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On a beau dire, les pochettes d'albums de Little Feat, quasiment toutes signées Neon Park, elles envoient. Le petit gâteau qui fait de la balancelle de Sailin' Shoes, Washington et Marilyn Monroe dans la voiture de Feats Don't Fail Me Now, la tomate alanguie dans le hamac de Waiting For Colombus, la femme-canard assise dans le transat de Down On The Farm (1979, que je n'aborderai pas), le chien-cerf de Hoy-Hoy ! (compilation de 1981, que je n'aborderai pas, non plus)... Celle de cet album, le cinquième du groupe, est sans doute ma préférée, et c'est peut-être la plus belle. On y distingue une rue façon western (Hollywood Boulevard en version Neon Park), buissons d'amarantes, Joshua trees, cactus, rochers...des bâtiments commerciaux (cinéma qui semble afficher Gorge Profonde, restaurant, boutiques). Au fond, un gros pudding orange recouvert de crème, avec les lettres Hollywood dessus. Au premier plan, un...lapin-cerf ? Kangourou-cerf ? Bref, un animal totalement farfelu. Le titre de l'album pourrait laisser penser que Little Feat avait l'intention d'arrêter sa carrière après ce disque : The Last Record Album ("le dernier album enregistré"). Il n'en sera rien, n'en a même jamais été le cas, certainement. Ce titre est tout simplement une allusion au roman de Larry McMurtry (et au film de 1971 de Peter Bogdanovich) La Dernière Séance (The Last Picture Show), qui se passe dans une petite ville du Texas dans les années 50. La typographie sur la pochette est la même que sur l'affiche originale du film, en plus.

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Si le précédent opus, Feats Don't Fail Me Now, marquait sans doute une petite stagnation (l'album est très bien, mais un peu paresseux), ce cinquième cru, sorti en octobre 1975, est, lui, une totale réussite. Il comporte 8 titres (on notera qu'au verso de pochette, il y à les paroles pour 9 chansons, mais l''une d'entre elles, Hi Roller, est biffée avec, par dessus, l'inscription "maybe next time" ("la prochaine fois, sans doute"), retirée par manque de place, et elle sera effectivement placée sur l'album suivant !) pour autant de minutes que le précédent, 34 minutes donc (ne vous fiez pas à la durée indiquée sur Wikipedia, la page anglophone, car elle prend en compte les deux bonus-tracks CD, et indique 38 minutes rapport à ça). Mais autant le précédent opus était en partie miné par un gâchis (10 minutes au cours desquelles le groupe avait repris deux anciennes chansons, de bonnes versions, mais on aurait préféré 10 minutes de nouvelles chansons), autant là, c'est 34 minutes de nouveautés. Et quelles nouveautés ! All That You Dream, Mercenary Territory, Day Or Night, One Love Stand, la moitié au moins de The Last Record Album est d'un niveau à faire péter la braguette d'un eunuque. 

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Le reste de l'album est franchement excellent (Long Distance Love), faisant de ce cru 1975 un des plus enthousiasmants de Little Feat, groupe qui, décidément, jusqu'à présent, n'a rien fait pour décevoir ses fans. C'est vraiment dommage de voir à quel point le groupe de Lowell George et Bill Payne (et Paul Barrere, qui, ici, chante sur deux titres avec Payne) est oublié, négligé, de nos jours, et si ce cycle, qui s'achève bientôt (encore un article et puis c'est fini, car finalement, je ne réaborderai pas Waiting For Colombus, leur double live de 1978, je l'avais abordé en 2018 et la chronique est encore très bien, je trouve), vous a donné envie d'écouter ou de réécouter ces albums, j'aurai réussi mon but. Cet album de 1975 est sans doute mon préféré d'eux, le live mis à part, rien que pour Mercenary Territory et All That You Dream. Mais bon, tout est excellent ici... Désolé si cette chronique est plus courte que de coutume, mais des fois, on sèche un peu, devant un album !

FACE A

Romance Dance

All That You Dream

Long Distance Love

Day Or Night

FACE B

One Love Stand

Down Below The Borderline

Somebody's Leavin'

Mercenary Territory