neil

 

 

1989/1990 : état des lieux des Glorieux Anciens en 3 parties.

1ère partie : Il ne faut pas décourager les actionnaires.

Ah, les éternels Abel et Caïn du rock sixties. Le Zentil (oui, son copain en chef a un mot d’excuse depuis 1980) et les Méchanpabeaux. Dans un mimétisme touchant, ils ont respectivement décidé de livrer un millésime 1989 « du rachat », après s’être merdés en 1986. Et du coup, ils créent ce qui va devenir le modèle de leur fin de carrière : des albums service-service au pire, enthousiasmants au mieux, prétextes à de longues virées mondiales dans des bétaillères et des stades qui coutent le PIB de la Mauritanie. Sergent Paul, lieutenants Mick et Keith, vous aurez bien mérité de la partie R&R. A moins qu’ils ne décident de vivre assez longtemps pour tenter de jouer sur Mars, histoire de faire chier Bowie. (attention, ceci pourrait devenir un running-gag à l’intérieur de cette chronique)

Synonymes de deuxième division : ACDC, n’importe quelle gloire qui remplit du stade.

 

2ème partie : Il ne faut pas désespérer Billancourt (forget about-a-JP Sartre)

Bon, on ne va pas se mentir, ces deux-là ont vécu des années 80 compliquées. L’un redevenu sobre a produit des disques déjà ringards lors de leur sortie, tout en tournant des pubs pour des motos avec un look immonde. Et l’autre a traversé la décennie comme un zombie (le clip de We Are The World !) entre conversions, retour à la foi initiale, substances et alcool. Le tout parsemé de disques merdeux pour la plupart, et de tournées avec des guests aussi largués que lui (Santana ! Van Morrison ! Grateful Dead ! Mick Taylor à la guitare ! Tom Petty étant l’exception). Un parcours du con-battant à peine relevé par une récréation entre potes à la bonne franquette. Mais en 89, nos hérauts du rock lettré se sont enfin sortis les doigts, et deux excellents disques sont venus. Ils n’avaient plus qu’à gérer leurs statues du Commandeur avec plus (Bobby) ou moins (Loulou) de précautions. Bowie devra attendre un peu plus…

Synonyme « moi je ne suis pas tombé aussi bas » : Leonard Cohen.

 

neil-young-crazy-horse-rust-bucket

 Smell the horse on this one !

3ème partie : Il ne faut pas snober la jeunesse.

AHHHHH. On en vient au cœur de la question. C’est notre rubrique « Moi aussi, z’en veux du zeitgest ! » (merci Zezette, on dira à Félix que tu es repartie à la maison).

D’un côté, il y a le Forceur. Le bel homme dans la fleur de l’âge qui répète à longueur d’interviews que la jeunesse sonique (vous l’avez ?) ou les lutins (still got it ?) sont merveilleux et que la fraicheur de leur musique le pousse à se réinventer. Souci : le Forceur habite dans un chalet suisse dans une station hors de prix pour connards pétés de thune. Et du coup, il monte un casting anachronique (les frères Sales…) et lourdingue (les frères Sales…) entre deux verres d’Apremont et trois bouchées de fondue. Hors-sujet, le quatuor usine un hard rock générique supposé sublimer des chansons pleines de cholestérol. Il est tellement convaincu qu’il fait même une tournée des stades best-of en plein milieu de son « retour aux sources ». Bref, affreux. Affreux, affreux.

Et de l’autre côté, il y a la Force Tranquille. Non, pas Mitterrand. L’Autre. Celui qui vit toujours dans des ranchs, des trucs au milieu des bois, qui chevauche toujours son Cheval Fou. OK, on ne peut pas dire que ses années 80 aient été folichonnes. Mais il a de la ressource, le hippie qui a pris 20 kilos de muscles. En deux ans, il monte en régime : un album R&B sympatoche, un EP bien cool, un très bon disque, et en 1990 un EXCELLENT disque. Un GRAND disque, même. Il se met à redistribuer des taloches en chansons. ET PAF, Reagan ! ET PAF, George Bush ! Et PAF, Stephen Stills ! Et du coup, les gamins viennent à lui sans qu’il n’ait eu le besoin de racoler comme le Forceur. La Force Tranquille devient LE modèle paternel rock sur lequel il fait bon investir. Qui n’a pas sa reprise ? Sa participation aux concerts The Bridge ? Son baiser sur l’anneau en interview ? C’est bien simple : ils sont presque tous passés par là : Sonic Youth, Pixies, Dinosaur Jr, Nirvana, Pearl Jam, REM, Supergrass, et même le Monosourcil Mancunien (un peu après tout le monde, ils sont un peu lents…). Ils étaient nombreux à avoir cultivé leurs jardins sur le Neil (les connaisseurs des parfums Hermès savoureront la référence). Pour bien faire passer le message à l’exilé fiscal suisse (mais non, pas Johnny… tais-toi, Sarko…), il se permet même le luxe d’embrigader Social Distortion et Sonic Youth en tournée avec lui. Il y a ceux qui causent, et ceux qui font. Ultime coup de chaud : Dylan finira par le citer positivement dans une chanson, et Jagger ne saura pas cacher sa jalousie dans des interviews 90s. CARTON PLEIN. 

 

Neil-crazy-horse-1990-579x390

Vise moi ces gossebos, David ! Si je passe par l'Europe, y a moyen pour une raclette ? Sans rancune. El Ronnechonne.

 

2021 : « T’es gentil, mais cause un peu du dixe ! »

Une tournée, vous avez dit ? Oh oui. Et des plus velues. Une sorte de cataclysme sonore et cathartique en pleine guerre du Golfe. Vous me ferez le plaisir d’écouter le chapitre Weld pour mesurer l’ampleur des dégâts. Mais pour l’heure, revenons-en à l’automne 1990. Neil Young se prépare pour la tournée et décide de préchauffer sa monture. Oh, c’est pas comme si le lien entre ces quatre mecs était télépathique et que tant que Ralph Molina assure son rôle de totem impassible derrière ses fûts, rien ne peut dérailler. Molina, ce héros méconnu. (Talbot et Sampedro font aussi bien ronronner le moteur, no disrespect)

Mais Young décide quand même de se dérouiller les salsifis sur quelques dates dans des rades ou des clubs rock de la West Coast, comme un retour à l’époque Tonight’s The Night/Zuma où le sieur était coutumier du fait. Alors, il laisse aussi tourner le matos d’enregistrement, ce qui nous permet d’entendre le résultat 30 ans plus tard. Ce Way Down The Rust Bucket relate le concert donné au Catalyst de Santa Cruz le 13 novembre. Ce jour-là, Tim Berners-Lee met en ligne la première page web de l’Histoire. Quoi, vous vous en foutez ? N’empêche que sans cet acte et ce chercheur, je ne serais pas là à vous assommer avec ma prose verbeuse et mes allégories à la con ! Alors ? hein ? C’est kikalederniémot ?

Bon, The Catalyst à Santa Cruz. Déjà, le nom du lieu fleure bon la tequila-Motul, le sous-vêtement douteux, la rock-chick bikeuse et les merguez de gnou fumées au chipotle. (David, prends des notes. Tes brunch-performances à la Douairière Valétudinaire de Gstaad, avec thé à 25 boules et macarons Ladurée, c’était de la couille en barre.) Le genre de turf parfait pour Crazy Horse et leurs dégaines de garagistes, et c’est peu dire que même s’il s’agit de galop d’échauffement, c’est le genre de truc tellement en place que bien des pélos proposerait le quart de ça dans des arenas sans se poser la question. Le beat rudimentaire et souple de CH donne la latitude nécessaire à Young qui s’amuse comme un petit fou et qui tire des bastos dans tous les coins. Alors, il n y a pas la décharge émotionnelle de Weld et il ne s’agit pas d’un achat essentiel pour le débutant, ni même le fan « casual ». Mais il y a ce mood à la fois détendu et très très rock qui fait qu’on ne peut pas se tromper.

Par contre, le mordu pourra se délecter d’une setlist qui propose la quasi-intégralité de Ragged Glory (seules White Line et Mother Earth ne sont pas de la partie), de quelques classiques inaltérables (vous les connaissez tous, et de toute façon y aura la tracklist en dessous, je vais pas me faire transpirer les glaouis), et aussi de quelques surprises qui ne passeront pas le cut pour la tournée mais qui font foutrement plaisir. Et pas du menu fretin. Je parle là de choses comme cet enculé de Danger Bird, ce salopard de Sedan Delivery, des bizarreries comme Bite The Bullet, T-Bone et Surfer Joe and Moe The Sleaze, un inédit comme Homegrown ! Comme souvent, pas mal de morceaux prennent leurs aises, et pas moins de 6 titres s'étirent au delà des 10 minutes pour un total de presque 2h30 de musique. La qualité sonore est absolument fabuleuse. Seul petit bémol : comme toujours avec Ol’ Neil, le digipack est assez chiche. L’épaisseur est satisfaisante, mais il y a toujours le problème du livret USB. Oui, parce qu’on peut se le fourrer dans le cul. Une feufeuille toute fine pour parler de l’équipe technique (même pas mention du nom des musiciens !), et si tu n’es pas content, retourne écouter Joe Bonamassa ! Mais ce serait être un sérieux pisse-froid au vu du plaisir que ces mecs ont donné durant tout ce temps. Encore une sortie d’archive réussie par le vieux Ronchon.

 

 

 Country Home

Surfer Joe And Moe The Sleaze           

Love To Burn

Days That Used To Be

Bite The Bullet

Cinnamon Girl

Farmer John

Over And Over

Danger Bird

Don't Cry No Tears

Sedan Delivery

 

 Roll Another Number

Fuckin' Up

T-Bone

Homegrown

Mansion On The Hill

Like A Hurricane

Love And Only Love

Cortez The Killer