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Le 16 avril 2020...un an jour pour jour, donc, Christophe nous quittait. Je me suis dit que ça serait bien de reparler un peu de lui, sur le blog, via une chronique totalement inédite, d'un album qui n'avait pas encore été abordé ici. Oui, mais lequel ? Ayant récemment lu le bouquin de Philippe Manoeuvre sur les 200 vinyles cultes du rock (au travers desquels Phil Man tente de tisser une histoire du genre), j'ai eu la surprise de trouver, dans le lot, ce disque (il n'y à pas que des albums de rock dans le livre, au contraire). Un disque qu'au départ, j'avais assez violemment assaisonné dans mon article sur la discographie du chanteur de Juvisy, il y à longtemps, j'en parlais comme d'un disque sans intérêt, sur lequel on passera sans regrets. Plus de 10 ans après, cet album, je n'y ai pas touché. Il a gentiment, sagement pris la poussière dans mes rayonnages vinyliques, coincé entre Le Beau Bizarre (de Christophe, 1978) et un album d'un autre artiste ; Clichés D'Amour (l'album que j'aborde aujourd'hui) étant le plus récent des albums de Christophe que j'ai en vinyle, et je les range par ordre chronologique. Je me suis dit que ça serait bien d'essayer de réécouter le disque et de le réévaluer, et comme en plus je ne l'avais jamais abordé (autrement que par le biais de ce petit paragraphe dans l'article sur la discogaphie), ça tombait bien. Et comme en plus on était alors en fin février, et que la date anniversaire de la mort du chanteur approchait, ça tombait encore mieux.

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Bon, Clichés D'Amour. Un disque que Christophe a sorti en 1983, sur le label Motors de Francis Dreyfus, sur lequel il est signé depuis 1971, année de création du label. Cet album sera le dernier sur Motors, mais aussi son dernier en 13 ans, il ne refera un disque qu'en 1996 (l'épatant Bevilacqua, sur le label Epic), signant, entre temps, de ci de là, des singles. La même année que Clichés D'Amour, il sort Succès Fou, un de ses plus gros succès commerciaux, par exemple. Une chanson radicalement différente des 9 présentes sur Clichés D'Amour (au passage, une compilation du chanteur porte le même titre, mais rien à voir) , vu que cet album est un disque de reprises de standards des années 40/50, adaptés en français, essentiellement par celui qui, dans les années 70/80, fut journaliste et rédacteur en chef de Rock'n'Folk (et qui depuis travaille comme scénariste de BD et traducteur), Philippe Paringaux, qui apparaît sur la très ringarde et peu attirante pochette, à la batterie (de même que Francis Dreyfus est, il me semble, au saxophone). Il n'en joue pas sur le disque, évidemment (Dreyfus non plus), c'est pour la photo. Au passage, une des chansons, Privé D'Amour, est aussi le titre d'un roman écrit par Paringaux. 

CH3

Les chansons ? Arrangées par Karl-Heinz Schäfer, il s'agit donc de reprises, en français, de vieilleries. Cry Me A River (Noir Est Ta Couleur), Besame Mucho (Dernier Baiser), White Christmas (Noël Blanc, adaptation signée Francis Blanche ; apparemment, Christophe n'était pas chaud-chaud-les-marrons-chaud pour mettre cette chanson sur le disque, contrairement à Motors, qui signe les notes de pochette, très informelles), Perfidia (Danse Perfidia), Laura (Souvenir De Laura)... Considéré par certains (salut, Phil Man ! Est-ce que c'est parce que Paringaux a signé les textes ? Très corporate, dans ce cas) comme le plus bel album du chanteur, ce que je trouve un peu exagéré et même franchement insultant vis-à-vis des Paradis Perdus, du Beau Bizarre ou des Mots Bleus, Clichés D'Amour est un album qui ne paie pas de mine, et qui, on s'en doute, sera un bide commercial retentissant à sa sortie, à peine défendu, niveau promotion, et aucun single digne de ce nom (en plus, vu la teneur musicale de l'album, des reprises à l'ancienne de vieux standards, façon Sinatra à moustache d'Astérix, c'était pas gagné). Après, est-ce que c'est un mauvais album ? Non, en fait. Christophe n'en a pas fait. Il a fait des albums un peu secondaires parfois (Pas Vu Pas Pris, en 1980, et son album de 1977, La Dolce Vita, à la fois disque de reprises en italien de ses chansons et compilation), mais aucun n'est raté, et ce cru 1983, sous sa pochette ringarde montrant Christophe en crooner de seconde zone (photo en noir & blanc, évidemment), est lui aussi un album secondaire, difficile de le préférer aux Paradis Perdus...mais il possède son charme rétro/kitsch, et est une preuve supplémentaire que ce chanteur regretté avait une belle palette musicale. Même si, au final, ce n'était sans doute pas son meilleur souvenir d'album, parmi les 14 albums studio (hors compilations et lives, donc) qu'il a sorti entre 1966 et 2016. 

FACE A

Dernier Baiser

La Nuit Bleue

Danse Perfidia

Souvenir De Laura

FACE B

Mon Amie Jalousie

Noir Est Ta Couleur

Arrivederci Roma

Privé D'Amour

Noël Blanc