CB1

Très gros morceau, aujourd'hui, pour lequel je tremble rien qu'à l'idée d'en parler. D'ailleurs, ça fait longtemps que je pensais en parler sur le blog, régulièrement, sans vraiment savoir comment bien en parler, justement.

Pourquoi ? Bon, déjà parce que je ne sais pas dans quel catégorie ranger ce truc. Un truc vraiment puissant et remarquable, au passage, n'allez pas croire que j'utilise le mot 'truc' de manière méprisante, non, oh que non. Que non, que non, que non. Que non. Sincèrement, cet album, j'adore. Je ne l'écoute pas souvent (je l'ai évidemment réécouté, deux fois en deux semaines, pour en parler ici, mais ça fait presque 5 ans que je le connais, et pendant ces 5 ans, j'ai du le passer une fois par an, guère plus), mais j'adore. J'ai presque envie de dire que j'ai adoré dès la première écoute, alors que cet album est de ceux pour lesquels la première écoute est, comment dire...compliquée. Ardue. Intense, aussi. C'est un triple album, déjà (d'une durée de 103 minutes, il est évidemment double en CD, et il aurait pu être bien plus long, vu son format ; voir le triple des Clash, ou la triple compilation de Neil Young, qui dépassent les deux heures par la gauche et à 150 à l'heure), ce qui le rend peut-être plus, disons, intimidant que si c'était un album simple. Ensuite, c'est un album dont la pochette sent bon le côté branlette intellectuelle (sobrissime malgré la teinte laquée dorée qui fait un peu plaque de cabinet médical).

On sent que ce n'est pas de la pop, quoi. 

CB2

Mais c'est quoi, au juste, cet Escalator Over The Hill, sorti en 1971 (et enregistré entre 1968 et 1971) par Carla Bley et Paul Haines ? Un disque qui tient tout autant du jazz, du rock, de l'avant-garde, et que l'on pourrait bien naïvement qualifier d'opéra jazz-rock (qui sera souvent joué live). Un disque enregistré par une enculade de musiciens et de chanteurs (qui, parfois, ne font que des vocalises) que je vais pas tous citer, juste les plus connus, et il y à des pointures, justement : John McLaughlin (guitare, qui livre notamment une prestation ahurissante sur Businessmen), Jack Bruce (basse, chant ; c'est pendant les sessions, très longues, de cet album qu'il en profitera, ce qu'il dira regretter par la suite, pour participer rapidement au Apostrophe (') de Zappa, qui se faisait en partie à la même époque, dans un studio proche), Don Preston (des Mothers of Invention de Zappa) au synthétiseur, Don Cherry (trompette), Linda Ronstadt (alors quasiment inconnue) aux voix, Charlie Haden (basse), Carla Bley elle-même (claviers, chant)... Carla Bley est une compositrice de jazz, chef d'orchestre de big band jazz, musicienne... Escalator Over The Hill, qui marchera très fort, est considéré comme son sommet, son magnum opus, et certains critiques spéclialisés iront même parfois jusqu'à dire que c'est le plus grand album jamais enregistré, point barre. Ce qui est peut-être un petit peu extrême, mais bordel de papier Q, c'est quand même un truc de dingue, que cet album. Qui est conceptuel, évidemment, mais, mon édition vinyle (réédition JCOA Virgin française de 1974 en pochette gatefold classique malgré qu'il y ait trois disques, et donc deux dans une des deux ouvertures, serrés comme des sardines en manque d'huile) ne possédant pas de livret (contrairement à l'original 1971 en coffret), plaignez-moi, je ne peux vous dire avec exactitude ce qu'est ce concept, même si je me doute que ça se passe (du moins en partie) dans un hôtel. Voir Hotel Overture, long de 13 minutes et presque autant de secondes, occupant toute la face A. 

CB3

Il y à 27 titres en tout ici, certains sont terriblement courts (It's Not What You Do dure 17 secondes, End Of Head et EOTH Theme en durent moins de 40), mais on approche quand même de la dizaine de minutes sur deux des titres de la dernière face, et Rawalpindi Blues en dure presque 13. J'ai bien conscience que ne parler que de la durée est faiblard, mais parler de la musique, ici ? C'est au-dessus de mes forces. Ce bordel musical qui aligne aussi bien du jazz, du rock et de l'avant-garde, qui pourra sembler vraiment cacophonique aux moins aventureux/courageux d'entre vous (la trompette de Don Cherry, les cuivres en général, sonnent souvent très violents, agressifs, dissonnants ; c'est évidemment volontaire), surtout que, l'album étant long, il est peut-être difficile de totalement se plonger dedans lors de la première écoute. Le nombre de morceaux, le côté très complexe de la musique... Au final, au fil des écoutes, vous entrerez de plus en plus facilement dans ce projet totalement dingue et original, sorte d'opéra jazz/rock, d'une complexité et d'une audace folles. Vous l'avez pigé : fortement conseillé, totalement essentiel si vous avez une sensibilité jazz. 

Et si vous n'en avez pas, de sensibilité jazz, pourquoi avez-vous lu cet article jusqu'au bout ? Vous avez deux heures pour exposer vos raisons.

FACE A

Hotel Overture

FACE B

This Is Here...

Like Animals

Escalator Over The Hill

Stay Awake

Ginger And David

Song To Anything That Moves

FACE C

EOTH Theme

Businessmen

Ginger And David Theme

Why

It's Not What You Do

Detective Writer Daughter

Doctor Why

Slow Dance (Transductory Music)

Smalltown Agonist

FACE D

End Of Head

Over Her Head

Little Pony Soldier

Oh Say Can You Do ?

Holiday In Risk

Holiday In Risk Theme

FACE E

A.I.R. (All India Radio)

Rawalpindi Blues

FACE F

End Of Rawalpindi

End Of Animals

...And It's Again