R-2614741-1359229486-5308On le sait : pour peu qu'on le connaisse un minimum, Neil Young est un grand, un très grand. Les grands albums ne manquent pas dans sa discographie pléthorique. Comme ça, à la volée, citons After The Gold Rush, Tonight's The Night, On The Beach, Times Fades Away etc... Et Harvest ? Lui, je l'ai zappé volontairement. Pas qu'il soit mauvais, loin de là, mais le fait est qu'en parlant d'Harvest, on parle d'un best-seller faisant office d'arbre étouffant les autres grands albums du Loner. Sur cent personnes que vous interrogerez dans la rue, au hasard, et qui ne touchent pas trop leur bille au sujet du canadien, toutes vont vous citer l'album de 1972, alors que ceux de 1970, 1973 et 1974 passeront à la trappe. Mais, comme beaucoup de pointures des années 60 et 70, Young a eu sévèrement mal aux fesses durant les années 80. C'est d'ailleurs à partir de 1980 qu'il va se mettre à enchaîner des galettes vraiment peu recommandables, voire pas du tout recommandables. Hawks & Dowes a été la première pierre d'un édifice tragique et sera suivi par Re-ac-tor (album influent, mais loupé bien comme il faut), par Trans (album expérimental et futuriste de par les thèmes abordés, mais encore plus raté que Re-ac-tor), par Everybody's Rockin'(album foiré jusqu'à la moelle et conçu uniquement dans une optique vengeresse) et j'en passe...

Les quatre albums cités ont tous été abordés par Clash, moyennant un courage de tous les diables. Il a aussi abordé la palanquée de mauvais albums que le Loner a pondu à partir de 1996, ce qui inclut Broken Arrow dans le lot. Et aujourd'hui, c'est à mon tour d'en rajouter une couche sur les mauvais albums du Loner. Et je me suis dit que, quitte à aborder un mauvais album de Neil Young, autant se pencher sur le cas du plus mauvais d'entre tous. Il se nomme Landing On Water. Il est sorti en 1986. Rien qu'en sortant cette année-là, il était foutu avant même que l'on pose une oreille dessus. 1986, c'est quand même l'une des pires années pour le rock. C'est l'année où les géants du rock des années 60 et 70 avaient atteint leur point le plus bas (ou presque, pour certains). Lou Reed sortait le dégueulasse Mistrial, Macca défouraillait le dégoulinant Press To Play, Queen balançait un A Kind Of Magic ringardos, les Rolling Stones pondaient Dirty Work, Dylan larguait Knocked Out Loaded, et j'en passe et des pires. Neil Young n'a donc pas échappé au marasme, il était même impensable qu'il y échappe vue la qualité de sa production depuis le début de la décennie.

neil-young-1976-live-album-songs-for-judySans déconner, Landing On Water, et ce n'est pas exagérer, n'a absolument rien pour lui. À commencer par sa pochette. La discographie de Young fourmille de pochettes pourries, mais celle-là, elle fait vraiment partie du haut de panier. S'il n'y avait que la pochette qui soit nulle, ça irait encore, mais non, le Loner a vraiment tout fait en adéquation avec elle. Aucune des chansons ne tient la route. Aucune. Essayez un peu d'écouter des choses comme Pressure ou Drifter et vous allez vite pleurer votre race en pensant que le mec qui a composé ces daubes est celui qui, dix ans ou plus auparavant, avait composé Ambulance Blues, Drive Back, Cortez The Killer, Cinnamon Girl, Down By The River, Cowgirl In The Sand, Tonight's The Night, Tired Eyes ou Speakin' Out.

Mais attendez les amis, on ne va pas s'arrêter en si mauvais chemin, ce serait idiot, vous ne croyez pas ? D'accord, j'ai cité Pressure et Drifter, mais ce n'est pas pour autant que je vais épargner les autres chansons. Weight Of The World, Violent Side, Hippie Dream (celle-là, rien qu'en découvrant le titre à l'époque, j'ai senti la douille arriver...), Bad News Beat, People On The Street, Hard Luck Stories et I Got A Problem constituent un véritable amoncellement de daubes de premier choix. J'avais eu un peu d'espoir lors des vingt premières secondes de Touch The Night, le riff de guitare étant vraiment bien troussé, mais, peu de temps après, j'avais la trogne qui se décomposait en mille morceaux.

NeilYoung-1986Mais le pire avec ce disque, ce n'est pas cette collection de chansons proprement imbitables. Le pire, ce n'est pas non plus ces synthés à la con qui dégueulent de partout. Non, le pire, c'est la production. Elle est tellement mauvaise que la batterie bouffe tout le reste. Et le son est dégueulasse. Au mieux, sur certains titres, les coups sur les toms vont sonner comme si on frappait sur des tambours au rabais de chez Liddl, au pire, ça va sonner comme si on frappait sur des boîtes de conserve vides. Déjà que les compositions sont flinguées au maximum, si en plus la prod' ajoute son grain de sel par-dessus, c'est la catastrophe absolue. Franchement Neilouchoupinou, tous autant que nous sommes, nous te devons le respect, mais sur ce coup-là, tu as méchamment merdé. Plus que les fois précédentes et plus que les fois suivantes.

Face A

Weight Of The World

Violent Side

Hippie Dream

Bad News Beat

Touch The Night

Face B

People On The Street

Hard Luck Stories

I Got A Problem

Pressure

Drifter