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Fin du petit cycle consacré à Kevin Coyne. Je ne le termine pas avec n'importe quel album, mais avec un album qui sera, je pense, tout sauf de la petite bière à chroniquer, surtout qu'en plus, on trouve relativement peu d'informations pertinentes et utiles sur Coyne et ses albums sur Internet (c'est pas un artiste avec l'aura médiatique de Dylan ou Clapton, c'est clair). On avait laissé Coyne, l'autre jour, avec l'excellent Millionaires And Teddy Bears de 1979, album qui, sous sa pochette enfantine, offrait de grands moments, comme ce Having A Party assez remarquable, diatribe contre sa maison de disques, Virgin. Qu'il finira par quitter, d'ailleurs. Mais en 1980, au moment de la sortie de cet album (son neuvième studio, dixième en tout, si je ne me plante pas) il y est encore, sur Virgin. Il n'y sera plus pour son suivant, en 1981, cependant. 1980 ? Une année apparemment difficile, une période difficile, pour Kevin Coyne. Cet album, double qui plus est (mais un double assez peu généreux, un peu plus d'une heure : 63 minutes précisément), Coyne l'a fait dans des conditions difficiles, pénibles, il souffrait alors d'une profonde dépression, était malade, à deux doigts de la folie, picolait aussi, sans doute (s'il ne picolait pas à l'époque, il picolera par la suite, en tout cas), et selon ses propres termes, il trouvera parfaitement étonnant d'avoir pu, dans ces conditions, dans l'état dans lequel il se trouvait, sortir un album. 

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Qui plus est, un album sonnant aussi 'bien', aussi 'convenablement'. Sanity Stomp, on ne s'étonnera pas du titre de l'album au passage, est un des meilleurs albums de Coyne, et je suis bien content que ça soit avec ce disque que ce cycle s'achève sur le blog ; je ne sais pas ce que valent les albums suivants, sans doute, pour beaucoup, pas évidents à dénicher, mais au moins celui-là, bien que franchement bizarre par moments, est une réussite totale. C'est en fait deux albums en un : le premier a été enregistré avec les membres du groupe de reggae-punk britannique The Ruts et Paul 'Wix' Wickens (claviers), celui-là même qui, à la fin des années 80 et pendant des années, fera partie de la bande de musiciens de Paul McCartney. Ce premier album, ce premier disque, offre une petite demi-heure de rock à la Coyne, des chansons, 10 en tout, très sombres la plupart du temps (No Romance), un peu étranges parfois (Formula Eyes), mais sans commune mesure avec le deuxième disque (deuxième album ?), un peu plus long (33 minutes) mais ne proposant que 9 titres, tous enregistrés avec d'autres musiciens que sur le premier disque. Parmi ces musiciens, notons Robert Wyatt et Brian Godding. Là, on plonge, profondément, et progressivement, dans la nuit noire de l'âme tourmentée de Coyne. Il souffrait de dépression nerveuse, était malade comme il le disait, sérieusement à côté de la plaque, et croyez-moi, ça s'entend, ça se ressent. Sur un des morceaux, Fear Of Breathing (déjà, ce titre...), il finit par brailler shut up !! à la fin, c'est certainement voulu, mais ça donne l'impression d'un mec qui n'en peut plus de tout ce qui l'entoure et ne songe qu'à une seule chose : laissez-moi me suicider en paix, bon Dieu

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Offrant de grands moments (Wonderful Wilderness, bordel, presque 8 minutes de maestria hors de ce monde), prévu pour qu'à la base le second disque soit le premier (mais Virgin trouvera, comment les blamer pour ça, que ce n'était pas du tout commercial et refusera), Sanity Stomp est un album au bord du gouffre. Si Syd Barrett avait continué à faire des albums alors qu'il était devenu complètement dingue, ça aurait pu ressembler un peu à ça. Coyne avait raison de dire qu'il se sentait étonné, sur le cul, d'avoir pu faire, dans l'état dans lequel il était alors (il se remettra de cette dépression), un disque, double qui plus est, qui, malgré des mélodies un peu chabraques parfois (You Can't Kill Us), tient cependant parfaitement la route et est vraiment superbe. Certes vraiment pas commercial pour un rond, j'imagine que Virgin Records a dû bien grimacer en écoutant l'album (pas étonnant que ça soit le dernier album de Coyne sur ce label), mais c'est malgré tout réussi. Exigeant, pas aisé à écouter parfois, mais réussi. Je ne peux en revanche pas en dire autant de la pochette, entre le dessin du fils de Coyne sur le verso, sur fond jaune criard, ou bien cette photo d'un Coyne souriant mais semblant aussi, en même temps, en bout de rouleau, au recto. Mais quel album, mis à part ça !!

FACE A

Fat Man

The Monkey Man

How Strange

Somewhere In My Mind

When (See You Again ?)

FACE B

Taking On The World

No Romance

Too Dark (One For The Hero)

Admit You're Wrong

Formula Eyes

FACE C

New Motorway

A Loving Hand

Fear Of Breathing

In Silence

Taking On The Bowers

FACE D

Wonderful Wilderness

My Wife Says

The World Speaks

You Can't Kill Us