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Joni arrive tranquillement aux années 90 sans se presser, sans se stresser. On peut dire qu'elle a passé la précédente décennie avec élégance, sans trop de casse, contrairement à son compatriote Neil Young, ou à d'autres tels que les Rolling Stones, David Bowie ou Bob Dylan. Certes, Dog Eat Dog, de 1985, souffre d'une production vraiment épouvantable, datée, et Chalk Mark In A Rain Storm, de 1988, d'une bien meilleure qualité, possède lui aussi une production parfois un peu datée. Mais aucun de ces deux albums ne peut être qualifié de raté, tout au plus Dog Eat Dog est moyen, inégal. Mais comparé aux albums de Bowie, Young ou Dylan de la même époque, ce n'est vraiment pas pareil. Joni a l'habitude, depuis 1982, de sortir un album tous les trois ans. Son disque suivant sortira donc en 1991 et comme les deux précédents, il est coproduit avec celui qui est encore son mari (ils divorceront en 1994, 12 ans après le mariage), le bassiste Larry Klein. Les deux resteront cependant en bons termes, continuant de bosser ensemble, ce qui n'est pas donné à tout le monde, j'imagine, après un divorce. Bon, en 1991, ils sont encore mari et femme, et rien ne dit qu'ils ne le seront plus trois ans plus tard. L'album que sort Joni Mitchell en cette année-là est son 14ème studio, et 15ème en tout, c'est aussi le quatrième et dernier qu'elle sortira sur le label Geffen Records. Elle repassera sur Reprise Records pour le suivant, label qui fut celui de ses débuts en 1968 par ailleurs. Mais restons en 1991 pour le moment. Le titre de ce nouvel album est Night Ride Home.

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Long de 51 minutes, cet album marque un nouveau revirement dans la musique de Joni. En 1982, elle était passé à de la pop/rock assez décomplexée, et l'album de 1985 la montrait proche de la new-wave. En 1988, les sonorités étaient encore un peu pop. Là, on est proche de l'album de 1976, le chef d'oeuvre Hejira. Un rock un peu jazzy, mais pas trop, enregistré avec des musiciens talentueux (Wayne Shorter, Klein, Michael Landau, Vinnie Colaiuta...), magnifiquement produit. C'est bien simple, le seul défaut que je peux trouver à Night Ride Home n'est pas musical : sa pochette n'est vraiment pas extraordinaire... Mais sinon, ce 14ème cru studio est une très belle réussite, qui ne se vendra pas des masses (on parle de 238 000 exemplaires vendus aux USA, comptage effectué 16 ans après la sortie du disque : Joni a donc mis 16 ans pour en vendre aussi peu, aux USA !), mais j'imagine que ceux qui l'ont acheté n'ont jamais regretté l'achat. Rien que pour Come In From The Cold (long de plus de 7 minutes, le plus long morceau de l'album), chanson qui parle de l'enfance et de l'adolescence, et pour Cherokee Louise, chanson sur une amie d'enfance de Joni qui fut victime d'abus sexuels, sans oublier Slouching Towards Bethlehem (basé sur un poème de William Butler Yeats), cet album est recommandé. 

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Mais comme je l'ai dit, je ne vois aucun défaut musical à cet album de 1991. C'est même probablement un de mes préférés de la Canadienne, un album rempli de morceaux aussi peu connus (aucun single promotionnel, Come In From The Cold fut diffusé en clip vidéo télévisuel et sera diffusé sur des radios aux USA, c'est à peu près tout) et attachants que Nothing Can Be Done ou Two Grey Rooms. A la rigueur, Ray's Dad's Cadillac est un peu secondaire. Mais j'ai quand même l'impression d'être un peu sévère en disant ça. Non, vraiment, ce 14ème cru studio, ce dernier opus pour Geffen, ce retour à un rock jazzy, est une pure merveille, un disque qui prend son temps, qui s'écoute avec un plaisir total, agréable, suave, magnifiquement produit... Un album de Joni Mitchell, quoi. 

Night Ride Home

Passion Play (When All The Slaves Are Free)

Cherokee Louise

The Windfall (Everything For Nothing)

Slouching Towards Bethlehem

Come In From The Cold

Nothing Can Be Done

The Only Joy In Town

Ray's Dad's Cadillac

Two Grey Rooms