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On achève ce troisième week-end charleboisien avec un album assez radicalement différent de celui proposé hier (mais siii, rappelez-vous, c'était Lindberg, de 1968). On a parlé hier d'un sommet, d'un chef d'oeuvre, d'un monument, d'une date, d'un joyau, d'un trésor, d'une pièce maîtresse, d'un jalon, d'un maître oeuvre, d'un très bon disque en gros. Lindberg est tout ça, et même un petit peu plus que ça : en disant qu'il est fantastique, j'ai un peu l'impression de noter vache, au fond de moi. Les albums suivants, de Québec Love à Solidaritude, sont également des albums sensationnels (je ne me suis toujours pas remis de Fu Man Chu, je pense). Charlebois, qui a signé sur Barclay en 1972, n'y restera pas longtemps : l'album qui nous intéresse aujourd'hui date de 1974 et sera son dernier sur cette major française. Je ne pense pas que les résultats commerciaux de ses albums aient plu à Barclay, mais je m'avance peut-être. Bon, toujours est-il que cet album-ci date donc de 1974, c'est son dixième album studio, et comme tous les autres ou presque, il n'a pas de titre officiel. Un simple Charlebois sur la pochette (photo à la For Your Pleasure de Charlebois devant une vue de mégalopole nocturne ; au verso, il vole au-dessus de ce que j'imagine être un quartier de Montréal, couleurs très criardes). Mais comme souvent avec les albums sans titres, on le surnomme, plus ou moins officiellement, du nom d'une de ses chansons. Ici, la première : Je Rêve A Rio

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Long d'une petite quarantaine de minutes, Je Rêve A Rio s'ouvre sur son morceau-titre, une remarquable chanson démarrant par une basse à tomber par terre sur des clous rouillés en gueulant que ça ne fait pas mal. C'est un album nettement moins rock que les précédents (d'ailleurs, le tag 'rock français' est absent de cette chronique, il a dû déclarer forfait), c'est de la chanson, tout simplement, et de fait, autant le dire, l'album n'a pas ce grain de folie qui transpirait un peu partout sur les albums précédents, Le Mont Athos, Fu Man Chu, Solidaritude. Ca ne veut pas dire que cet opus 74 est raté, absolument pas : aussi bien Je Rêve A Rio que Le Dernier Corsaire, Trop Belle Pour Mourir, Antilles ou Urgence comptent parmi les réussites du chanteur. Des chansons, souvent, écrites avec Mouffe, qui était la compagne de Charlebois à l'époque. Ma Bohème, elle, utilise un texte d'Arthur Rimbaud, ce n'est pas la première fois que Charlebois prend un texte littéraire (ni la première fois qu'il prend du Rimbaud : Sensation sur Québec Love), et à chaque fois, c'est sublime. 

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L'album n'offre aucune mauvaise chanson (mais je ne suis pas très fan de Qué.-Can. Blues qui achève la face A, je dois le dire, sans que ça soit mauvais pour autant), et est un petit régal de chansons sublimement arrangées, magnifiquement écrites (heureusement, un insert avec les paroles est glissé dans la pochette du vinyle) et composées. Les musiciens sont fabuleux (Michel Robidoux, Marcel Beauchamp). Ceci dit, tout en ayant vraiment aimé ce disque, j'ai quand même été un petit peu déçu : tout en étant nettement meilleur que le suivant (Longue Distance, lequel, encore une fois, n'est pas mauvais, juste un peu inégal), Je Rêve A Rio est un peu anodin après les six précédents opus (oui, six !!) du Québécois. Un peu comme si un réalisateur de génie nous offrait une presque série B après une série de sommets du 7ème Art dignes de figurer en Cinémathèque. Rien de grave du tout avec ce disque qui, je le redis, offre vraiment des chansons sublimes, mais on ne s'éclate pas autant à écouter cet album qu'à écouter Fu Man Chu ou Le Mont Athos, qui vous retournent comme des crêpes à la Chandeleur. Sans parler de Lindberg. Evidemment, je conseille l'écoute de cet album (qui, je pense, un jour, se révèlera encore plus à moi), je la conseille même totalement, cette écoute, car c'est une réussite dans son genre, ce cru 74. Mais je préfère mon Charlebois quand il est bien frappé, c'est tout. Il nous a tellement habitués à son monde que quand il s'ouvre à la simple chanson, c'est limite décevant, sur le moment. Mais quel album quand même !

FACE A

Je Rêve A Rio

Ma Bohème

Entre Dorval Et Mirabel

Trop Belle Pour Mourir

Manche De Pelle

Qué.Can. Blues

FACE B

Urgence

Tendresse Et Amitié

Antilles

Le Droit De S'En Aller

Avant De Me Taire

Le Dernier Corsaire