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Scott Walker ? Ca va bientôt faire deux ans (le 22 mars prochain) qu'il est mort. Honte à moi, mais au final, peu de choses de lui sont sur le blog : son quatrième album (un chef d'oeuvre), une compilation de ses reprises de Brel (remarquable) et le dernier album de son groupe, les Walker Brothers (album remarquable), lesquels n'étaient, comme les Ramones, malgré leurs patronymes similaires, pas des frangins, ni des cousins, aucun lien. Scott Walker s'appelait Noel Scott Engel en fait. Un de ses maîtres, c'était Brel. Et lui-même était un des maîtres (Brel aussi) d'un certain David Bowie, qui les a repris tous deux. Pour Walker, ce fut, en 1993, Nite Flights (du dernier album des Walker Brothers, du même nom). Walker, après la séparation de son groupe, s'est lancé en solo, avec, dans les années 60, des albums franchement excellents, chacun d'entre eux renfermant des reprises de Brel adaptées par Mort Shuman, fidèles et prenantes. Scott 4, en 1969, sera un bide commercial, retiré rapidement des bacs par ailleurs, mais c'est aussi un des albums les plus impressionnants de son époque (dans la catégorie chanson un peu chargée en production, c'est le top). Je ne vais pas revenir ici, même s'il le faudrait parce que, comme je l'ai dit, la discographie de Walker, sur le blog, n'est pas aussi bien représentée qu'elle le devrait (jamais entendu Tilt, sorti en 1995 ? Il faudrait sérieusement penser à réparer cette erreur, les mecs). 

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En 1974, Walker sort un album solo qui ne marchera pas, We Had It All. Il relance les Walker Brothers de 1975 à 1978, avec trois albums, j'ai abordé le dernier.

Puis, entre 1978 et 1984, rien.

En 1984, il sort ce disque, sur Virgin Records, Climate Of Hunter, un disque putain de trop court (31 minutes...) mais putain de trop bon. Un disque dont la moitié des morceaux, et il y en à 8 en tout, ne contiennent pas de titres officiels : Track Three, Track Five, Track Six, Track Seven. Et ce ne sont pas des instrumentaux, il n'y en à pas sur l'album. Track Three sortira même en single (mais n'entrera pas dans les charts). Unique album de Walker dans les années 80 (le suivant, c'est Tilt, 11 ans plus tard), Climate Of Hunter a été enregistré en 1983 avec, notamment, Mo Foster à la basse, Peter Van Hooke à la batterie, Phil Palmer à la guitare. Mark Knopfler est en invité sur le dernier titre, à la guitare, et Billy Ocean aux choeurs d'harmonie sur le troisième. L'album, sous sa pochette qui ne paie pas de mine (une photo noir & blanc d'un Scott Walker pris en train, sans doute, d'argumenter au cours d'une discussion, mais qui ne pose vraiment pas pour la photo), reprend les "hostilités" là où Nite Flights, le dernier opus des Walker Brothers (qui était, en fait, une sorte de mélange entre trois mini-albums, un par membre du groupe, plutôt qu'un album collectif), les avait arrêtées. Je parle des morceaux de Scott sur Nite Flights (The Electrician, le morceau-titre, The Shutout, Fat Mama Kick), les quatre premiers de l'album par ailleurs. Des morceaux proches de ce que Bowie fera sur Lodger. Des morceaux sombres, peu confortables, expérimentaux, avant-gardistes.

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Climate Of Hunter est du même ordre : vraiment pas joyeux et commercial (mais plus accessible, de loin, que les albums suivants de Walker ; il a fini sa carrière sur des albums vraiment particuliers, comme The Drift, Bish Bosh et Soused), l'album possède une atmosphère dark, et bien que sorti en 1984, il pourrait tout aussi bien avoir été fait en 1977 qu'en 1995 ou en 2000, il sonne assez intemporel. Atemporel, en fait. Autant le dire tout de suite, alors que la chronique approche tout aussi dangereusement de sa fin qu'une voiture lancée à 150 à l'heure s'approche d'une falaise, c'est un chef d'oeuvre. Vraiment. Je ne dis pas ça histoire de dire que Scott Walker n'a fait que des monuments (sincèrement, ses derniers opus, cités plus haut, ne sont pas tous immenses), ou histoire de le dire, comme ça. Non. Climate Of Hunter est un chef d'oeuvre, un des meilleurs albums de 1984. A sa sortie, il fut assez bien accueilli par la presse, sans que ça soit dithyrambique non plus, et on s'en doute, en cette année de Born In The U.S.A., de Africa et de Frankie Goes To Où Il Veut, il se vendra moyennement. Il ne cessera, cependant, de faire, de temps en temps, des fans, des convertis, et il annonce la suite de la carrière de Walker tout en étant le digne et logique successeur de Nite Flights. De Rawhide à Blanket Roll Blues en passant par Dealer et Track Seven, tous les morceaux sont géniaux ici. Le seul défaut, vraiment, c'est la durée, minimaliste, mais bon, après tout, tel qu'il est, Climate Of Hunter est parfait. Et quelle voix il avait, le Scotty...grave, profonde, marquante, enivrante, hypnotique...

FACE A

Rawhide

Dealer

Track Three (Delayed)

Sleepwalkers Woman

FACE B

Track Five (It's A Starving)

Track Six (Say It)

Track Seven (Stump Of A Downer)

Blanket Roll Blues