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Heldon est une des plus belles fiertés de la musique française, sans doute, mais vraiment pas un groupe ultra connu. Un groupe dont j'ai ici déjà parlé, il y à quelques années, mais à une seule occasion, pour leur deuxième album, Allez Teïa, sorti en 1975. Un album assez incroyable au demeurant, mais qui, je m'en rends compte maintenant que j'ai écouté leur album suivant (qui se trouve être celui que j'aborde ici aujourd'hui), ne semble en fait être qu'une étape vers un album encore plus incroyable. Bon, je nique le suspense, maintenant vous savez que non seulement l'album en question est incroyable, mais qu'il est encore plus fort qu'un album considéré par certains spécialistes comme étant un des meilleurs de rock français (Allez Teïa). Mais avant de continuer à parler de ce troisième album, que je n'ai pas encore cité mais ça va viendre, petit rappel sur ce qu'est Heldon. Un groupe fondé en 1974 par le guitariste Richard Pinhas. Un mec absolument fan de King Crimson, et notamment de son leader/guitariste Robert Fripp, un mec  avec des idées bien arrêtées (Heldon sortira un 45-tours (avec la mention ''ne pas vendre ce disque'' sur la pochette) en soutien à la Red Army Faction, ou RAF, alias la "Bande à Baader", groupe d'activistes allemands des années 70, et le premier album du groupe, édité à la base à 1000 exemplaires, paru sur le propre label - Disjuncta - de Pinhas et destiné à promouvoir de la musique non-distribuée normalement selon les propres termes de Pinhas, s'appelle Electronique Guerilla), et aussi un grand, grand fan de science-fiction. Non seulement il collaborera avec Norman Spinrad et Maurice G. Dantec (qui tous deux ont chanté au sein du groupe), mais le nom de son groupe vient tout simplement, à la base, d'un roman de Spinrad, Rêve De Fer, dans lequel Heldon est une ville fictive. 

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Allez Teïa était fort, puissant, sous influence du (No Pussyfooting) de Fripp & Eno. Un album assez accessible au final malgré qu'il s'agisse d'électrorock instrumental, ambientique, des plages musicales plus ou moins longues, faites de drones sonores à base de guitare en sustain, de nappes de synthés. Des ambiances parfois douces, parfois tendues et oppressantes, dignes du King Crimson de la grande époque. L'album suivant s'appelle Third - It's Always Rock'n'Roll et il est sorti, lui aussi, en 1975. C'est un double album totalisant dns les 82 minutes de musique (44 et 38 minutes respectivement par disque), et qui ne contient que 9 titres, respectivement 5 et 4 par disque. Sous une magnifique pochette représentant un mandala sur lequel un beau petit oiseau en plein vol se superpose. La seconde partie du titre est plus là en sous-titre qu'autre chose. Le groupe, qui a évolué comme le faisait King Crimson (Pinhas étant le seul membre permanent), est à l'époque constitué de Pinhas (guitare, sons électroniques), Georges Grunblatt (même chose) qui faisait déjà partie du groupe sur le précédent opus), Coco Rousselle (percussions) et, sur un titre qui porte son nom, au "chant", Aurore. Je mets "chant" entre guillemets : Aurore est le berger allemand de Pinhas, la chienne est immortalisée visuellement sur une photo de l'intérieur de pochette (qui fait très Exile On Main St. avec ses photos noir & blanc et son lettrage invasif et manuel !) et sonorement via ses aboiements sur Aurore, qui dure 18 minutes en tout (on ne l'entend que vers la fin) et occupe toute la seconde face. Un morceau assez angoissant, au demeurant, et absolument incroyable. "Angoissant" est par ailleurs un terme qui correspond parfaitement au premier des deux disques de l'album (le second, qui culmine avec les presque 17 minutes - sur l'intégralité de la quatrième face - de Doctor Bloodmoney, est plus, disons, 'apaisé'). Cet album est presque un des plus flippants que je connaisse. Il l'est, en tout cas, flippant. 

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Anecdote : j'écoutais Cocaine Blues (long de presque 10 minutes) alors que je lisais un bouquin sur le paranormal (sujet qui me passionne en général), un livre sur des faits étranges survenus en France (et plus précisément, en Picardie, pour le détail), et notamment j'en étais à une histoire assez sinistre et angoissante (surtout avec la manière dont elle est racontée, froidement, de l'intérieur), et la lecture de cette histoire, avec en fond sonore ce drone musical assez glauque, l'a vraiment rendue terrifiante. Heureusement que c'était en plein jour, parce que de nuit, j'en aurais limite chialé ! Passons...

Les connaisseurs en SF se seront peut-être exclamé, à la fin d'un des paragraphes précédents, hé, mais il vient de citer le titre d'un roman de Philip K. Dick ! quand j'ai parlé de Doctor Bloodmoney. En effet, ce morceau porte le titre d'un roman de cet auteur américain mort en 1982, et que Pinhas a rencontré en 1973 et interviewé pour Actuel. Le morceau, instrumental (tout est instrumental ici, excepté les aboiements sur Aurore), est dédié à Dick, d'ailleurs. Un morceau qui, pendant ses 10 ou 12 premières minutes, est un drone enofrippien classique et efficace, avant que les percussions de Rousselle ne viennent ponctuer, remarquablement, le final. Un des meilleurs morceaux d'un album absolument tuant, aux morceaux géniaux (dont certains ont des titres curieux ; Méchamment Rock s'appelle ainsi parce que, plutôt court, ce morceau est plus 'tendu' que les autres, mais ce n'est pas du rock pour autant) qui, au premier abord, semblent être, à chaque fois (de face en face, je veux dire), plus un long morceau qu'une suite de morceaux. D'ailleurs, en vinyle, sur la pochette intérieure, le minutage indiqué concerne les faces entières (25,40 minutes pour la A, 22 pour la C...les faces B et D n'ont qu'un seul morceau, donc forcément, le minutage par face est plus logique), pas les morceaux séparément (sur les labels de face, en revanche, si).

On notera pour finir la belle provocation du titre de l'album : c'est toujours du rock'n'roll (allusion aux Stones et leur album de 1974, sans doute) ? Oui, sauf quand ça n'en est pas, comme ici, car s'il y à bien un terme qui ne correspond pas à la musique heldonienne, c'est "rock'n'roll" ! Album quintessentiel.  

FACE A

ICS Machnique

Côtes De Cachalot A La Psylocybine

Méchamment Rock

Cocaine Blues

FACE B

Aurore

FACE C

Virgin Swedish Blues

Ocean Boogi

Zind Destruction

FACE D

Doctor Bloodmoney