R-2568149-1290872537Ah punaise de nom de dieu. Ce disque, ça faisait déjà un sacré bail que je voulais en causer un peu. Mais, vous savez ce que c'est, parfois, comme si c'étaient des révélations, on se laisse aller à aborder d'autres albums, à la place de ceux dont on avait prévu de causer initialement. Ce disque de James Brown ? Faut que j'en parle, aujourd'hui, maintenant, sans plus attendre. Mon cycle de chansons se remettra d'un sacrifice d'une petite dizaine de jours. Pas de problèmes là-dessus.

Alors, James Brown, que dire de lui ? Qu'il est l'un des noms ronflants de la soul ? Ça va de soi. Ce nom rentre tranquillou au Panthéon du genre aux côtés de Sam Cooke, Otis Redding, Aretha Franklin, Ray Charles et autres pointures, aujourd'hui disparues et qui n'auraient pas dû nous laisser en carafe. Il y a, au sujet de big James, une croyance largement diffusée qui consiste à dire qu'il est l'inventeur de la funk. Ça n'est pas exact. La funk existait depuis les années 50. Laquelle était jouée par des artistes et groupes aujourd'hui oubliés et qui, à l'époque, avaient une notoriété qui ne dépassaient pas les quartiers cradingues de la Nouvelle-Orléans. Par contre, au sujet de la relation James Brown/Funk, on peut dire, à coups sûrs, deux choses : la première, c'est qu'il est bien l'inventeur d'une funk urbaine, violente, et témoignant de certains problèmes sociaux sévissant aux États-Unis à l'époque. James Brown était un artiste noir américain, vous vous doutez naturellement de quoi parlaient ses chansons. Pas besoin de faire un dessin. La deuxième ? C'est qu'à partir du moment où Big James a mis son nez dans la funk, il l'a changée du tout au tout. Il lui a donné ses lettres de noblesses. C'est sous son impulsion que, tout un pan de la musique noire-américaine s'est offert aux yeux de la planète. Et, l'héritage de James, on peut le constater, n'est pas tombé en lambeaux. En effet, pour ne citer qu'eux, combien de rappeurs des années 90 et 2000 (de la côte Ouest) ont samplé ses morceaux. Je vous jure qu'en dresser la liste prendrait des plombes.

James-Brown-1973-Revolution-Of-The-Mind-press-shot-1000-CREDIT-Universal-Music-ArchivesOui, James Brown n'a pas inventé la funk (au sens général du terme), mais, sans lui, elle n'existerai pas. Ou plutôt, elle n'existerait plus. En fait, si on voulait résumer les choses grossièrement, on dirait ceci : James Brown a été à la funk ce qu'Elvis Presley a été au rock, ou ce que Bob Marley a été au reggae. Rien que ça. Finalement, quand on fait le tour de la question, on s'aperçoit que rares sont les artistes à avoir eu un tel impact sur le style musical dans lequel ils ont évolué. Que ce soit continuellement ou épisodiquement. James Brown, c'est comme tous les artistes qui existent ou ayant existé : il n'existe aucune loi interdisant de ne pas les aimer. Mais, nier l'importance de ce mec, c'est envoyer d'un coup de balai, un seul, plus de cinquante-cinq ans d'histoire de musique noire-américaine aux oubliettes.

Alors oui, je veux bien en convenir : les deux précédents paragraphes ont été sans doute un peu lourds à digérer, mais ils s'imposaient. D'une part pour remettre, sur certains points, l'église au centre du village et d'un autre, pour bien cerner à quel artiste on est en train de se frotter. Rien n'est acquis, pas même la connaissance de l'oeuvre de James Brown, sa richesse, son évolution et son influence. Mais, soyez peinards à présent, j'ai fini de dispenser mon cours de modeste professeur. Et, maintenant, on va pouvoir attaquer le morceau de barbaque que je vous ai réservé pour aujourd'hui. Accrochez-vous à vos frocs, ça va saigner.

L'album s'appelle James Brown Plays Nothing But Soul. Il existe sous deux pochettes différentes : la première montre simplement et sobrement le visage de JB avec, tout à côté, le titre de l'album. Une pochette que l'on retrouve sur pas mal de pressages de l'album. L'américain et le canadien, en premier lieu. Mais, il y a un pays qui n'a pas fait les choses comme les autres : la France. Dans notre Héxagone, la galette est sortie sous une pochette montrant uniquement la tête dessinée de JB avec des flammes tout autour. Le titre (raccourci en Nothing But Soul) lui, n'est pas écrit avec les lettres recouvertes de flammes. Mais le nom de James Brown, oui. Une pochette qui déchire sa grosse grand-mère, littéralement ! Le track-listing diffère également, en terme d'ordre des morceaux. Et, manque de bol, c'est le pressage le plus casse-couilles à trouver à un bon prix. Moi, je n'ai pas eu à me triturer le cervelet et à faire sauter la tirelire pour me le procurer. Je l'ai eu gratos et sans avoir à le chercher. Et pour cause, mon père se l'était payé à l'époque de sa sortie. Tiens, d'ailleurs, je n'ai pas encore mentionné la date de sortie : 1968. Une date importante dans la carrière de JB. Pourquoi ? On va voir ça dans le paragraphe suivant. Si vous voulez bien vous donner la peine de vous y diriger.

801x410_james-brown-1969De ses débuts jusqu'à 1963, James Brown oeuvrait dans la soul. À l'époque, il te faisait pleuvoir les classiques comme les obus tombaient à Verdun. Allez, comme ça, à la volée, on cite Please, Please, Please, Try Me, I'll Go Crazy, Bewildered, Think et Night Train. Une avalanche à laquelle seul Sam Cooke a offert une vraie résistance digne de ce nom. Puis, à partir de 1964, Big James commence à taper dans la funk, tout en gardant ses amours soul avec le tonnerre de Dieu qu'est I Got You. Out Of Sight va venir prendre le relais. Et, c'est en 1965 que le tournant funk de la carrière de Big James va éclater à la face du Monde. Et pour cause, va débouler le terrible Papa's Got A Brand New Bag et son riff de gratte électrique reconnaissable entre mille. Lequel, vingt-et-un ans plus tard, inspirera un certain Kid de Minneapolis, communément appelé Prince. En 1967, Cold Sweat viendra ramener sa fraise pour enfoncer le clou davantage. Et arrive donc 1968. En cette année, on est à deux poils de fesses du point de non-retour. James est sur le point de virer totalement funk. Mais, avec Nothing But Soul, il surprend son monde avec un skeud qui, comme son titre ne l'indique pas, bouffe à plusieurs râteliers. De la funk ? Oui, évidemment, mais ça ne se limite qu'à un morceau. De la soul ? Oui et non. Un morceau s'en rapproche, sans en être. En fait, et ne vous pincez pas, la couleur majoritaire de ce disque est... le jazz.

Autre chose importante et, ça aussi, The Godfather ne nous y avait pas tellement habitués : l'album est instrumental. Six instruments au menu les amis : l'orgue électrique (joué par James, himself), la guitare électrique, le saxophone, la trompette, la contrebasse et la batterie. Qui sont ceux qui les tiennent ? Inconnus. Seul Brown est crédité en qualité de musicien. Le verso de la pochette du pressage français du disque fait état de la présence des Famous Flames, mais ils ne bossaient plus avec James à l'époque, et les J.B.'s n'avaient pas encore été recrutés. Erreur d'impression laissée telle quelle ? Ou manque d'informations ? Allez savoir. Cinquante-deux piges plus tard, toujours pas de réponse aux questions. Et, comme c'est un album oublié de la carrière de James, je doute fort qu'il y ait quelqu'un pour aller exhumer tout ça, maintenant que le bonhomme a calanché depuis bientôt quatorze ans. Le skeud aligne six titres pour la bagatelle de 38 minutes. Si on fait une moyenne, ça fait un peu plus de 6 minutes par morceaux. Bon, tous les morceaux n'atteignent pas cette durée, mais il y en a trois qui la dépassent bien comme il faut.

Et bien tiens, mon colon, maintenant que la bombe est lâchée, si on en causait des ces trois gros morceaux ? Pas bête comme idée, non ? Allez, go ! Nous avons donc Soul With Different Notes. 8 minutes et 10 secondes à la pesée. Et en plus, ça se trouve en ouverture d'album. Ça démarre fort. Les quatre premières minutes sont marqués par une véritable avalanche de cuivres qui vous tombent sur le coin de la gueule, sans jamais vous peser une seconde. Sur les deux premières minutes, Brown envoie son saxophoniste sur le devant de la scène et lui demande de jouer torse à poil et roupettes à bloc. Avec davantage de saturation sur le saxophone, on se serait cru sur un morceau de John Coltrane, c'est vous dire le niveau. Après, bim, dans ta gueule, c'est la trompette qui se taille la part du lion. Essayer d'imaginer toute une suite de notes qui éclatent et rebondissent autour de vous et vous avez décroché la timbale. Et, en arrière-fond, James fait bourdonner son orgue. L'orgue ? C'est lui qui prend le relais ensuite. À chaque impulsion sur une touche, un coup de trique. Vient ensuite le petit solo de guitare. Petit, mais qui tombe pile-poil où il faut et comme il faut. Et après ? Saxophone et trompette reprennent leur chevauchée jusqu'à la fin, avec l'orgue qui bourdonne et un petit roulement de batterie intercalé. En 8 minutes (qui n'en paraissent que deux), c'est direction La Grande Ourse. Sans morphine et sans eau de javel. Un jam à faire bander tous les saints.

james-brown-la-blonde-qui-agace-son-clanFAT SOUL ! S'écrit la bande de zikos conviée. Et d'un seul homme. Fat Soul, c'est plus de 9 minutes sur la balance. 9 minutes et 13 secondes, précisément. On commence avec plus de trois minutes qui voient l'espace aérien être dominé par les cuivres. Uniquement le saxo. Soutenu par la gratte électrique qui se fait discrète et, de temps à autres, par de petites giclées d'orgue. Mais, malgré ça, on comprend bien vite que Fat Soul, va constituer un écrin pour faire péter un bon solo de guitare de derrières les fagots. Et vous savez quoi ? Ça ne manque pas. On l'a le solo de guitare que l'on attendait au bout de 30 secondes. Et, il est bien bandant. Ça colle nickel. Ça tombe au millimètre à chaque note qui s'échappe de la gratte. Après ? Les cuivres reprennent mais pour quoi, une trentaine de secondes à tout péter. L'autre instrument à se payer une place de choix, c'est l'orgue. Sur plus de deux minutes, Big James te fait péter une partoche speedée comme Buzz L'Éclair. T'as à peine le temps de toucher l'élastique de ton falzar que c'est déjà fini. Dans les quinze dernières secondes, on entend clairement James faire un petit décompte et ensuite ses zikos brailler une nouvelle fois le titre du morceau et de lâcher une dernière ligne de saxo, pour finir en fade-out. Quel verdict pour ces 9 minutes et quelques ? Exactement le même que pour Soul With Different Notes.

Dernier gros morceau (en terme de durée, cela va sans dire) du disque : Little Fellow. 2 petites secondes de plus que Soul With Different Notes. Non non, on ne s'en branle pas. Sur des morceaux monstrueux comme eux, la moindre putain de micro-seconde a son importance. Comme attendu, c'est de nouveau le saxo qui lance le bal. Mais, à moins de n'être pas trop attentif, on sent venir le truc : le morceau a été pensé pour que, à un moment, surgisse une collision entre l'orgue et la guitare. S'il y a collision, on peut également dire qu'il y a collusion. Les deux solos s'emboîtent parfaitement l'un dans l'autre. Sans jamais se marcher sur les grolles. La suite des événements voit leurs chemins se séparer et chacun retourne à sa place. En guise de feu d'artifice final (s'étendant sur plusieurs minutes), Big James tape un nouveau solo dans lequel son orgue n'a jamais sonné agressif. C'est du brutal. Du genre que seuls les polonais peuvent boire au petit déjeuner. Des trois bouffeurs d'espace du disque, c'est celui-ci le meilleur. En temps normal, quand j'écoute le disque peinard, je ne me braque pas de flingue sur la tempe pour en désigner un mais, pour les besoins de la chronique, je le fais. Little Fellow, c'est aussi ce que vous trouverez de plus soul ici. Mais, ça reste fugace.

james_brown_hbo_a_lAllez, on tient le bon bout les gars, enfin, vous le tenez, on approche de la fin de la chronique. Il nous reste trois morceaux à voir. Et, cette fois, ça tiendra en un seul paragraphe. Fat Soul, Soul With Different Notes et Little Fellow, je tenais vraiment à leur dédier un paragraphe chacun, ils le méritent. La question est de savoir si je les ai bien retranscrits... Écoutez, et vous me direz. Bon, on attaque avec le morceau funk du lot : Gittin' A Little Hipper. Morceau le plus court du disque. Et, c'est bien là le problème. Il est tellement bon que l'on aurait voulu qu'il dure 8 ou 9 minutes au lieu de 2'48 minutes. Quand je dis funk, il ne faut pas s'attendre à quelque chose comme The Payback, Mind Power, Hot Pants ou autres Papa Don't Take No Mess. Non, on est vraiment dans la continuité de ce que Big James faisait dans les années 60 en matière de funk. Go On Now, atteignant presque les 6 minutes est un très bon morceau à la rythmique saccadée. Et c'est aussi, en dépit de sa qualité certaine, le moins bon du disque. Et, on en termine avec Buddy-E, véritable tuerie bien dominée par une trompette lâchant les chevaux. Si vous aimez ou êtes fan de James Brown, que les albums instrumentaux ne vous effraient pas et que vous aimez les solos d'orgue électrique, vous tenez alors un grand moment de bonheur entre vos mains. Quand j'avais fait la liste de mes 100 disques de chevet, j'avais incorporé The Payback dans la liste et écarté Nothing But Soul, il fallait faire des choix. Mais, si demain on me demandait de faire une nouvelle liste, avec cinq items supplémentaires, Nothing But Soul y va tout droit.

Face A

Soul With Different Notes

Go On Now

Gittin' A Little Hipper

Face B

Fat Soul

Little Fellow

Buddy-E