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On va commencer sérieusement à entrer dans le dur, ici. Non pas que le précédent album de Little Feat, leur premier par ailleurs, n'était pas, déjà, un album parfaitement recommandable et réussi, car, bien que j'aie dit dans la chronique le concernant qu'il n'était pas un de mes préférés du groupe, ce premier opus de 1971 offre tout de même du lourd, et est un parfait exemple de country/folk-rock bien troussé. Un disque certes plus court qu'un roman d'Eric-Emmanuel Schmitt (32 minutes), mais pour ainsi dire avec la durée idéale : on ne s'ennuie pas un seul instant tellement le temps passe vite et bien à l'écouter. Entre ce premier opus éponyme et le second, qui sort en 1972 (et que le groupe enregistre fin 1971 dans divers studios de Los Angeles), le groupe ne va pas changer de formation. Ils sont toujours aussi quatre, et il s'agit toujours de Lowell George, Roy Estrada, Bill Payne et Richard Hayward. On notera cependant des musiciens additionnels tels que Sneaky Pete Kleinow à la pedal steel guitar, Ron Elliott à la guitare rythmique sur le dernier titre de la face A, à Milt Holland aux percussions sur certains titres, et à Debbie Lindsey aux choeurs, sur certains titres. Ce deuxième album de Little Feat s'appelle Sailin' Shoes, et il détonne par rapport au premier car, malgré qu'il n'y ait pas eu de changement de personnel au sein du groupe (attendez le suivant pour ça...), il semble par moments avoir été enregistré par un tout autre groupe que celui ayant fait le premier opus. Ce n'est pas une histoire de production (encore que le producteur de l'album, Ted Templeman, ne soit pas le même que pour le premier album), ni de chansons, mais de style.

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Litle Feat passe un cap, et transforme lentement mais sûrement son style de la country/folk des débuts à un rock sudiste et swamp, parfois imprégné de soul. Ca sera encore plus probant sur les albums suivants. Autre chose : la pochette. Sailin' Shoes est le premier album du groupe à sortir sous une pochette signée Neon Park, qui fera celle des suivants. Des pochettes réussies, qui donnent souvent envie d'écouter le disque qui est dedans. Ici, une pochette assez drôle (elles le sont souvent, aussi) inspirée par un tableau de Fragonard, "Les Hasards Heureux de l'Escarpolette", qui montre une jeune femme sur une balancelle. Ici, la jeune femme est remplacée par...un petit gâteau éminemment féminin sur une balancelle, faisant valser un de ses chaussons, dans un décor de jardin. Au premier plan, à cheval entre le recto et le verso, un... escargot. Au recto, en arrière-plan, un personnage tout de bleu vêtu, habillé comme sur le tableau "L'Enfant Bleu" de Gainsborough, et qui ressemble à s'y méprendre à Mick Jagger. Une pochette pareille, fournie et délirante, ne peut que donner envie d'écouter le disque. Un disque qui fait partie des plus longs du cycle (38 minutes, oui, ce n'est pas si long que ça), et qui offre un nombre assez effarant de classiques featiens ici. Notamment une nouvelle version de Willin', chanson que le groupe avait déjà placée sur le précédent opus, ici refaite, un tout petit peu plus longue, plus étoffée, plus jolie, la version définitive. Beau à pleurer, vraiment.

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Sailin' Shoes offre aussi A Apolitical Blues (qui sera repris par Van Halen, oui, Van Halen, en 1988, sur leur OU812 ; pourquoi Van Halen ne reprendrait-il pas Little Feat, alors qu'ils ont repris les Kinks et Roy Orbison, hein ?), Cold, Cold, Cold, Tripe Face Boogie, Cat Fever (interprétée non pas par Lowell George, mais par le claviériste Bill Payne) et évidemment, le morceau-titre, courte chanson ouvrant la face B et qui sera reprise notamment par Robert Palmer, deux ans plus tard, sur son premier album. Compte tenu que sur l'album de Palmer on trouve Lowell George, ça valide quelque peu la reprise. J'ai découvert cette chanson par le biais de la version Palmer, plus mouvementée, funky, remarquable, alors que la version du Feat est plus, disons, "douce". Super réussie aussi, attention, mais c'est en live (Waiting For Colombus) qu'elle prendra son essor. Autre chanson qui fut reprise, Teenage Nervous Breakdown, excellente, par Nazareth en 1973, ou bien Easy To Slip par Bob Weir (du Grateful Dead) en 1977. On le voit, ce groupe a quelque chose de fédérateur, tout le monde ou presque a repris leurs chansons, certains membres du groupe (Lowell George, notamment) se sont souvent retrouvé sur des albums d'autres artistes (sur le Paris 1919 de John Cale, le Rejuvenation des Meters, par exemple)... Culte ? Oui. Excellent ? A vous de voir, mais pour moi, putain, OUI !!! Album parfait, rien à jeter. Vivement la suite, et vous ne serez, je pense, pas déçus...

FACE A

Easy To Slip

Cold, Cold, Cold

Trouble

Tripe Face Boogie

Willin'

A Apolitical Blues

FACE B

Sailin' Shoes

Teenage Nervous Breakdown

Got No Shadow

Cat Fever

Texas Rose Café