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J'ai envie de dire : enfin. Enfin la sortie de cet album.

Non, parce qu'un fan de Neil Young, ou du moins, quelqu'un qui s'est un peu intéressé à la discographie du bonhomme, le savait : depuis des années, des décennies, on n'arrêtait pas de parler de la sortie hypothétique, car longtemps avortée, de cet album, cet Homegrown. Avec Chrome Dreams, c'est un des albums que le Loner avait enregistré, en partie ou en totalité, depuis les années 70, mais qu'il n'avait jamais offert à son public. Il en circulait depuis des années moult bootlegs, sans doute de qualité variable, sans doute plus ou moins complets et donc fiables (j'avoue n'en avoir entendu aucun). Concernant Chrome Dreams, enregistré entre 1975 et 1977, à l'heure actuelle, il est toujours unreleased, il en circule des bootlegs, et le Loner a placé, sur ses albums, tous les morceaux qui étaient censés le constituer, notamment Will To Love, Pocahontas, Powderfinger et Captain Kennedy. Et parmi les 12 titres qui auraient constitué Chrome Dreams (à ne pas confondre avec Chrome Dreams II, que le Loner a sorti en 2007, ça n'a rien à voir hormis le titre en allusion), on en trouve deux qui, à la base, étaient censés figurer sur Homegrown. Et Homegrown, qui existe donc désormais officiellement, en CD et vinyle, depuis le 19 juin dernier (il devait sortir pour le Record Store Day 2020, qui fut repoussé pour cause de Covid), c'est quoi ? C'est un disque que le Loner a enregistré entre 1974 et 1975, entre les sessions de On The Beach et celles de Zuma. Un album qu'il a souvent qualifié de suite à Harvest

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Quatre morceaux, ici, sont déjà connus : Star Of Bethlehem (que le Loner aurait mis sur Chrome Dreams s'il avait sorti cet album en 1977 ; apparemment, il envisageait déjà de faire une croix sur Homegrown en replaçant ce titre sur un autre album, et ça aurait été le cas aussi de Homegrown, aussi placé sur American Stars'n'Bars), que l'on retrouvera en 1977 sur American Stars'n'Bars, Little Wing, placé en 1980 sur Hawks & Doves, et Love Is A Rose, un des inédits proposés en 1977 sur la triple compilation Decade (c'est dans les notes de pochette de Decade que Neil Young parlera d'ailleurs rapidement de l'album avorté Homegrown comme étant la suite de Harvest). Les autres morceaux de Homegrown (qui dure 35 minutes, et offre 12 titres) sont sauf erreur de ma part inédits sur un album studio officiel du Loner, mais il en jouera certains en live durant la période allant de leur enregistrement à maintenant. Notamment Separate Ways et Try. Florida, pour une raison assez étonnante et jamais expliquée clairement (vu les conditions d'enregistrement de l'album que je vais citer, fait en 1973 et sorti en 1975, c'est pas étonnant), avait ses paroles (un spoken-word) imprimées sur le livret accompagnant l'édition vinyle de Tonight's The Night.

Bon, sinon, il vaut quoi, Homegrown ? Première chose à dire : c'est un disque court, 35 minutes, mais je pense que tout ce que le Loner avait voulu mettre dessus y est (ce qui explique les doublons avec d'autres albums sortis en temps et en heure : si Neil n'avait voulu mettre que des inédits, Homegrown aurait duré moins d'une demi-heure), et puis, 35 minutes, c'est une durée, on va dire, correcte, un peu courte certes, mais acceptable, pour l'époque (années 70). Certains de ses disques sont de cette durée (Harvest, Zuma...).

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Ensuite, c'est un détail certes, mais la pochette est sublime. Le Loner nous a habitués, quasiment depuis ses débuts, à des pochettes le plus souvent hideuses à faire avorter une tortue des Galapagos, mais là, on tient une de ses plus belles, c'est limite un miracle. Elle donne totalement envie d'écouter le disque, contrairement à, disons, Harvest ou Zuma, encore eux (pourtant, ils sont totalement de qualité, ces albums). Enfin, le contenu musical (enregistré notamment avec Tim Drummond, Ben Keith, mais aussi deux membres du Band : Levon Helm et Jaime Robbie Robertson, et EmmyLou Harris aux choeurs, sur certains titres) est parfait. Je ne vais pas y aller par quatre chemins, je ne vais pas tergiverser pendant 107 ans, Homegrown est un sublime joyau étincelant, qui, s'il était sorti à l'époque, aurait été qualifié de meilleur album de Neil Young.

C'est en tout cas un de ses meilleurs, malgré son statut archival, et ses 12 morceaux, assez variés la première partie de l'album est essentiellement folk, la suite est parfois un peu plus rock, sans que l'album ne dérive de son ambiance Harvest 2, je pense au très efficace We Don't Smoke It No More qui semble avoir été enregistré un jour - une nuit ? - bien arrosé(e), ou bien à Vacancy. White Line sera refait par le Loner et son Cheval Fou en 1990 sur Ragged Glory, en version grunge. Ici, avec Robertson à la guitare, c'est très calme, et absolument magnifique. Tout le disque l'est, magnifique, comme ça, c'est réglé !

FACE A

Separate Ways

Try

Mexico

Love Is A Rose

Homegrown

Florida

Kansas

FACE B

We Don't Smoke It No More

White Line

Vacancy

Little Wing

Star Of Bethlehem