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Kevin Coyne, vous vous ne vous en souvenez peut-être pas, mais j'en avais parlé ici il y à un peu plus d'un an, en janvier 2020, par le biais de son album Marjory Razorblade de 1973. Un double album monumental qui n'avait pas attiré beaucoup de commentaires, mais tous étaient dithyrambiques. Je disais dans ma chronique que je ne comptais pas écouter d'autres de ses albums, par peur d'être déçu (Marjory Razorblade étant tellement monumental, et il est devenu tellement important pour moi, aussi...), ou bien peur de tomber sur un disque qui me fasse oublier son double album de 1973. Et puis ses albums ne sont pas forcément super faciles à trouver (en vinyle comme en CD, et me concernant, c'est en vinyle). Mais bon, voici un nouvel album de Coyne sur le blog, et autant le dire, ensuite, il y en aura trois autres, oui, trois (dont un live) ! Mort en 2004, Coyne était un artiste de folk-rock et de rock alternatif (de l'époque) d'un genre vraiment particulier. A le regarder chanter, on avait l'impression d'un ancien clodo n'ayant pas encore réussi à totalement remonter la pente, où à un clown venant de se faire virer du cirque et ayant tout juste eu le temps de virer son maquillage grotesque. Une dégaine improbable. Une voix difficile à aimer, aussi, sorte de croisement entre Captain Beefheart (qu'il devait, sans aucun doute, adorer) et Peter Hammill. Coyne était admiré par Sting, par John Lydon (alias Johnny Rotten), ce dernier, au cours d'une émission de radio en 1977, reprendra son Eastbourne Ladies, d'ailleurs. Un morceau issu de Marjory Razorblade, album dévasté qui sent totalement la folie. Coyne, qui souffrira de dépression par la suite (et son addiction à l'alcool ne devait pas aider), a un temps bossé dans un hôpital psychatrique, il a certainement pris des notes. A l'écoute de morceaux tels que Karate King, Dog Latin, Mummy, Marjory Razorblade ou Good Boy, on est parfois pris de frissons, tellement on sent la folie planer autour. Et un morceau comme Old Soldier fait limite chialer tellement Coyne parle bien de la déchéance, de la misère, de la solitude. 

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Sorti en 1975, Matching Head And Feet est le quatrième album de Coyne, et il fait suite à Blame It On The Night (1974) que je ne connais pas et qui, lui, fait suite à Marjory Razorblade, qui était, en 1973, un des prermiers albums sortis sur le tout jeune (alors) label de Richard Branson, Virgin Records. La pochette de ce quatrième cru de Coyne est bien sympa : des chaussures bleues, un mug à l'effigie du chanteur, un vase fleuri, dans un décor que l'on croirait peint par un imitateur de Van Gogh. Au verso, une simple photo noir & blanc de Coyne (premier à gauche, en avant) et ses musiciens. Parmi lesquels un certain Andy Summers à la guitare électrique. C'est le même Summers qui, deux ans plus tard, fera partie de The Police, pas un homonyme. Parmi les autres musiciens, notons Archie Legget à la basse, Peter Woolf à la batterie, Gordon Smith aux guitares, Tim Penn aux claviers. Coyne ne fait que chanter. Il paraît que son style guitaristique était de toute façon tellement chaotique qu'il valait mieux qu'il s'en tienne au chant ! Matching Head And Feet, plutôt généreux (46 minutes), est assez différent de Marjory Razorblade. Ce dernier était assez folk-rock, comme je l'ai dit, même si des morceaux étaient plutôt rock, d'autres un peu bluesy... Matching Head And Feet, lui, est très bluesy, à la Howlin' Wolf britannique, et assez sauvage.

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Oui, sauvage. Coyne ne chante pas vraiment, il braille son texte (les paroles sont proposées, dans la pochette vinyle, sur un double insert très fin, en écriture manuscrite) à la manière d'un bluesman du Delta qui se serait fait rayer le casque pour la troisième fois de la journée en moins de deux heures d'intervalle entre les trois fois. Comme, musicalement, c'est souvent assez hargneux (Saviour, Turpentine, la vache...quels morceaux...), on se retrouve avec un album assez abrasif, et franchement génial, par ailleurs. On y trouve quelques unes des meilleures chansons de l'artiste, comme Sunday Morning Sunrise, Turpentine, Tulip (ma préférée ici, une pure splendeur), One Fine Day, et je ne vois d'ailleurs aucun morceau à retirer des 10 de l'album. Arrangements très rock et bluesy et paroles la plupart du temps très spéciales (Coyne avait un style qui n'appartenait qu'à lui, et se définissait comme une anti-star), Turpentine (encore elle ? Oui, mais quelle chanson, aussi !) démarre par, en anglais bien entendu, Je sais que dans le quartier de Seven Oaks il y à plein de mecs qui portent des flingues des couteaux, et qui foutent sur la gueule de leurs épouses.../...Cramez le monde entier maintenant, prenez de la térébenthine... A côté de ce monstre de fureur, l'album offre aussi Lucy, It's Not Me, Rock'n'Roll Hymn, autant de chansons vraiment remarquables, faisant de ce cru 1975 de Kevin Coyne un de ses meilleurs. Après, il faut savoir que dans les années 70, le bonhomme semble ne rien avoir loupé. La preuve ? Attendez la prochaine chronique de ma part, le concernant !

FACE A

Saviour

Lucy

Lonely Lovers

Sunday Morning Sunrise

Rock'n'Roll Hymn

FACE B

Mrs. Hooley Go Home

It's Not Me

Turpentine

Tulip

One Fine Day