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Allez, un peu de rock progressif ! Les connaisseurs en progressif doivent, je m'en doute aussi fortement que le jour succède à la nuit et que la nuit succède au jour, connaître Gentle Giant. Ce groupe britannique (comme beaucoup de groupes de rock progressif ; il y en à eu dans tous les pays, mais curieusement, les USA n'ont pas été très fournisseurs dans ce domaine, c'est surtout le Royaume-Uni qui a été la base) a été fondé en 1970 et durera une dizaine d'années. Ils ne se sont jamais reformés au complet, aucun album depuis Civilian en 1980 (un album épouvantable au demeurant), lequel était leur 11ème. J'avais, il y à plusieurs années, un peu parlé du Gentil Géant par le biais de trois de leurs premiers albums : Gentle Giant en 1970 (considéré comme un des jalons du genre ; le visuel de pochette sera réutilisé à plusieurs reprises par le groupe, à des degrés divers), Acquiring The Taste en 1971 (moins accessible, sorti sous une pochette osée, l'album est assez expérimental) et Octopus en 1973 (le quatrième opus), sous sa belle pochette signée Roger Dean, sans doute leur sommet. Le groupe est assez influencé par le jazz, la folk, l'expérimental, et les thèmes de leurs chansons (ils ne sont pas trop du genre à faire des morceaux de 20 minutes, au passage) sont parfois inspirés par le Moyen-Âge, la fantasy, la littérature rabelaisienne. Après Octopus, le groupe va progressivement (vu leur style musical, ça tombe assez bien) sombrer. In A Glass House en 1973, ça va encore, mais The Power And The Glory en 1974 et Free Hand en 1975 (très accessible, très commercial, mais musicalement peu intéressant) ne sont pas extraordinaires.

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Puis le groupe, en 1976, sort ce qui sera son huitième album studio (et huitième tout court ; l'année suivante, ils sortiront leur premier live) : In'terview. Un album qui marchera nettement moins bien que le très commercial Free Hand. In'terview est sorti sous une pochette des plus curieuses : une définition, tirée d'un dictionnaire, et agrandie au point que la moitié des mots soient coupés, du mot 'interview', sur fond de ciel bleu nuageux et d'un arc-en-ciel. Au verso, des photos des membres du groupe, dans des postures diverses, souvent grotesques, et une petite reproduction du géant de la pochette du premier album, sur fond du ciel bleu et de l'arc-en-ciel du recto. Assez court (36 minutes, 7 titres), cet album est assez spécial, même pour du rock progressif, même pour Gentle Giant. C'est une sorte de concept-album qui entremêle de courtes bribes d'interviews du groupe (on n'en entend, rapidement, que sur trois des sept morceaux...) faites pendant l'enregistrement de l'album. Le groupe y discute de sa musique. J'ai envie de dire que cette idée d'incorporer des bribes d'interviews à des chansons originales était une fausse bonne idée. En fait, sincèrement, on s'en fout un petit peu, ce n'est pas comme si le groupe avait glissé, gratuitement, dans la pochette, un disque d'interview, ou bien s'il avait mis une interview sur une plage audio distincte du reste de l'album. Là, franchement, on ne se rend pas vraiment compte de ces passages d'interviews. Vu le titre de l'album (si le groupe l'a appelé ainsi, c'est pour jouer sur cette idée, sur ces passages ; raté), c'est pire qu'un coup d'épée dans l'eau : c'est carrément l'armurerie qui s'écroule dans la mer.

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In'terview offre deux-trois morceaux qui, ma foi, sont plutôt corrects : le morceau-titre, I Lost My Head (deux morceaux de presque 7 minutes, les plus longs de loin) et Design. Mais dans l'ensemble, ce huitième opus n'est pas extraordinaire, loin de là. La suite de leur carrière, qui s'approche de la fin (en 1980, c'est fini), sera pire encore, entre The Missing Piece en 1977 (la même année, mais après, que le double live Playing The Fool, qui ne fera jamais partie des meilleurs doubles lives de l'histoire), Giant For A Day ! (qui reprend le visuel du premier album) en 1978 et Civilian en 1980. In'terview, quelque part, est le dernier opus intéressant du Gentil Géant, mais il est loin d'être inoubliable, pour ce qui est du dernier grand album, j'ai bien peur que ça ne soit Octopus (qui, vraiment, est extraordinaire). Bref, à moins d'être fan de ce groupe, et de rock progressif, et de manger à peu près tout ce qui est de ce genre musical, je ne vois pas comment vous conseiller l'écoute de cet album de 1976, curieux et au final franchement moyen. Pas nul, clairement pas, mais on n'aura pas envie de le ressortir souvent de sa pochette qui, déjà, ne fait pas envie...

FACE A

Interview

Give It Back

Design

FACE B

Another Show

Empty City

Timing

I Lost My Head