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Un peu de soul, ça va faire du bien par où ça passe ! Surtout qu'on va parler d'un duo qui, sur le blog, n'est pas super bien représenté (trois albums, je crois, avant celui-là) : Ike & Tina Turner. On ne les présente plus. Tina surtout, qui, une fois séparée de son tyran de mari et partenaire (qui aimait bien tester ses nouveaux combos de coups de poings sur elle...) fera, dans les années 80/90, la carrière solo que l'on sait. Des chansons qui passent encore à la radio, des albums pas toujours réussis (mais Private Dancer l'est, clairement), des shows du tonnerre, une des figures légendaires de la pop de l'époque, désormais en retraite et coulant des jours pépères en Suisse. Mais avant ça, dans les années 60/70, elle était, avec les choristes The Ikettes dont elle était la figure de proue, partenaire de son salopard d'ordure de connard de machiste de génial guitariste de mari, Ike. Car en tant que guitariste, pardon, mais le Ike, il envoyait sévère. Anecdote : après avoir entendu Keith Richards jouer Honky Tonk Women, en 1969, utilisant pour la première fois ce fameux open chord trouvé par Ry Cooder (mais que le Keef a popularisé), Ike, jaloux et impressionné, aurait chopé Keith par le colback (les Stones et Ike & Tina partageaient alors des affiches en tournée) et, flingue en pogne, lui aurait sommé de lui montrer, tout de suite, comment il faisait ce putain d'accord ouvert. Quelques temps plus tard, maîtrisant totalement le bouzin, Ike sort l'album Come Together (1970) fait avec Tina et les Ikettes, sur lequel il reprend la chanson des Stones (et aussi celle, qui donne le titre à l'album, des Beatles ; entre autres reprises), et Keith s'avouera impressionné à son tour.

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Le duo, mari et femme à la ville depuis 1962 (ils divorceront en 1978, mais se sépareront en 1976), faisait des albums parfois un peu faciles (leurs premiers sont clairement du genre assemblage de gros singles avec des bouche-trous pour faire le poids, ils n'étaient pas les seuls à faie ça). Leurs albums live sont souvent impressionnants, les deux qu'ils ont sorti en 1971, tous deux doubles, sont ahurissants. Celui-ci, capté en janvier, le 30, à l'Olympia à Paris, est sorti en août 1971, ce n'est pas le premier des deux (j'aborderai l'autre dans un futur terriblement proche, d'ici une petite semaine je pense), mais c'est, je pense, le meilleur. Live In Paris - Olympia 1971, titre un peu con, mais on leur pardonne. Double, mais court (65 minutes à tout péter ; l'autre est plus court encore), il bénéficie d'une excellentissime qualité audio dans son édition vinyle United Artists/Liberty d'époque, donc j'imagine que c'est le cas pour le CD aussi. Produit par Eddie Adamis, il offre 15 titres, beaucoup d'entre eux sont des reprises, énormément de ces reprises sont tellement monumentales qu'on a l'impression qu'elles ont été écrites spécialement pour Tina, ici en état de grâce totale. Proud Mary, chanson de Creedence Clearwater Revival, est évidemment très connue dans sa version initiale, mais plus encore dans celle interprétée par la Tigresse du Tennessee. Et ici, sur ce live, que ce soit Come Together des Beatles, Honky Tonk Women des Stones, Son Of A Preacher Man de Dusty Springfield, Respect d'Otis Redding/Aretha Franklin, I've Been Loving You Too Long d'Otis (prétexte à un moment assez sexuel, on va dire), Everyday People de Sly & The Family Stone (interprété par les Ikettes, avant que Tina, en fin de face A, ne prenne le pouvoir vocal), I Want To Take You Higher aussi de Sly, Gimme Some Loving du Spencer Davis Group ou Land Of 1000 Dances de Chris Kenner, tout est d'une puissance de feu absolument dévastatrice.

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Démarrant par Ike seul le temps d'un solo d'une minute, puis voyant arriver, pour trois titres, les Ikettes avant que le duo ne prenne la main pour le reste du show, Live In Paris - Olympia 1971 est un live absolument génial, je ne vois pas quoi dire d'autre (ah ! si : la coupe de cheveux beatleesque d'Ike, sur les photos, franchement, ça ne le fait pas du tout du tout du tout ; et Tina, quelle beauté...). Impossible de s'ennuyer durant la grosse heure de ce live très bien enregistré, qui offre un spectacle auquel il ne manque vraiment que le visuel pour que ça soit complet. Quand le public, à la fin de l'avant-dernier titre, braille des une autre, une autre, une autre ! bien français, difficile de ne pas être totalement d'accord avec eux. Ce soir-là, 30 janvier 1971, en plein hiver, Ike, Tina et les Ikettes ont foutu le feu à la plus mythique salle de concerts parisienne (française ?). 

FACE A

Grumbling

You Got Me Hummin'

Everyday People

Shake A Tail Feather

Gimme Some Lovin'/Sweet Soul Music

Son Of A Preacher Man

FACE B

Come Together

Proud Mary

A Love Like Yours Don't Come Knocking Everyday

FACE C

I Smell Trouble

Respect

Honky Tonk Women

FACE D

I've Been Loving You Too Long

I Want To Take You Higher

Land Of 1000 Dances