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On l'a vu récemment (ce cycle sera un peu étendu dans le temps, pour faire durer le plaisir), Joni Mitchell a démarré sa carrière en 1968. Avec son premier album, ah ah ah. Non, sérieux, ce premier album, Song To A Seagull (à la base sorti sous le nom seul de la chanteuse, la maison de disques n'avait pas remarqué que les oiseaux, sur la pochette, formaient le titre de l'album et les retirera de la pochette, estimant qu'ils parasitaient le visuel, bande de connauds...), sans être le sommet de la Canadienne, est un excellent album, avec, déjà, de grandes chansons (Cactus Tree... je défie quiconque d'écouter ça sans frissonner, tellement c'est beau). L'album était produit par David Crosby, qui avait fait un honnête boulot. Le Croz' voulait en mettre un peu partout, et on a dû revenir dessus en post-production pour atténuer les bruits de fond, mais le résultat est très très bon. L'album marchera suffisamment bien pour qu'un deuxième album soit envisagé dans la foulée, et il sortira en mai 1969 sous une belle pochette, une peinture faite par Joni Mitchell elle-même, la représentant, fleur à la main, devant une vue citadine et pastorale. La feur qu'elle tient en main est un lys des prairies, l'emblème floral de la province du Saskatchewan, au Canada, là d'où vient Joni. Ce deuxième album, totalisant 36 petites minutes, est coproduit par Joni et par Paul A. Rothchild, à l'époque producteur des Doors, et il s'appelle Clouds

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Entre le premier album et le deuxième, plusieurs chansons de Joni se sont retrouvées interprétées par d'autres (Fairport Convention, Judy Collins, etc), ce qui a fait d'elle une sorte de Dylan féminin, et on a rapidement commencé à bien parler d'elle. Aussi, quand Clouds est sorti, Joni avait déjà une petite horde de fans. L'album offre 10 titres, donc quelques classiques de la chanteuse : Both Sides, Now ; Chelsea Morning ; I Don't Know Where I Stand ; The Gallery ; The Fiddle And The Drum. La moitié de l'album mériterait de figurer sur un best-of de la chanteuse. Both Sides, Now (parfois orthographié sans la virgule, qui est bien présente sur la pochette de l'album) est même considérée comme la chanson signature de Joni Mitchell, une de ses plus connues si ce n'est sa plus connue. Achevant l'album sur 4,30 minutes de beauté, elle est, en effet, majestueuse. Niveau musiciens, c'est à peu près aussi vide que pour Song To A Seagull : Joni est à la guitare et aux claviers, on a Stephen Stills à la basse et un peu  la guitare, c'est tout. Les arrangements sont minimalistes, Joni passera un jour à la vitesse supérieure en faisant des albums fortement imprégnés de jazz et même de world (Don Juan's Reckless Daughter), mais Clouds est encore dans sa veine pure. 

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Encore une fois, strictement rien à jeter sur ce deuxième opus que je trouve vraiment supérieur au déjà excellent Song To A Seagull. Joni Mitchell, ici, s'impose comme une des meilleures chanteuses et songwriters folk de sa génération, des chansons comme I Don't Know Where I Stand (dont j'aime beaucoup aussi la version - on ne peut pas vraiment parler de reprise vu qu'ils l'ont probablement enregistrée avant Joni elle-même) par Fairport Convention, sur leur premier opus éponyme, en 1968, sur lequel ils reprennent aussi Chelsea Morning) et Both Sides, Now, ou Roses Blue, franchement, sont à tomber par terre. La production est éclatante et sobre, pile poil ce qu'il faut. Inutile de dire qu'à ce stade, écouter un nouvel album de Mitchell sera, pour ses fans, un besoin presque vital. Son album suivant ? Je l'aborde dans une paire de jours, justement, et il sera l'occasion de franchir un nouveau plateau. Il est en effet tellement réussi que Clouds, à côté, semblerait presque décevant, pour tout dire ! A noter, pour finir, que Clouds est dédié à la grand-mère de Joni, si ce que dit Hoskyns, dans son livre Hotel California, est authentique...

FACE A

Tin Angel

Chelsea Morning

I Don't Know Where I Stand

ThatSong About The Midway

Roses Blue

FACE B

The Gallery

I Think I Understand

Songs To Aging Children Come

The Fiddle And The Drum

Both Sides, Now