FS1

Hé oui, vous lisez bien, on va parler de Sinatra ici. Au passage, comme il n'y à pas de catégorie 'chanson anglophone' sur le blog (ce qui, sinon, aurait été parfait pour ce disque), je classe ce disque dans la 'folk/country', ce qui n'est vraiment pas la catégorie la plus appropriée, mais 'pop' ou 'rock' aurait été pire, 'blues/soul' aussi, donc c'est pas défaut. Sinon, Frank Sinatra, quelqu'un ? Je crois qu'il avait déjà été abordé ici il y à longtemps, en 2013, par Buckley92, qui avait fait In The Wee Small Hours. Bon, autant que je le dise, afin de faire éclater la baudruche tout de suite : je ne suis pas un fan. Je ne suis pas la cible. Et le personnage de Sinatra, crooner italo-américain de ses dames, piège à nanas ultime (il s'en est tapé pas mal, et pas les plus moches, son tableau de chasse est assez effarant) et sympathisant de certaines personnes pour le moins douteuses (il est de notoriété commune, et ce depuis des décennies, que le bonhomme fréquentait le Milieu, avait des amis, des relations, dans la mafia ; il n'en faisait pas partie, évidemment, mais y était un peu lié), le personnage de Sinatra, donc, m'énerve pas mal. Ainsi que sa tendance un peu fallacieuse à s'approprier les chansons des autres l'air de dire au fond, c'est un peu pour moi que cette chanson a été faite, tellement je la chante bien, genre New York New York, ou le Something de George Harrison (que Sinatra annoncera au moins une fois, en se trompant, comme étant une chanson de Lennon/McCartney, non mais quel con...). Mais le mec avait une voix assez incroyable, on ne le surnommait pas The Voice pour rien. Franchement, de ce côté-là, total respect de ma part. C'était aussi un acteur à ses heures perdues, je n'ai pas vu tous les films dans lesquels il a joué, mais sans aller crier au grand acteur, il faut dire qu'il n'était pas mauvais (L'Express Du Colonel Von Ryan). Et il y avait la bande de chanteurs qui le suivaient, le Rat Pack, Dean bourré mais stoïque Martin, Sammy Black sataniste Davis Jr. Mythique, quoi. 

FS2

Frank Sinatra, à la base, je ne comptais pas en parler ici. Buck' l'avait fait en 2013 avec un album, très bien, mais je ne me voyais pas aborder, à mon tour, même 8 ans plus tard, un autre album. Et puis lequel ? En Sinatrouille, j'y connais pineutss. Mais je suis tombé, quelque part pendant ces 8 ans (je crois que c'était en 2016, mais je parierais pas ma paie du mois dessus non plus) par hasard sur ce disque, et je me suis dit que ça serait trop con de ne pas le chroniquer, surtout que je l'aime beaucoup. Sorti en 1970 sous une sublime pochette, Watertown est, si j'ai bien compté (parce que ce zigoto a fait plus de disques que Zappa, Dylan et Neil Young réunis, limite), son 54ème album studio. Il est sorti sur Reprise Records, le troisième label sur lequel fut Signé Sinatra, celui sur lequel il a fait l'essentiel de sa discographie, et après ce disque, il n'en a plus fait beaucoup : son dernier en date est sorti en 1981 (je parle des albums studio), après ce fut des concerts, des albums lives, des compilations, ce genre. Watertown est un disque, sans aucun doute, à part dans la discographie de Sinatra. Déjà, c'est un album conceptuel, qui raconte une histoire. Ensuite, je ne sais pas si c'est le premier de ses albums à être concerné, mais ce fut un bide retentissant à sa sortie, apparemment le seul album majeur du Mafioso à ne pas s'être classé dans un Top 100 du Billboard 200. Produit par Bob Gaudio des Four Seasons (fameux groupe vocal), l'album, court (34 minutes environ, je n'ai que le vinyle, et les 36 minutes indiquées par Wikipédia me semblent un peu longues), a été écrit par Gaudio et Jake Holmes (auteur de Dazed And Confused, que Led Zeppelin reprendra et revampera) et il s'agit d'un album qui, pour Sinatra, a marqué un changement radical : le bonhomme avait alors l'habitude d'enregistrer ses voix en même temps que l'orchestre, live en studio. Pour ce disque, il a enregistré ses voix séparément, et c'est le seul de ses albums fait ainsi. Il aurait eu du mal à les poser en même temps que les musiciens : il a couché ses voix dans un studio hollywoodien, tandis que les musiciens, eux, ont enregistré à New York ! Il en avait une grosse, le Frankie, mais pas à ce point quand même !

FS3

De quoi parle ce disque ? Watertown raconte l'histoire d'un homme qui, suite au départ de sa femme Elizabeth qui, désireuse de refaire sa vie dans une métropole afin de devenir artiste, l'a quitté, doit élever, seul, leurs deux enfants, Michael et Peter, dans la petite ville de Watertown, dans l'Etat de New York, où vivait le couple. Il se souvient d'elle, de leurs bons moments, de ce qu'elle était avant que ses grandes ambitions artistiques ne surviennent. Elle lui écrit, lui dit qu'elle va revenir, mais en se rendant à la gare pour aller la chercher, il l'attend en vain. Les chansons sont autant de monologues, Michael & Peter parle des deux enfants du couple ("Tu ne peux pas te rendre compte à quel point ils grandissent vite", répête Sinatra dans la coda), What A Funny Girl (You Used To Be) parle des bons moments passés par le couple, The Train, évidemment, montre le narrateur esseulé, sur le quai de la gare (un poster glissé dans la pochette montre Sinatra posant sur le quai d'une gare) alors que She Says, qui se trouve juste avant, parle de la lettre d'Elizabeth, annonçant son retour. Le Frankie chante parfaitement, comme à son habitude, tout du long de cet album arrangé de manière assez baroque, parfois proche de la pop (j'ai failli, vraiment, mettre cet article dans la catégorie pop/rock), et les chansons (heureusement, les paroles sont sur la pochette intérieure, imprimées en petits caractères, mais bel et bien là, et ça aide pour comprendre le concept) sont remarquables. A noter que le CD rajoute un onzième titre en épilogue, Lady Day, qui explicite les raisons du départ d'Elizabeth : elle a du talent, elle le sait, elle étouffe dans cette petite ville, elle veut prendre sa liberté, a sauté le pas. Pourquoi cette chanson n'a-t-elle pas été placée sur l'album initial, je ne sais pas, sans doute pour que le narrateur (autrement dit, Sinatra) ait le beau rôle en restant, à la fin, seul, triste, abandonné par celle qu'il aime et parent responsable, alors que le morceau supplémentaire explique qu'il n'était pas forcément le mec qu'il fallait à Elizabeth, qu'elle étouffait avec lui. Peu importe, au final, Watertown est un excellentissime album. Bide commercial (et critique) à sa sortie, certes, sans doute un moment désagréable, rétrospectivement, pour Sinatra, mais l'album finira par être totalement réhabilité. On en parle aujourd'hui comme d'un de ses sommets. Je ne sais pas, mais c'est fort possible !

FACE A

Watertown

Goodbye (She Quietly Says)

For A While

Michael & Peter

I Would Be In Love (Anyway)

FACE B

Elizabeth

What A Funny Girl (You Used To Be)

What's Now Is Now

She Says

The Train