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Alors Uli ? Il se passe bien, le stage Photoshop ? Mais c’est que tu nous as pondu une bien zoulie pochette, mon Saxon d’amour. Ah, tes doigts magiques ne servent pas qu’à me câliner la craquette ou à astiquer ton manche indomptable… Que de talents.

 

Bon, fini les conneries. Une curiosité pour ce weekend, mais une curiosité cool. Bien entendu, je vois déjà poindre les sourires sarcastiques qui ricanent et laissent entendre que le tiroir-caisse fonctionne mieux avec le nom de Scorpions sur la couv’, plutôt qu’un énième délire néo-classique autour du soleil et des pantoufles de Jimi. Alors je vous répondrai que. Oui. Certainement. Mais aussi que. Et alors ? Et que s’il est un homme sur cette planète à la con qui mérite bien de ramasser son petit billet afin de profiter des graines qu’il a très largement contribué à planter 40 ans avant, c’est bien notre Jimi de Düsseldorf. Parce qu’il est une chose dont on ne pourra jamais accuser Uli Jon Roth, c’est d’avoir capitalisé sur le nom ou l’héritage Scorpions tout au long de ses années Electric Sun puis en solo. Roth est un pur, un croisé, un musicien comme il y en a trop peu.

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Et en plus, il n’est même pas à l’origine de ce projet. C’est son ami Warren de Martini (mais si ! Le guitariste de Ratt. Comme la patate, mais sans le « e ») et le patron de son label qui lui ont fait part de leur envie de réentendre les années Roth au sein de Scorpions, mais avec son groupe du moment. En bon hippie qui encule le matérialisme, il a tout d’abord envoyé bouler les impudents. Mais en bon hippie prompt au sentimentalisme, il s’est peu à peu laissé gagner par l’idée d’un coup de rétro dans les années formatives. Mais selon ses critères. Hors de question de livrer un album studio ou de duos. Roth veut livrer un live enregistré au cours de concerts US uniquement axés sur le répertoire doré. Les dates se sont parfaitement déroulées, mais en bon hippie chieur, Roth rechigne et ne livre finalement pas le disque en temps et en heure. Il a enregistré les gigs, mais il lui manque un truc.

 

Et là, il a une magnifique idée qui va donner tout son sens à l’affaire. Il va leur donner un disque live. Mais sans public. Il se souvient d’un lieu dans la banlieue de Hanovre où Dawn Road (son ancien groupe), Scorpions et bien d’autres ont fait leurs armes et répété tout au long des années 60/70. Il s’agit de Die Aula, une sorte de théâtre situé dans une école. Et comble de la chance, l’école est alors dirigée par un ancien membre de Dawn Road, Achim Kirschning. Celui-ci donne immédiatement son accord à Roth, et c’est ainsi que le groupe de Roth investit le lieu sur 3 jours  pour boucler l’affaire en choisissant les prises ultimes. Sans public ? Pas tout à fait. Roth appelle quelques amis de cette époque pour venir voir et écouter le résultat, dont Kirschining, Jürgen Rosenthal (le batteur de Scorpions époque Fly To The Rainbow) et Lothar Heimberg (bassiste des Scorps sur Lonesome Crow). Ce dernier ayant même l’occasion de jammer avec Roth sur Drifting Sun. Sentimental, on vous dit.

 

J’ai un terrible plaisir à parler de ce projet, car il faut savoir que les années Roth de Scorpions, « C’est le S » comme disent les jeunes. J’ai ce répertoire dans les gênes, c’est simple, tout est quasi-parfait dans ces années 73/78. Alors si ça permet de le faire connaitre à d’éventuels nouveaux auditeurs/acheteurs, c’est mon putain de kiff. Bon, revenons à nos moutons. Le groupe est très pro (trop ?) et sonne forcément plus moderne que les Scorps de l’époque. On ne fait pas toujours dans la finesse chez le batteur et le clavier, mais ça fait le café. Les guitares supplémentaires permettent de jouer les parties harmonisées (Roth, plus deux comparses). Un petit bémol sur le chanteur :  il n’essaie pas de faire du Meine (bien !!!), mais il a une voix terriblement typée metal et ne peut pas s’empêcher d’en faire des caiiiiiiiiiiisses sur les fins de chansons avec montées de chat écorché (ce Virgin Killer en mode drama queen du spandex !). Mais il faut reconnaitre qu’il s’en tire bien dans l’ensemble, surtout sur les morceaux speed comme Catch Your Train. Roth se réserve bien entendu le chant sur ses éternels chevaux de bataille comme Dark Lady, Polar Nights ou Fly To The Rainbow. Très bon point pour la basse, aussi bien pour le jeu que pour son mixage. Un régal.

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Mais en fait, on n’est pas vraiment là pour tout ça. Non, on sait avant même d’insérer les disques quelle sera la star du spectacle. Et d’ailleurs, elle ne vous laisse pas le temps de cogiter. Une ruade de batterie, et la guitare d’Uli caracole, arabesque et vous souhaite la bienvenue. Puis, un riff. Un des riffs parmi les plus étonnants du hard seventies. The Sails Of Charon s’étire, se prélasse, enfle, gonfle. 9 minutes où le côté orientalisant du morceau est littéralement mi sur vérins hydrauliques. Avec Roth qui mitraille, qui s’emballe et qui livre mine de rien ce qu’il aurait aimé faire de ce morceau à l’époque.

 

Avec une entrée en matière pareille, il y a un écueil possible. Celui de devoir se taper un très long solo de guitare avec des chansons juste prétextes à l’exhibition de la virtuosité de Roth. Sauf que ce mec est un musicien avant d’être un guitariste de génie, et il a l’intelligence qui va de pair. Alors il ne touche pas à la trame des chansons originales quand celles-ci sont déjà bien cadrées. Donc, les morceaux les plus rock/hard classique sont traités avec le plus grand respect et Roth reste dans les pas des originaux. Longing For Fire, All Night Long, Catch Your Train, Hell Cat, Virgin Killer ou Pictured Life (par exemple), c’est 3.30/4 minutes maxi. Mais cela n’empêche pas Roth de se faire plaisir sur certaines fins (ah, Sun In My Hand ! Ah, Evening Wind !).

 

Et il y a les plats de résistance, ceux où la guitare devait forcément abattre les derniers survivants, balancer les ennemis à la flotte. Et c’est peu dire que Roth ne s’est pas fait prier pour donner au public ce qu’il attendait. Il se laisse aller à de sublimes solos sur les inévitables Polar Nights, Dark Lady, Fly To The Rainbow. Mais le véritable clou du spectacle est We’ll Burn The Sky où Roth atteint des aigus lacrymaux, laisse son âme s’envoler vers Hendrix et Monika Dannemann, les deux amours de sa vie ( ?). On est au minimum au niveau de la version Tokyo Tapes, et c’est pas pour en rajouter. Bref, ce projet c’est de très bonnes chansons exécutées par un maître, et avec un entrain manifeste. Les cheveux blancs ont peut-être envahi la cabeza, mais l’arthrose n’a pas encore gagné les doigts de Uli. La maison de retraite attendra.

 

Alors oui, à titre personnel je peux regretter l’absence de I’ve Got To Be Free. Mais c’eut été superflu. La carrière de Roth n’en est qu’une longue illustration.

 

Cd 1
NoTitreAuteurDurée
1. The Sails of Charon (Taken by Force, 1977) Roth 8:50
2. Longing for Fire (In Trance, 1975) Rudolf Schenker, Roth 2:50
3. Crying Days (Virgin Killer, 1976) Schenker, Klaus Meine 5:35
4. Virgin Killer (Virgin Killer, 1976) Roth 3:58
5. In Trance (In Trance, 1975) Schenker, Meine 6:44
6. Sun In My Hand (In Trance, 1975) Roth 4:48
7. Yellow Raven (Virgin Killer, 1976) Roth 4:50
8. Polar Nights (Virgin Killer, 1976) Roth 7:35
9. Dark Lady (In Trance, 1975) Roth 8:19
Cd 2
NoTitreAuteurDurée
1. Catch Your Train (Virgin Killer, 1976) Schenker, Meine 3:16
2. Evening Wind (In Trance, 1975) Roth 5:39
3. All Night Long (Tokyo Tapes, 1978) Roth, Meine 3:11
4. We'll Burn the Sky (Taken by Force, 1977) Schenker, Monika Dannemann 8:33
5. Pictured Life (Virgin Killer, 1976) Roth, Schenker, Meine 3:12
6. Hell-Cat (Virgin Killer, 1976) Roth 3:00
7. Life's Like a River (In Trance, 1975) Roth, Schenker, Fortmann 3:05
8. Drifting Sun (Fly to the Rainbow, 1974) Roth 6:40
9. Rainbow Dream Prelude (titre inédit) Roth 4:00
10. Fly to the Rainbow (Fly to the Rainbow, 1974) Roth, Schenker

11:36