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D'abord, merci à JfWul, un visiteur venu poster sur le blog, en janvier 2020 et en décembre 2020, sur deux articles consacrés à Kevin Coyne, pour parler rapidement de cet album-ci, un live ; il m'a donné envie de poursuivre ma découverte des albums de cet  incroyable artiste, tout simplement. S'il n'avait pas publié ces deux commentaires, j'aurais peut-être, un jour ou l'autre, découvert ce live, mais ça aurait été sans doute beaucoup plus tardivement, et comme je n'avais à la base pas spécialement l'intention (con que j'étais de me dire ça !) d'acheter d'autres albums de Coyne, ayant été, comme je l'ai déjà dit, tellement happé par Marjory Razorblade, je ne suis donc même pas sûr que sans cette petite suggestion, j'aurais, un jour, découvert ces albums. J'avais en effet peur soit d'être déçu par les autres albums, soit au contraire, rétroactivement, d'être un peu déçu par Marjory Razorblade si jamais je trouvais d'autres de ses albums encore plus réussis que lui (ou qui me plairaient plus que lui). Si vous avez lu les  deux dernières chroniques sur Coyne, Matching Head And Feet et Heartburn, vous savez que j'ai vraiment aimé ces deux albums (surtout le premier cité, mais Heartburn est vraiment excellent), mais à l'heure actuelle, Marjory Razorblade reste mon préféré de lui et je sais qu'il le restera. Il est désormais temps de parler de l'album qui me fut donc conseillé, et qui, donc, est un live. Un double live, par ailleurs, dont la durée est approximativement (c'est en vinyle que je l'ai, il n'y à aucune page Wikipedia à son sujet, et la durée que je vous donne est donc approximative) de 80 minutes. Tel quel, il me semble qu'il n'est jamais sorti en CD : en 1991, Virgin Records l'a édité en CD, avec un titre en moins, pour que tout tienne sur un seul disque. Sauf erreur de ma part, aucune édition n'est venue remplacer ce CD de 1991 qui, j'imagine, doit être difficile à trouver maintenant.

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In Living Black And White, tel est le titre de ce live à la qualité audio excellente (juste que quand Coyne parle, on a parfois du mal à bien l'entendre) et dont la pochette symbolise bien ce qu'est la musique de Coyne. On le voit debout, seul, sur scène, posture un peu servile, souriant un peu bêtement ou hypocritement, sur le point de donner du gov'nor (titre de respect un peu hypocrite donné par le bas-peuple british aux classes superieures) au premier venu. Au verso de pochette, on le voit de dos, et on constate que sa main droite, cachée dans son dos, tient, ouvert, un rasoir ouvert dont la lame scintille.

Un mec à l'apparence sympa qui, en fait, peut vous sauter à la gueule sans prévenir.

Sa musique est ainsi faite.

Entouré de ses musiciens (Zoot Money, Andy Summers...), Coyne démarre le concert (qui, en vinyle, contient 17 titres ; le morceau qui manque sur le CD est Saviour) par cinq morceaux qu'il interprète seul avec un piano (il n'en joue pas, ne joue, ici, d'aucun instrument), des versions épurées, bluesy, déchirées, de notamment Talking To No One et du standard Ol' Man River, sans oublier l'incroyable Case History N°2 de 6 minutes qui ouvre le disque, totalement autre. Le sixième morceau, c'est Eastbourne Ladies, monumentale chanson de 1973 qu'il annonce fièrement, dans un fracas électrique : le groupe entier le rejoint, le concert devient électrique et rock, cette transition est un des meilleurs moments de l'album. Résultat : quand la face A se termine, on est déjà en manque. La B n'offre que trois morceaux, mais il faut voir lesquels : Sunday Morning Sunrise est ahurissante, One Fine Day superbe, Marjory Razorblade, insensée. A la base, ce morceau dure moins de 2 minutes et est un spoken-word énoncé d'une voix nasillarde et narquoise. Ici, le groupe tisse un accompagnement bien rock (la guitare de Summers, futur Police...). A un moment donné, Coyne s'exclame STOP, STOP, on recommence tout depuis le début, vrai plantage ou arrêt prévu, je ne sais. Puis à un moment donné, tout s'arrête (décidément !), Coyne énonce une partie des paroles comme sur la version studio, de sa voix cynique et difficilement aimable. Puis ça reprend en mode rock. En tout, ça dépasse un peu les 7 minutes et ça laisse sonné, sur le carreau. 

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La suite du concert, les deux faces restantes, offrent aussi leur lot de grands moments : Turpentine, sauvage comme sur la version studio ; une sublimissime (j'insiste lourdement là-dessus) reprise du Knockin' On Heaven's Door de Bob Dylan, un House On The Hill encore plus touchant que sur Marjory Razorblade, un Saviour terrifiant par sa puissance, Mummy sur lequel, on le sent, Coyne se lâche à mort (l'intro !), et la double conclusion, Big White Bird et America. Mais si je n'ai pas tout cité (je n'ai notamment pas parlé de Coconut Island, à la fois reggae, rock et coynien...), n'allez pas croire que certains moments, que j'ai passé sous silence, soient ratés. In Living Black And White est, du début à la fin, une totale réussite, un des meilleurs lives que j'ai pu entendre ces dernières années, et qu'il soit aussi méconnu est une vraie injustice (de même que la discographie de Kevin Coyne soit, dans l'ensemble, aussi peu connue en est une autre, de grosse injustice). Je ne peux donc que, fortement, lourdement, conseiller cette écoute, c'est, que l'on connaisse ou pas les albums studio de Coyne, absolument dantesque. Chaque chanson est ici sublimée par rapport à sa déjà fantastique version studio.

Immense, vraiment immense. 

FACE A

Case History N°2

Fat Girl

Talking To No One

My Mother's Eyes

Ol' Man River

Eastbourne Ladies

FACE B

Sunday Morning Sunrise

One Fine Day

Marjory Razorblade

FACE C

Coconut Island

Turpentine

House On The Hill

Knocking On Heaven's Door

FACE D

Saviour

Mummy

Big White Bird

America