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Avec cet album, définitivement, Joni va passer à autre chose. Depuis son premier album en 1968 (le sublime Song To A Seagull, avec le magistral Cactus Tree, notamment), la belle et froide (d'apparence) canadienne nous avait régalés, à raison d'un album par an (réglée comme une horloge suisse, la blondinette), d'un folk-rock de toute beauté, riche en morceaux de choix que je ne vais pas, encore une fois, citer (bon, mais un par album, alors : Cactus TreeI Don't Know Where I Stand, Willy, All I Want, Barangrill). En 1972, avant de faire son cinquième album For The Roses, Joni passe sur le label Asylum, récemment fondé par David Geffen, une de ses relations (amicales). L'album, une pure merveille, la montrait pour la première fois réellement entourée de musiciens, sur l'ensemble des morceaux. Et pour la première fois, on pouvait, avec For The Roses, parler un petit peu d'autre chose que de simple folk-rock : des atmosphères un peu jazzy, et un peu soft-rock, se profilaient de ci de là. Mais ça restait quand même, essentiellement, folk-rock, sous une sublime pochette bien bucolique (et une photo d'intérieur de pochette qui fera rêver ses fans masculins, on la voit en effet, de dos, nue, sur des rochers, face à la mer). En 1973, Joni ne sort aucun album. Une première, la concernant, depuis ses débuts discographiques. Mais en cette année 1973, elle va enregistrer son nouvel album, qui sort en janvier 1974 sous une pochette aux teintes sépia. Un disque ma foi assez court, 36 minutes, mais on ne mesure pas le niveau d'un album à sa durée, chacun le sait (même si, quand un album n'est pas terrible, il vaut mieux qu'il soit le plus court possible). 

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Encore une fois produit par ses propres soins, l'album s'appelle Court And Spark. A sa sortie, l'album sera littéralement encensé par la presse, et sera un très très gros succès commercial. Pourtant, la moindre des choses à dire, c'est que cet album marque une telle rupture avec les précédents opus que le succès commercial n'était pas garanti. Les premiers fans, ceux des débuts, pourraient s'en dissocier rapidement, et pas sûr que la Canadienne trouve de nouveaux fans. Car Court And Spark est un disque de jazz-rock, assez pop par moments, mais essentiellement jazzy, et la suite de la carrière de Joni ira dans cette même direction. Cette seconde ère de sa carrière, qui démarre ici et va jusqu'à 1979, est clairement ma préférée d'elle. J'ai découvrir Joni par le biais de ces albums (The Hissing Of Summer Lawns, son album studio suivant, fut mon premier d'elle, en fait), je les ai immédiatement adorés (c'est toujours le cas, ô combien), aussi, quand j'ai découvert par la suite ses premiers albums, je n'ai pas été déçu, non, mais j'en avais limite oublié qu'elle avait démarré comme une simple folkeuse. Ca semblait si simple, tout d'un coup, par rapport aux mélodies riches de ses albums de 1974/1979... Ici, on a du très lourd : Down To You ;  Free Man In Paris, dédié à son ami David Geffen, patron de la maison de disques qui l'a signée en 1972 et un des plus grands magnats de l'industrie du disque (et depuis, du cinéma, on a déjà parlé de lui ici) ; Help Me ; Raised On Robbery ; la reprise de Twisted, un morceau de jazz vocal d'Annie Ross, qui achève à merveille l'album...

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La quintessence de la beauté froide et hautaine : Joni dans ses  oeuvres

Court And Spark est le premier album sur lequel Joni chante avec sa 'nouvelle' voix, un peu moins aiguë, mais toujours aussi smooth. Ca fonctionne parfaitement avec l'accompagnement jazz-rock, mené par des musiciens encore plus nombreux que sur For The Roses, et que l'on retrouvera pour beaucoup sur les albums suivants. Citons Larry Carlton (guitare), John Guerin (batterie, qui aura une petite aventure avec Joni), Joe Sample (piano électrique), Max Bennett (basse), Tom Scott (saxophone), qui, tous, formaient alors le L.A. Express, groupe de jazz-rock mené par Scott. L'album suivant de Joni sera un live crédité à elle et au L.A. Express. D'autres musiciens sont sur ce disque, parfois sur un seul titre : Chuck Findley (trompette), José Feliciano (guitare électrique), Robbie Robertson du Band (même chose), Wilton Felder (basse)... Crosby et Nash posent quelques voix de choeur. Sur Twisted, les choeurs sont signés du duo comique Cheech & Chong, les fameux fumeurs de cannabis. Encore une fois, aucune mauvaise chanson ici, sur ce disque hélas un peu court (devant tant de réussite, on aurait bien pris quelques minutes de plus) mais gavé de grandes chansons. C'est clairement un de mes préférés de la chanteuse, même si, en y réfléchissant bien, j'ai du mal à choisir entre ce disque et les trois suivants (quatre en comptabilisant aussi le live, que j'aborde dans le prochain article du cycle). Du grand art, tout simplement !!

FACE A

Court And Spark

Help Me

Free Man In Paris

People's Parties

The Same Situation

FACE B

Car On A Hill

Down To You

Just Like This Train

Raised On Robbery

Trouble Child

Twisted