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Le jour de mon 34ème anniversaire, le 21 octobre 2016, Leonard Cohen sortait cet album. Si je commence l'article de la sorte, c'est parce que la coïncidence de date m'a fait rigoler, surtout que le 21 octobre 2016, de mémoire, je n'ai absolument pas écouté de ses chansons. Et je n'ai pas acheté le disque tout de suite. Je l'ai acheté deux semaines plus tard. Pourquoi ? En grande partie parce que, 20 jours après la sortie de l'album, Leonard Cohen, alors âgé de 82 ans, nous quittait, et en partie parce que les avis sur cet album, entre temps, étaient du genre extrêmement positifs, dans mon souvenir (Leonard Cohen, en même temps, est le genre d'artiste musical sur lequel un consensus a toujours été fait : ce mec a fait des albums vraiment exceptionnels, souvent). La même année, en janvier, David Bowie mourait de cancer, deux-trois jours après la sortie de Blackstar. Le parallèle est assez évident concernant Cohen, dont le dernier album sorti de son vivant est presque, comme pour Bowie, un album posthume (d'ailleurs, concernant Cohen, un album posthume est sorti, l'an dernier). Cet album, son quatorzième studio, possède un titre assez éloquent : You Want It Darker ("vous le voulez plus noir", et je ne pense pas qu'il parle de comment on veut notre café). 

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Cohen est certes mort à un bel âge (il n'a certes pas réussi à faire mieux qu'Aznavour, mais 82 ans, c'est bien, déjà), certains diront qu'il est tout de même parti trop tôt, et c'est vrai. Il avait de plus d'assez lourds problèmes de santé depuis quelques années (du mal à se déplacer), ce qui fait que ce disque a été enregistré, pour les voix (Cohen ne fait que chanter ici, lui qui, sur d'autres albums, tenait parfois des claviers ou de la guitare sèche), cchez Cohen, avec l'aide de son fils Adam (coproducteur de l'album avec Patrick Leonard ; ce dernier joue, sur le disque, des claviers, de la basse, des percussions, et des programmations de batterie). Une fois les voix posées, le morceau était envoyé par e-mail aux musiciens, afin qu'ils fassent, en studio, leurs parties. Parmi les musiciens, citons, outre  Patrick Leonard (et Adam qui joue de la guitare acoustique), Brian McLeod et Rob Humphreys (batterie), Bill Bottrell (guitare électrique, pedal steel guitar), Zac Rae (guitare, mandoline, claviers) et, parmi les choristes, Alison Krauss (sur Steer Your Way). Le disque est court (36 minutes, 9 titres), et parfois, il n'y à pas besoin de beaucoup plus pour faire passer de l'émotion.

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Car de l'émotion, on en ressent, en écoutant ce disque intense, grave et sombre, sur lequel la voix désormais bien rocailleuse de Cohen, plus profonde encore qu'autrefois (bon, ça fait quand même quelques années qu'il a une voix aussi "âgée", et c'est normal, vu son âge), file des frissons, notamment sur Leaving The Table et You Want It Darker, qui récoltera, en 2018 (posthume donc), un Grammy Award de la meilleure performance rock. Ce qui ne manque pas de me faire rigoler : s'il y à bien un terme qui ici, ne correspond pas, c'est 'rock'. Cohen ne l'a jamais été, c'est un chanteur folk, et imaginer Cohen en blouson de cuir, en train de gesticuler sur scène sur une version rock de Suzanne ou de I'm Your Man, désolé, mais c'est au-dessus de mes forces. La connerie de la catégorie n'entache en rien le morceau, propre à filer des frissons à un congélateur fonctionnant à plein régime. Quand il dit I'm ready, my Lord, il est difficile de ne pas sentir les yeux picoter un peu. Cohen se savait mourant, il était atteint de leucémie. Tout l'album parle de la mort, de spiritualité (juif à l'origine, et il l'est resté, Cohen s'est beaucoup intéressé aux religions, et a même passé 5 ou 6 ans, dans les années 90, dans un monastère bouddhiste, en reclus, sans toutefois vraiment se convertir), des textes, comme toujours, exceptionnels (Traveling Light). You Want It Darker est un des meilleurs albums de 2016, et un des plus touchants (par la force des choses : son décès a été annoncé le jour de son enterrement, mais quelque part, tout le monde sentait bien que l'album serait le dernier) de son auteur. C'est un disque âpre, sombre, dépressif et hanté, qui fait que Leonard Cohen quitte la table la tête haute et le regard fier, malgré la souffrance. Sublime. 

FACE A

You Want It Darker

Treaty

On The Level

Leaving The Table

If I Didn't Have Your Love

FACE B

Traveling Light

It Seemed The Better Way

Steer You Way

String Reprise/Treaty