus dommage, parce que tout en étant un petit peu (mais vraiment un tout petit peu) moins grandiose que le précédent, ce cru 1972 est très réussi et mérite totalement qu'on s'y attarde. Une période aussi méconnue que remarquable, sans doute la meilleure du groupe, au final. Quiconque la découvrira aura du mal à s'en remettre !

FACE A

Shoot Out At The Fantasy Factory

Roll Right Stones

FACE B

Evening Blue

Tragic Magic

(Sometimes I Feel So) Uninspired