RC1

Caliss' de Criss, caisse-donc ki nous arrive lô ?

Robert Charlebois.

Charlebois ! Les plus jeunes (je parle des vraiment plus jeunes, de moins de 20 ans) ne connaissent peut-être pas, vu qu'il raréfie pas mal ses apparitions télévisuelles depuis quelques années, mais ceux de ma génération et des précédentes la connaissent bien, cette fameuse trogne de musaraigne souriante et burinée, cet accint k'b'coaa à couper à la machette, et ses chansons, àh, ses chansons... Lindbergh, Je Reviendrai A Montréal, Je Rêve A Rio, Dolorès, Mon Pays... Le bonhomme a aussi fait du cinéma, pas beaucoup, mais on le trouve quand même aux côtés de Terence Hill (tu t'en souviens, de çui-lô, mon tchu ? J'pense bin !) et de Miou Miou, en 1975, dans le western spaghetti comique Un Génie, Deux Associés, Une Cloche. Rien que ce casting à trois têtes laisse rêveur (et quelque peu inquiet quant au résultat du film ; et rassures-toi, c'est aussi con et raté que prévu !). Mais Charlebois n'a pas beaucoup fait de films, une dizaine. Il est largement meilleur chanteur et musicien qu'acteur, et d'ailleurs, si vous pensez que je vais continuer de parler de ses films ici, vous pouvez directement aller regarder la TV, parce que ça va pas arriver. Trêve de couennerie. Charlebois, c'est carrément l'aristocratie de la chanson québécoise. C'est bien simple, quand on me parle de chanson québécoise pour dire Céline Dion, Isabelle Boulay, Natasha St-Pier (qui n'est pas québécoise, elle, en fait, mais tu sais à quel point je m'en fous ? Ouais, à ce point-là, en effet !), Diane Tell ou Coeur De Pirate, j'ai des envies d'écraser des petits garçons avec un SUV, des envies de...allez, ça suffit. Vous voulez de la bonne, de la grande, de l'exceptionnelle chanson québécoise ? Et du rock québécois, aussi, tant qu'à foutre ? 

RC2

Ben si vous voulez de ça, ça tombe drôl'min bin, mes tchu, parce que cet album de Robert Charlebois, son septième en six ans de carrière discographique (il a démarré en 1965, il avait 21 ans), ç'en est. Il ne porte pas de nom, cet album, comme une bonne partie des albums de Charlebois. On le surnomme, officiellement, du nom de sa première chanson (ou, parfois, de sa plus connue ; mais souvent de sa première), comme on le fait traditionnellement pour les albums sans titres (voyez Ferrat, Brel, Brassens...). A se demander pourquoi on ne se cassait pas le derche à mettre directement un titre à l'album. Enfin bref. Voici donc Le Mont Athos, sorti en 1971, dernier de ses albums sortis sur le label Gamma avant que le Charlebois ne signe chez Barclay. Le Mont Athos, aussi, c'est une montagne en Grèce, fin de la partie vous vous coucherez moins cons ce soir de l'article. Cet album est court comme un Tex Avery, il ne dure que 32 petites minutes, n'offre que 8 titres, mais il faut voir lesquels. On y trouve deux reprises de classiques du répertoire traditionnel folklorique acadien (bin oui mon con, il est pas breton, le Robert !), La Valse Reno et Le Sud De La Louisiane, qui donnent envie de casser des noix de cajun (ah ah ah ah ah), non sérieusement, à moins d'être totalement réfractaire à ce genre de musique folklorique (bien revampée, je dois dire), c'est excellent. On y trouve Le Mont Athos, une des plus belles chansons du gô, qui ouvre donc le bouzin avec délicatesse.

RC3

On y trouve aussi le drôlissime Ya Sa Pichou qui semble parler d'un sujet quelque peu limite (agression sexuelle ?), le délicat et léger (ah ah ah) Limoilou, le sublime (mais arrangé de manière bien variété françouaise 70's, tout de même) Parle-Moi, et on y trouve surtout deux terribles décollages stratosphériques qui achèvent chacun une face (où les mettre, sinon ? Hein, où ?) et qui, putain de bordel à queue de crocodile bourré à la vodka polonaise, forcent le respect. Totalement. Mr. Plum, interprété en anglais (une langue que par nécessité géographique, j'imagine que bien des québécois sinon maîtrisent, du moins connaissent bien), long de plus de 6 minutes, est bien rock, assez furax (les musiciens, que je ne cite pas non pas par fainéantise ni par ignorance, mais passe queue la seconde illustration de l'article, le verso de pochette, les cite de manière très visible, photo à l'appui, les musiciens, donc, sont excellentissimes), et se termine sur une sorte de jam électrique (avec solo de batterie, mon gô ! oué !) qui file une méchante envie d'écouter directos la seconde face. Qui, elle, se termine sur Terre-Love, 8,30 minutes ahurissantes basées sur du Alfred Jarry (oui, celui d'Ubu Roi ! ben merdre, alors !!) et qui, et là aussi ce n'est pas de la fainéantise de ma part, est littéralement indescriptible. C'est une dinguerie totalement folle, barge, irréelle, enivrante, hypnotique, c'est du grand art. Du Grand Art. Du GRAND ART, en majuscules. Décochons, décochons, décochons, décochons, décochons des traits/Et détruit, et détruit, et détruit, et détruit, et détruisons l'ennemi... Le moins que l'on puisse dire, c'est que cet album de 1971 est une petite tuerie, un disque certes court, mais vraiment génial. Il me paraît irréel de penser que cet article, le premier sur le blog sur un album de Charlebois, sera le seul, le concernant, sur Rock Fever. J'annonce qu'au moins deux autres de ses albums seront abordés dans un avenir relativement proche, enfin, je pense en tout cas. Si vous ne connaissez pas encore l'univers si particulier (accentué par l'accent québécois et les expressions pittoresques de la belle province,une oreille française y sera peu habituée, en général) de ce chanteur, bon Dieu, mais qu'attendez-vous donc ? 

FACE A

Le Mont Athos

Ya Sa Pichou

La Valse Reno

Mr. Plum

FACE B

Limoilou

Le Sud De La Louisiane

Parle-Moi

Terre-Love