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Un peu de nostalgie aujourd'hui sur le blog. Je ne vais pas vous demander si vous connaissez les Ronettes, car je pense que vous devez avoir, au moins une fois, ne serait-ce qu'avoir entendu parler d'elles. Elles, oui, car c'est un girl band. De chanteuses seulement, enfin d'une chanteuse et de deux vocalistes. Le Ronettes sont totalement indissociables de leur producteur, Phil Spector, oui celui-là même qui croupira en prison (et est mort en janvier dernier) pour le meurtre de sa petite copine. Spector, un personnage totalement indissociable (deuxième fois que j'utilise ce mot dans le même paragraphe, il va falloir faire quelque chose) du rock et de la pop, un mec totalement givré, larger than life, du genre à pointer un flingue sur son chanteur pour l'encourager fortement à refaire une 587ème prise, du genre à ne pas sortir de sa villa/bunker agrémentée de pancartes achtung minen et attention au yorkshire mutant, du genre à produire aussi bien Leonard Cohen que les Ramones... Phil Spector, qui a remixé à sa façon le dernier album des Beatles, Let It Be, qui a eu le malheur de sortir un disque de chants de Noël bien joyeux le jour même de l'assassinat de JFK (cruelle et sinistre coïncidence qui fera qu'il retirera le disque de la vente en signe de respect et de deuil)... Spector, inventeur du fameux wall of sound, ce procédé de production pour lequel on empile, comme des pancakes sur une assiette, les pistes sonores afin de former un gros bouzin sonore pharaonique (mais qui, il faut le dire, vieillit assez mal).

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Spector, via son label Philles Records, et dans ses studios Gold Star, avait une vraie écurie de chanteurs et de musiciens. Parmi les musiciens, citons les plus connus : Sonny Bono (mari de Cher), Leon Russell, Harold Battiste, Hal Blaine, Carol Kaye, Vincent 'Vini' Poncia Jr (futur producteur)... Parmi ses chanteurs et chanteuses, citons Darlene Love, les Crystals, les Righteous Brothers... Et les Ronettes, menées par Veronica 'Ronnie' Bennett, qui épousera Spector en 1968 et prendra dès lors son nom. Ils divorceront en 1974, sa vie fut un bel enfer au sein de Spector. Les Ronettes étaient aussi constituées d'Estelle Bennett, soeur de Ronnie (son aînée ; à Ronnie, je veux dire) et de leur cousine Nedra Talley. Les trois chanteuses signent chez Philles Records en 1963, et grâce à des chansons comme Be My Baby (que les visionneurs réguliers de Dirty Dancing connaissent bien, c'est la chanson du générique de ce film) et Baby I Love You (que Spector imposera quasiment aux Ramones, en 1980, quand il leur produira un disque, et en effet, ils la reprendront), elles deviennent des stars de la pop sucrée e l'époque. Elle participent, le temps de trois chansons, au A Christmas Gift For You de Spector en 1963 (magistral Sleigh Ride) et l'année suivante, Spector leur fait leur seul et unique album : ...Presenting The Fabulous Ronettes Featuring Veronica. Pochette sobre, Ronnie bien en avant, sur fond blanc. L'album n'en est pas vraiment un, c'est en fait un assemblage de plusieurs singles des Ronettes, dont Baby I Love You et Be My Baby d'ailleurs. En vinyle, c'est un album rare et cher, et c'est aussi un album qui, rapport à ça, compte parmi les plus fréquents en copies de contrefaçon, généralement agrémentées de plusieurs bonus-tracks, j'en ai d'ailleurs une, on y trouve 17 titres au lieu des 12 de la version originale. Il y manque What'd I Say, au passage. 

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Sincèrement, je ne suis pas un fan des Ronettes, mais il faut reconnaître que dans son genre, ce genre de pop bien sucrée, spectorisée, totalement emblématique de son époque, est très efficace et sympa, malgré des poncifs et clichés (thèmes des chansons : Je t'aime/Tu m'aimes/Est-ce que tu m'aimes ?/Je t'ai aimé/On s'aime/Si tu m'aimais encore/Pourquoi est-ce que je ne t'aime plus alors que tu m'aimes/Heureusement que je t'aime pour nous deux/Un jour, on s'aimera/Souviens-toi de notre amour. Tout ça est effectivement très varié. Trois chansons ont le mot 'baby' dans leur titre, trois (dont une avec 'baby') ont le mot 'love' dedans. C'est aussi original qu'une émission de bétisier un 31 décembre sur C8. Mais quelquefois, on n'a pas envie de beaucoup d'originalité, et puis on n'allait pas demander aux Ronettes (à noter que quasiment toutes les chansons sont crédités Phil Spector, qui les signe souvent avec un ou plusieurs de ses poulains musiciens) de chanter sur le futur discours présidentiel sur l'Etat de la Nation ou la situation en Indochine. Walking In The Rain (avec ses effets sonores d'averse), Chapel Of Love (dont je préfère la version des Dixie Cups, aussi de l'écurie Spector, et aussi de 1964, que celle des Ronettes, au passage), (The Best Part Of) Breakin' Up, When I Saw You, autant de chansons certes simplistes, peu variées, mais remarquablement chantées et produites. Bref, c'est un excellent petit album de pop 60's sucrée que nous avons là. 

FACE A

Walking In The Rain

Do I Love You ?

So Young

(The Best Part Of) Breakin' Up

I Wonder

What'd I Say

FACE B

Be My Baby

You, Baby

Baby, I Love You

How Does It Feel ?

When I Saw You

Chapel Of Love