T1

Je vais être franc du collier, je n'ai jamais été un fan de Traffic. Marrant, parce que sinon, j'adore bien comme il faut le leader du groupe, Stevie Winwood. Aussi bien en solo (même si je ne connais pas tout) qu'avec Blind Faith, Ginger Baker's Air Force, Spencer Davis Group et ses quelques collaborations rapides (il a joué sur le Electric Ladyland d'Hendrix, no shit !). Mais Traffic, groupe qu'il a cofondé dans la seconde moitié des années 60, je n'ai jamais plus aimé que ça. En fait, pire : j'ai du mal, terriblement beaucoup de mal, avec leur classique de 1967, Mr. Fantasy, considéré, sans doute avec raison, comme étant un des jalons du rock psychédélique (de plus, l'album a été conçu par le groupe après une expérience de vie en communauté qui a sans doute été propice à moult ingestion de buvards de LSD et passages en boucle de fumette qui rend con). Cet album, j'en aime un peu la moitié, et j'en déteste l'autre (en gros, je n'aime pas du tout sa face B, alors que la A ne me pose aucun souci, Berkshire Poppies excepté). J'ai essayé, essayé, mais rien n'y fait, je n'aime pas Mr. Fantasy. Les autres albums ? Je ne les connais pas tous, mais ce que je connais (John Barleycorn Must Die, le live Welcome To The Canteen) me plaît davantage. Sans que j'en sois dingue quand même. Non, Traffic, je n'aime pas trop. Alors pourquoi est-ce que j'en parle aujourd'hui, de Traffic, et de plus, via un double live ? J't'en pose, moi, des questions ? (bon, OK, je viens de t'en poser une, je m'avexcuzave).

T2

Je viens de dire que je ne connais pas très bien ce groupe ; en fait, je connais surtout...sa période la moins connue. Le début des années 70, une période qui a vu Winwood réintégrer le groupe (il l'a quitté en 1969 pour rejoindre Clapton et Baker qui fondent Blind Faith) et qui a surtout vu Traffic  passer du rock psychédélique des débuts (Here We Go 'Round The Mulberry Bush, Paper Sun...) à une sorte de jazz-rock progressif totalement décomplexé. Cette période méconnue démarre en 1971, après le départ de Dave Mason, avec l'album The Low Spark Of High Heeled Boys, puis se poursuit en 1972 avec Shoot Out At The Fantasy Factory. Deux albums qui seront abordés ici dans un avenir pas trop lointain, au fait. Certains diront en fait que cette période un peu particulière a démarré, en fait, en 1970 avec un album qui, initialement, était censé être un Winwood solo, mais qui finalement sera le disque de reformation de Traffic, John Barleycorn Must Die. Ces trois albums forment la setlist du second live du groupe (et leur premier double), sorti en 1973 sous une pochette bien criarde, On The Road. Un album qui va quasiment marquer la fin du groupe : ils en sortent encore un (album studio) après, en 1974, puis en feront un de reformation 20 ans plus tard, et puis rideau. Traffic, à l'époque, est constitué de Winwood (chant, guitare, piano), Chris Wood (flûte, saxophone), Jim Capaldi (percussions, chant sur un titre, batterie), Roger Hawkins (batterie), David Hood (basse), Barry Beckett (orgue, piano) et Rebop Kwaku Bah (congas, percussions). Beckett, Hood et Hawkins font partie de la Muscle Shoals Rhythm Section, fameux musiciens de studio. On The Road dure la bagatelle de 76 minutes, pour seulement 6 titres issus des trois albums cités plus haut. Ne cherchez donc pas un Dear Mr. Fantasy, un Hole In My Shoes ou un No Face, No Name, No Number ici, vous chercheriez longtemps et en vain. 

T3

Jazz-rock progressif, le répertoire de Traffic, à l'époque, fait la part belle aux improvisations (leurs albums de 1971 et 1972 ne contiennent pas beaucoup de morceaux, tout en ayant une durée respectable), et se prête admirablement bien à la scène, comme le prouve ce live à la qualité audio remarquable. Le seul reproche que l'on pourrait faire est un mixage un peu raté. Souvent, voire tout le temps, les albums lives se terminent sur un morceau servant de prise de congé, genre des applaudissements et clameurs de foule allant en decrescendo, un see you next time ! ou un thank you ! de la part du chanteur, ce genre. Là, rien. Le dernier morceau, The Low Spark Of High Heeled Boys, 17 minutes (face D entière), se termine norrmalement, et puis, une seconde de silence, et le bras de la platine se lève et on se rend compte que ça y est, le disque est fini. Ca a probablement été mal monté en studio. On entend le public sur le live, mais pas tant que ça (au fait, le concert a été donné en Allemagne, en avril 1973, mais où précisément, et quel jour...mystère). Ca nique un peu l'ambiance live, mais ça ne ruine pas la qualité des morceaux (immense solo de guitare sur (Sometimes I Feel So) Uninspired, un enchaînement Glad/Freedom Rider ahurissant qui occupe, en 20 minutes, toute la face A, Light Up Or Leave Me Alone...faudrait tout citer..) et de l'interprétation. Document témoignant d'une période méconnue (je crois que, pour réussis qu'ils sont, les albums de Traffic de 1971/74 ne se sont pas vendus par camions-citernes...) et réussie, la seule qui me plaît chez ce groupe, On The Road est un excellent live un peu oublié, mais très recommandé aux oreilles aventureuses. 

FACE A

Glad/Freedom Rider

FACE B

Tragic Magic

(Sometimes I Feel So) Uninspired

FACE C

Shoot Out At The Fantasy Factory

Light Up Or Leave Me Alone

FACE D

The Low Spark Of High Heeled Boys