KC10

Kevin Coyne est décidément un artiste hors-normes. Je pense que si vous ne le saviez pas déjà avant ce cycle (qui s'achève bientôt et fut, je l'espère, l'occasion pour vous d'avoir envie d'en savoir plus sur lui), vous le savez, maintenant. Bon, on a quitté Kevin Coyne en 1978 avec Dynamite Daze, vraiment un très bon opus. D'ailleurs, pour le moment, tous les albums que j'ai eu l'honneur de vous proposer (par rapport à l'étendue de sa discographie, ce cycle n'en représente au final que la partie congrue...) sont au pire très bons (le dernier abordé à ce jour), au mieux, et c'est le cas de quasiment tous les albums du cycle, franchement grandioses (sans oublier Marjory Razorblade de 1973, que j'avais abordé il y à un peu plus d'un an). De même que le précédent opus, ce nouvel album de Coyne, sorti en 1979, est doté d'une pochette un peu bof. En fait, celle du précédent était bof, mais celle-ci, en revanche, est vraiment moche comme un cul de lépreux passé à la grattounette ! Couleurs criardes (vert et jaune), personnages tellement mal dessinés que moi-même, pourtant une brêle en dessin, je pourrais faire mieux... Produit par Coyne et Bob Ward (comme le précédent opus), ce nouvel album s'appelle Millionaires And Teddy Bears, un titre à peu près illustré par le dessin, et qui provient des paroles d'une des chansons de l'album, Having A Party

KC11

Millionaires And Teddy Bears a été enregistré avec une partie des musiciens ayant oeuvré sur le précédent opus : Bob Ward (guitares), Al James (basse), Paul 'Wix' Wickens (claviers, accordéon, un peu batterie) et Vic Sweeney (batterie). Coyne, quant à lui, tient un peu de guitare acoustique. L'album offre 11 titres, pour une bonne quarantaine de minutes qui, si vous connaissez déjà les précédents opus de l'anti-star Coyne, vous sembleront dans la droite lignée de ses précédents opus. Je veux dire par là que l'on retrouve ici son style si particulier, tant vocal (ce n'est pas aussi poussé que sur Marjory Razorblade, mais c'est quand même une voix qui, pour certains, semblera quelque peu difficile à apprécier) que musical. Clairement, ce mec n'aura pas fait de hits, c'était peut-être, inconsciemment, le désir de sa maison de disques (Virgin), mais franchement pas le sien. Virgin, d'ailleurs, qu'il quittera vers 1980/81, et avec qui, apparemment, le torchon brûlait déjà un peu. Having A Party, que j'ai cité plus haut, et qui est sorti en single (qui n'a, évidemment, pas marché...), est une diatribe assez sarcastique sur sa maison de disques qui le pousse à faire des disques qui marchent. Autant demander à un panda d'arrêter de chier ou à un poisson rouge d'arrêter de tourner en rond dans son aquarium. La chanson, dans la quatrième dimension, aurait pu être un hit. C'est en tout cas une remarquable chanson, une des meilleures d'un album qui s'ouvre sur un People curieux, monomaniaque et admirable et s'achève sur un des hymnes probables de Coyne, le bien-nommé The World Is Full Of Fools (titre en allitération, au passage). 

KC12

Mais tout est excellent, encore une fois, sur cet album. Je ne vois vraiment qu'une seule chose négative à dire, et elle concerne la pochette, voyez donc où on en est. Millionaires And Teddy Bears offre notamment Pretty Park, qui achève à la perfection la face A, le triste Marigold (vu le titre, c'est pas étonnant : 'marigold' : 'souci'), le remarquable Little Miss Portobello, I'm Just A Man... C'est clairement le genre d'album à côté duquel vous pourriez passer, dans une convention, chez un disquaire de vinyles ou sur Internet, sans vous arrêter, ou pire, en vous bouchant le nez devant la hideuse pochette qui semble augurer la présence d'un nanar musical à l'intérieur. Coyne, qui commençait alors tout doucettement à souffrir d'une belle et forte dépression (ses albums ne se vendaient pas, personne ou presque ne se rendait à ses concerts - il paraît qu'en 1976/77, il passa en France, pour des concerts à Paris ; moins de 30 personnes dans la salle, par soir... -, sa maison de disques le tannait sans doute), livre encore une fois un album aussi étonnant qu'attachant, un disque qui ne fait pas honte à ses glorieux prédecesseurs et continue vraiment de faire de lui un artiste vraiment de haute volée. Que des artistes aussi différents que Sting et Johnny Rotten lui portent une admiration sans retenue n'est pas un détail. Hautement conseillé, donc. 

FACE A

People

Having A Party

I'll Go Too

I'm Just A Man

Pretty Park

FACE B

Let Me Be With You

Marigold

Don't Blame Mandy

Little Miss Portobello

Wendy's Dream

The World Is Full Of Fools