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Kim Fowley, mort en 2015 (il avait 75 ans) est un des personnages les plus atypiques, les plus dingues, du rock. Ce mec, à la réputation des plus sulfureuses : plusieurs scandales tournent autour de lui, rendant le personnage tout sauf recommandable : il aurait violé une des Runaways, groupe féminin qu'il a produit et carrément construit de toutes pièces, il aurait fait des avances à une autre du groupe (qui fera partie des Bangles par la suite, Michael Steele, une femme malgré son prénom). Ce mec, un géant , fils d'un acteur et d'une actrice, s'est chopé la polio à 18 ans, aurait fait de la taule pour meurtre dans les années 70 (selon ses propres dires dans des interviews, mais je n'ai trouvé aucune trace prouvant cela), et surtout, a eu plusieurs casquettes : il a d'abord bossé dans l'industrie du sexe, à la fin des années 50, à Los Angeles. En 1959, il commence à bosser dans l'industrie musicale, pour Berry Gordy (Motown) et Alan Freed. Ce mec a été producteur, auteur/compositeur, chanteur donc. Kiss lui doit quelques chansons, comme King Of The Night Time World. Il a bossé avec Zappa sur le premier album des Mothers, Freak Out !, sans avoir fait partie du groupe. Il a signé le hit underground The Trip en 1967, un classique. Il a bossé avec et pour Slade, qui à l'époque ne s'appelait pas encore ainsi, pour Family (dont il a trouvé le nom), Soft Machine, Cat Stevens... Par la suite, il a produit, donc, les Runaways (le groupe de la future Joan Jett), Flash Cadillac & The Continental Kids (un groupe de rock'n'roll revival qui apparaît dans American Graffiti, et qui reprend Susie Q pour la BO d'Apocalypse Now)... Sur le Live Peace In Toronto 1969 de Lennon, c'est sa voix que l'on entend, annonçant le Plastic Ono Band, présent sur les lieux en grande partie grâce à lui. 

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Et donc, ce taré total, au regard de furieux et à la voix sarcastique, au tempérament tellement bien trempé qu'il n'a jamais séché, a fait des albums. Comme, en 1968, je l'avais abordé ici il y à longtemps et c'était jusqu'à aujourd'hui son seul album sur le blog, Outrageous, disque totalement givré, sorte de croisement entre free-jazz, garage-rock et folie pure, album qui mérite bien son nom, offrant notamment Bubble Gum que Sonic Youth reprendra, ou Animal Man, Wildfire, Caught In The Middle. Un disque fou, violent et allumé. Il a aussi fait I'm Bad, assez hard-rock, ou bien le génial Animal God Of The Streets, en 1979 (selon ses propres dires, il sortait alors de deux-trois ans de prison quand il l'a fait). En 1973, il sort International Heroes, disque court (32 minutes) et dont la pochette le représentant outrancièrement fardé sur fond vert donne le ton : glam-rock. On sent qu'il veut se foutre de la tronche de Bowie, ou de Roxy Music, ou d'Elton John, avec cette pochette (son regard perçant semble vous suivre, en plus). Difficile de trouver des informations sur ce disque pour lequel il n'existe aucune page Wikipedia (seul Outrageous en a une !! et je parle du Wikipedia anglais). Dédié à la future femme de Kim Fowley, "qu'elle qu'elle soit, et pourvu qu'elle arrive vite", International Heroes est donc un disque glam. Ce n'est en tout cas pas un disque aussi dingue qu'Outrageous, autant le dire ; à écouter les deux albums à la suite, hormis la voix (mais sur Outrageous, Fowley chante d'une manière, justement, outrancière), impossible de se dire qu'il s'agit du même mec qui les a fait. Il chante plutôt bien, Fowley, sa voix est correcte. Elle a tout de même, toujours, un petit côté un peu à part. Quand il chante I Hate You, on y croit, on le sait, il nous déteste, même s'il ne le braille pas, même si ce morceau, musicalement, est assez propre sur lui. 

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L'album, sorti sur Capitol Records, difficile à trouver (comme les albums de Fowley en règle générale ; je désespère de trouver Animal God Of The Streets en vinyle...), n'affolera pas les charts, vous vous en doutiez bien, mais je devais quand même le préciser. Aucun hit ici, aucun tube, n'attendez pas d'entendre Fowley à la radio, vous seriez mort avant. Mais l'album, franchement réussi, même remarquable (c'est sans aucun doute un de ses sommets), offre d'excellentes chansons, comme International Heroes, So Good Wish You Would (morceau assez sensuel, même sexuel), I Hate You, l'étonnant E.S.P. Reader ou Dancing All Night. En fait, je ne vois aucune mauvaise chanson sur l'album. Ces cinq chansons (la moitié de l'album) en sont les meilleures, mais le reste (King Of Love) est franchement d'un excellent niveau. Voilà donc un album oublié, méconnu, rare (et donc, souvent, cher ; en vinyle, n'espérez pas l'avoir à moins de 40 euros...et en CD, on n'en parle même pas), mais vraiment bon. Il est peut-être disponible totalement sur YouTube, je ne peux que vous conseiller son écoute. Si vous ne connaissez de lui qu'Outrageous et que ça ne vous a pas plu (l'album étant des plus abrasifs), rassurez-vous, International Heroes est aussi glam que sa pochette ne le laisse supposer !

FACE A

International Heroes

E.S.P. Reader

King Of Love

Ugly Stories About The Rock Stars And The War

I Hate You

FACE B

Something New

Born Dancer

So Good Wish You Would

World Wide Love

Dancing All Night