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Il fallait bien que ça arrive...Que quoi arrive ? Oh, qu'un album de Joni Mitchell ne soit pas fantastique, voilà. J'ai failli mettre le disque dans les ratages, au final, j'ai juste mis le tag, l'air de dire que ce n'est pas génial, mais, franchement, il y à pire. Mais de quel album je veux parler ? Dog Eat Dog. Un album sorti en 1985, déjà, ça en fait frémir quelques uns, je le sens d'ici. Mais bon, comment Joni en est-elle arrivée là ? Petit retour en arrière : en 1982, Joni, qui a entre temps changé de maison de disques (d'Asylum, elle est passée à Geffen Records, nouveau label du fondateur d'Asylum Records, donc, quelque part, comme je le disais récemment, elle n'a pas vraiment changé d'univers...), sort l'album Wild Things Run Fast, son onzième album studio, et treizième en tout. Un album ma foi franchement réussi, mais qui détonne totalement : au revoir les atmosphères jazzy des précédents opus, ce nouvel album, le premier fait avec le bassiste Larry Klein qu'elle épouse la même année que l'album (1982 donc), est totalement pop. Selon ses propres déclarations, elle s'inspire de groupes tels  que The Police, Talking Heads, Steely Dan. Surtout The Police. L'album bénéficie d'une production très pop, qui fonctionne parfaitement, pas trop chargée. C'est, certes, inhabituel pour Joni, aussi inhabituel que devait l'être Court And Spark en 1974 (son premier album jazzy), mais c'est un excellent album.

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Trois ans plus tard, la Canadienne et son mari (ils divorceront en 1994) enregistrent et publient son douzième album studio (et quatorzième en tout, oui, oui, je sais que vous savez). Cet album, c'est donc Dog Eat Dog, dont la pochette, pas d'une franche réussite, représente une Joni comme en état de transe, entourée de chiens hargneux. Une peinture qu'elle a elle-même faite. Première, depuis 1969 : cet album a été produit par d'autres que Joni. En fait, elle est crédité comme coproductrice avec Larry Klein, Mike Shipley et Thomas Dolby. Ce dernier est un musicien britannique de pop un peu électro, producteur à ses heures, on lui doit notamment la production du Steve McQueen de Prefab Sprout, en cette même année 1985. Joni a eu des envies de changer d'univers, de passer à de la pop un peu plus expérimentale et new-wave. Si le précédent opus étéit serti d'une production, ma foi, efficace, ce n'est hélas pas le cas de Dog Eat Dog, qui sent terriblement les années 80. Synthés en pagaille, batterie qui fait mal, beaucoup de programmations... Si j'ai inséré le tag 'ratages musicaux' en bas d'article (sans, donc, toutefois, franchir le cap ultime de ranger l'album dans la même catégorie), c'est à cause de ça, uniquement. L'album sonne épouvantablement mal, sans doute qu'en 1985, il sonnait bien, parce que c'était le son de l'époque. Mais en 2021, et même en 2011, même en 2001, voire même en 1991 (année de sortie d'un album de Joni, d'ici quelques jours dans le cycle), c'est pire que daté : c'est inécoutable. Ou presque.

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Dommage parce que s'il y à bien une chose à dire au sujet de cet album, c'est que la majeure partie des chansons sont d'un niveau suffisamment correct pour qu'avec une production telle que pour le précédent album, Dog Eat Dog soit appréciable. Pas génial, pas un de ses 10 meilleurs albums, mais appréciable. Sincèrement, si on met de côté Ethiopia (assez rébarbative), Shiny Toys et les presque 2 minutes expérimentales et débiles de Smokin' (Empty, Try Another) dans lequel Joni a conçu une mélodie basée sur une boucle sonore enregistrée du bruit d'un distributeur de paquets de cigarettes (oui, oui !!), on a, sur l'album, des chansons vraiment excellentes : The Three Great Stimulants, Good Friends (en duo avec Michael McDonald des Doobie Brothers), Fiction, le morceau-titre, Lucky Girl... Dog Eat Dog est un album que j'apprécie, que j'écoute de temps en temps, mais que je ne conseillerai pas pour découvrir l'oeuvre de Joni. Si vous aimez suffisamment cette artiste, tôt ou tard, vous passerez par ce disque, que l'on considèrera comme son album mineur, secondaire, son album le plus faible. C'est le cas, mais sachez que si vous parvenez à faire abstraction de cette épouvantable production, vous saurez sans doute déceler les quelques joyaux que cet album mineur renferme en son sein. C'est album, c'est un peu un gâchis, donc, il méritait mieux, Joni méritait mieux. Victime de son époque, encore une !!

FACE A

Good Friends

Fiction

The Three Great Stimulants

Tax Free

Smokin' (Empty, Try Another)

FACE B

Dog Eat Dog

Shiny Toys

Ethiopia

The Impossible Dreamer

Lucky Girl