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Oh la la la la la la... Dylan, tu commences à faire chier, avec tes reprises ! - Gérant de blog anonyme, devant le rayon 'variété internationale' d'une FNAC, en 2017.

J'imagine la scène. J'imagine Bob Dylan filant les bandes de son nouvel album à sa maison de disques, Columbia (depuis ses débuts, et à l'exception de deux albums dont un live, en 1974, il n'est jamais resté que chez Columbia). On est en 2017, et le Barde, qui a reçu l'année précédente le Prix Nobel de littérature (premier auteur de chansons, et chanteur, à recevoir ce prix), a déjà sorti deux albums, d'affilée, de ce genre de musique : des reprises, à la sauce old school, de chansons issues du répertoire inépuisable du Great American Songbook, des chansons rétro, des années 30/40/50. Shadows In The Night en 2015, Fallen Angels en 2016, je ne sais même pas pourquoi j'en parle ici, vu que, ayant respectivement réabordé et abordé ces deux albums hier et il y à deux jours, vous savez déjà de quoi je veux parler et en avez peut-être franchement marre de lire au sujet de ces albums. Mais passé cet article, c'est fini (pas le cycle Dylan, hein, il me reste du matos à aborder ; mais d'en parler, de cette trilogie d'albums). Vus savez donc déjà que pendant longtemps (de 2016 à il y à peu de temps), je n'avais pas acheté les deux derniers albums de la trilogie, et que, concernant le dernier, je le n'avais même pas écouté. Et dans ma chronique, en juillet dernier, du dernier opus en date, décidément génial, je disais que ça n'arriverait jamais, que j'en parle ici, de ces deux albums. Comme quoi !

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Triplicate, il s'appelle, ce troisième volet, avant-dernier opus studio de Dylan (et son 38ème) à ce jour. Il date de 2017 et quand je l'ai vu dans le bac à CD, à sa sortie, en 2017, j'ai eu envie de pleurer et me suis dit que, vraiment, peut-être était-ce parce qu'il prend de l'âge (il était alors âgé de 76 ans), mais Dylan faisait, désormais, vraiment n'importe quoi. Triplicate, sous sa pochette pourpre avec le titre de l'album en gothique au centre, est en effet un triple album, le titre est éloquent. Trois disques remplis de chansons du Great American Songbook, parmi lesquelles Stardust, Trade Winds, P.S. I Love You (qui n'est PAS la chanson du même nom des Beatles, celle-ci date de 1934), As Time Goes By, I Guess I'll Have To Change My Plans, Sentimental Journey (autrefois repris par Ringo sur son album du même nom), These Foolish Things ou bien encore Day In, Day Out (qui n'a évidemment rien à voir avec la chanson de Bowie portant le même titre). Il y en à 30, de ces chansons, et donc 10 par disque, Dylan est vraiment là où on ne l'attend pas, et très original. Triplicate, dans son boîtier digipck laqué avec un livret comprenant des notes de pochette (une première depuis World Gone Wrong, si je ne m'abuse, et ça remonte à 1993 ; je ne parle que des albums studio, pas des compilations Bootleg Series), n'est cependant pas sorti sous un format triple-disque pleinement justifié.

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En effet, il faut savoir que, bien que triple (quel que soit le format, CD ou vinyle), Triplicate fait à peu près la même durée que le Double Blanc des Beatles, soit 95 minutes. Quel que soit le format, tout tiendrait sur deux disques. Or il est triple. Oualalaradime, qu'est-ce que c'est que cette arnaque ? Les spécialistes diront que c'est parce que c'est un album conceptuel, chaque disque contient 10 titres et possède un titre bien à lui (exemple, le CD 1 s'appelle 'Til The Sun Goes Down), et les 10 chansons de chacun de ces trois disques sont sans doute assemblées selon des thématiques, je ne sais pas, j'avoue ne pas avoir fouillé pour essayer de trouver s'il y avait des thématiques qui reliaient entre eux ces chansons, celles du disque 1 entre elles, celle du second entre elles, celle du dernier entre elles. Pour ce qu'on s'en fout. Donc, on a trois disques d'environ 32 minutes chacun. L'écoute va vite, tout en étant longue, car il faut bien dire ce qui est, c'est un disque chiantissime, sans doute, à bien y réfléchir, le pire de Dylan, parce que le plus ennuyeux parmi ses albums les moins enthousiasmants. Musicalement, Triplicate est du même niveau que les deux autres, à qui j'ai évité la catégorie des ratages. Là, je suis désolé, mais le coup est tellement pesant, trois disques (certes courts) de ce genre de mélasse, et ce d'autant plus que deux auraient suffi pour tout contenir, je ne peux pas le ranger ailleurs que dans les ratages, cet album. Alors l'objet (surtout en vinyle, apparemment, mais je n'ai que le CD) est beau, l'intention est courageuse (il a déçu son monde à deux reprises, d'affilée, et il ose le faire encore une fois, en mode surmultipliée; Dylan n'a plus peur de rien, si tant est qu'il ait eu un jour peur de quelque chose, en la matière), et je pense que certains aimeront le contenu (si vous aimez ce genre de chansons et d'arrangements, ça vous plaira). Mais moi, je m'emmerde, ici, vraiment. Il va prendre la poussière comme un vieux salopard, ce Triplicate, rangé à côté de deux albums qui, eux aussi, la prennent bien dans l'axe, cette poussière, sur l'étagère, rangée Dylan. Heureusement, Rough And Rowdy Ways, son album suivant, le dernier à ce jour, est un disque de chansons originales, et d'une remarquable qualité selon moi. Lui, la poussière, il ne saura jamais ce que c'est.

CD 1 ('Til The Sun Goes Down)

I Guess I'll Have To Change My Plans/September Of My Years/I Could Have Told You/Once Upon A Time/Stormy Weather/This Nearly Was Mine/That Old Feeling/It Gets Lonely Early/My One And Only Love/Trade Winds

CD 2 (Devil Dolls)

Braggin'/As Time Goes By/Imagination/How Deep Is The Ocean/P.S. I Love You/The Best Is Yet To Come/But Beautiful/Here's That Rainy Day/Where Is The One/There's A Flaw In My Flue

CD 3 (Comin' Home Late)

Day In, Day Out/I Couldn't Sleep A Wink Last Night/Sentimental Journey/Somewhere Along The Way/When The World Was Young/These Foolish Things/You Go To My Heart/Stardust/It's Funny To Everyone But Me/Why Was I Born