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Il ne reste plus beaucoup de Bootleg Series à aborder (mais le cycle Dylan n'est pas fini pour autant, je pense), et celui-là, je voulais le garder pour la fin, ou presque la fin. Ca sera donc presque la fin, l'antépénultième (ça veut dire avant-avant-dernier, au fait, pour ceux qui l'ignoreraient) opus des Bootleg Series à se faire chroniquer sur le blog, et un fan de Dylan vous le dira tout de go, cet opus est rigoureusement indispensable à tout amateur de folk-rock, de Dylan, de rock, de musique en général. Il s'appelle The Bootleg Series Vol. 4 : Live 1966 - The "Royal Albert Hall" Concert et est sorti en 1998 sous la forme d'un double album (de 95 minutes environ ; 15 titres en tout) commercialisé dans un fourreau de carton, avec un beau petit livret de 56 pages.

Je n'ai pas trop besoin de dire de quoi il s'agit : en 1966, Bob Dylan entreprend quelques concerts en Angleterre, à l'occasion d'une tournée mondiale plus générale (Australie, Europe de l'Ouest). Sauf erreur de ma part, c'est la première fois qu'il se rend au Royaume-Uni, il sera suivi, pour l'histoire, par le réalisateur D.A. Pennebaker qui fera un film génial, Don't Look Back, en 1967, sur ce moment de sa carrière. Dylan est accompagné du Band quasiment au complet, hormis le batteur Levin Helm, remplacé par Mickey Jones. A l'époque, Dylan a presque achevé l'enregistrement de Blonde On Blonde, qui sortira fin juin 1966. Le concert qui nous intéresse a été fait en mai. 

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Notez le titre de ce Bootleg Series : avez-vous remarqué les guillemets ? Ils ne sont pas de mon fait, ils apparaissent sur la pochette. Pourquoi ? Parce que le concert proposé ici, datant du 17 mai 1966, fut pendant des années, et dès 1971 il me semble, commercialisé en bootleg sous une fausse appellation : on dira que c'est le concert du Royal Albert Hall (Dylan a fait plusieurs dates en Angleterre, les deux dernières sont dans cette fameuse salle de concerts londonienne), mais on finira par se rendre compte qu'en fait, non, ce n'est pas au Royal Albert Hall que fut enregistré ce live, mais à Manchester, au Free Trade Hall (la date est la bonne). Le concert du RAH sortira par la suite, bel et bien, en CD, en 2016, séparément et en partie intégrante d'un très imposant coffret de 36 CD (oui, vous avez bien lu) à la qualité audio fluctuante (certains enregistrements sonts des soundboards, excellente qualité globale, et d'autres, des audience, parfois assez pourris et parfois incomplets).

Quand il a été décidé de sortir ce quatrième volume des Bootleg Series (mais, compte tenu que les trois premiers volumes sont directement sortis, ensemble, en un triple album en 1991, ce quatrième volume est aussi la seconde publication de la série), en 1998, on savait déjà la vérité, aussi, les guillemets s'imposaient. Qualité audio exceptionnelle tout du long de ce live qui offre un disque acoustique et un disque électrique, avec le Band. Une prestation éblouissante du début à la fin, je défie quiconque de ne pas devenir un fan absolu de Dylan en écoutant ces versions à tomber, sur le premier CD, de Mr. Tambourine Man, Visions Of Johanna (à l'époque inédit en album, vu qu'issu de Blonde On Blonde) ou It's All Over Now, Baby Blue.

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Quand au disque électrique... Puissant. On le sait, quand Dylan est passé à l'électrique, il n'a pas fait que des heureux. Il a gagné de nouveaux fans, et parmi ses anciens fans, certains ont apprécié l'audace, mais il y en à eu, aussi, pour l'accuser de traîtrise envers la cause folk. Un moment, notamment, a été considérablement discuté, et on l'entend ici : vers la fin du concert, un membre du public interpelle Dylan, le traitant de Judas. Dylan lui répond I don't believe you...you're a LIAR !! ("Je ne te crois pas...tu est un MENTEUR !!") avant de se tourner vers son groupe (hormis un musicien, je le rappelle, c'est The Band) et de leur dire Play fuckin' loud ("jouez putain de fort"), et de démarrer ce qui sera le final du live, une version de 8 minutes à casser la baraque de Like A Rolling Stone, explosive, monstrueuse, plus rock que folk-rock. L'air de dire ah je suis un traître ? Hé bien, autant l'être jusqu'au bout. Le concert se finit, logiquement, après, rien n'aurait pu être proposé ensuite. Un Thank you presque aussi froid que celui de Jimi Hendrix à la fin de son show de Woodstock (qui fut donné face à une foule clairsemée et abrutie par 3 jours de festival, il passa en dernier), et c'est tout fini maintenant, bébé bleu. De quoi faire oublier le reste du live. La partie acoustique est sublime, la partie électrique, de Tell Me, Momma à ce Like A Rolling Stone nucléaire, est géniale (One Too Many Mornings, Ballad Of A Thin Man). Difficile de dire autre chose que : totalement conseillé, pour le coup.

Rigoureusement essentiel.

Dylan en 1966, quoi. 

CD 1

She Belongs To Me

4th Time Around

Visions Of Johanna

It's All Over Now, Baby Blue

Desolation Row

Just Like A Woman

Mr. Tambourine Man

CD 2

Tell Me, Momma

I Don't Believe You (She Acts Like We Never Had Met)

Baby, Let Me Follow You Down

Just Like Tom Thumb's Blues

Leopard-Skin Pill-Box Hat

One Too Many Mornings

Ballad Of A Thin Man

Like A Rolling Stone