BS1

Hé ben ouais, le taulier, le Boss, fait son retour sur Rock Fever ! Notez qu'il n'est jamais vraiment parti : n'a-t-on pas parlé de lui, récemment, et à plusieurs reprises ? Oui, mais là, c'est différent : Bruce Springsteen, en effet, a fait son retour aux affaires avec un nouvel album. Chose qui, on peut le dire, a sans doute surpris pas mal de monde, à commencer par je. Parce que son précédent opus, Western Stars (suivi par une autre version de l'album, live), disque de country à l'ancienne, était en effet sorti en début d'année 2019. Un disque que j'avais évidemment abordé ici, et dont, sans détester, je dois dire que je suis vraiment pas fan. Bon, la country, c'est pas mon truc, à la base. Le disque était un peu trop lancinant, mais offrait de bons trucs quand même, comme The Wayfarer, le morceau-titre...et la pochette, sublimissime photo d'un cheval dressé sur ses jambes arrières (bah oui, on parle bien de jambes pour les chevaux, et non de pattes, n'est-ce pas ?). L'autre version de l'album, live en studio, je ne sais pas ce qu'elle vaut, je ne l'ai pas achetée, ni écoutée, elle ne m'intéresse pas spécialement, n'étant pas amateur de l'album initial, qui est un des Springsteen qui sort le moins souvent de sa pochette avec le disque de reprises de chansons de Seeger et Devils & Dust. Bon, là où je voulais en venir, c'est qu'avec un nouvel album sorti en début 2019, et compte tenu qu'avant ça, son précédent opus, High Hopes, datait de 2014, on se serait attendus à un petit silence de, disons, trois ans, au moins, avant un autre album studio original du Boss. 

BS2

Et pourtant, le 23 octobre 2020, est sorti ce nouvel album, enregistré presque un an auparavant. Letter To You, sous sa pochette hivernale, est donc le premier Boss en un an et demi, un délai entre deux albums que l'on n'avait pas retrouvé depuis le milieu des années 2000. Bon, je n'ai pas appris l'existence de cet album le jour de sa sortie, mais un mois environ avant, peut-être un peu plus, et j'ai dès lors précommandé le truc en vinyle, et l'ai reçu le jour même de sa sortie. Beau vinyle, d'ailleurs : double (mais avec trois faces de gravées, l'album dure un petit peu moins d'une heure ; la dernière face, vide, offre un beau laquage au motif d'une des photos du livret), avec un livret comprenant les paroles et des photos. Avec deux sous-pochettes en papier type calque, transparent (comme deux des pages du livret). C'est le premier album de Springsteen avec son fameux groupe le E Street Band depuis 2014. Groupe qui, en l'espace de deux-trois ans, a perdu deux de ses membres : Danny Federici (orgue, accordéon) en 2008, Clarence "Big Man" Clemons (saxophone) en 2011. Ils n'ont pas été virés, ils sont morts. Ca a fait mal, évidemment. Aux fans, mais surtout au Boss. Ce ne sont pas seulement des musiciens, pour lui, ce sont des amis, une famille (d'autant plus qu'un des membres, la vocaliste Patti Scialfa, est l'épouse du Boss depuis le début des années 90). Pour parachever le côté famille, le neveu du Big Man, Jake Clemons, est ici sur l'album, au saxophone, en membre officiel du groupe. Je ne vais pas dire qu'il est aussi monumental que son oncle, mais il assure très très bien. Charles Giordano est l'autre nouveau membre, à l'orgue. Enfin, nouveau membre...il collabore avec le Boss depuis 2006, en fait. 

BS3

Produit par Ron Aniello et le Boss, Letter To You est, selon les propres dires du Boss, son premier album studio sur lequel tout le E Street Band joue ensemble, en live dans le studio, plutôt que d'avoir enregistré les guitares une fois, la batterie une autre fois, puis mixé le tout par la suite. Ca se ressent totalement : ce disque, qui marque le retour d'un son rock après la country de l'an dernier, est très énergique, même s'il s'ouvre sur One Minute You're Here, courte et délicate chanson bien triste. Les thèmes de l'album sont à peu près aussi peu joyeux que sa pochette : la vieillesse, la mort. Niveau mort, le Boss a eu plus que sa part ces dernières années, avec celle, je l'ai dit plus haut, de deux de ses anciens membres et amis (et non des moindres ; j'ai cru que la mort de Clemons allait vraiment marquer la fin nette de la carrière de Bruce, qu'il n'aurait pas eu la force de poursuivre sans son Big Man), mais aussi celle d'un ami de longue date, George Theiss, qui fit partie, avec le Boss, dans les années 60, d'un petit groupe de garage-rock, The Castiles, qui marqua probablement les débuts de Bruce dans la musique. Springsteen a 71 ans en 2020, il n'est plus le fringuant jeune homme barbu, chevelu, se cachant sous un bonnet à la Serpico, qui braillait Spirit In The Night ou Rosalita (Come Out Tonight) en 1973/74. Sa voix est toujours là, un peu vieillie en fût de chêne, certes, mais pas niquée pour un sou. Les chansons, écrites pour la plupart après une courte période de blocage d'écriture, sont remarquables : Letter To You, Ghosts, Last Man Standing, Rainmaker. On notera que trois d'entre elles datent des sessions du premier opus en 1973 : Janey Needs A Shooter, If  I Was The Priest et Song For Orphans. La première fut offerte à Warren Zevon en 1980, la seconde, reprise par Allan Clarke dans les 70's. Trois chansons remarquables qui accentuent encore la réussite de ce 20ème cru studio de Bruce Springsteen (ça se fête !), ce Letter To You efficace, parfois touchant (I'll See You In My Dreams, pas une reprise de la chanson éponyme de 1924 reprise des chiées de fois, achève bien cet album imprégné de mélancolie, malgré des mélodies souvent rythmées), et sans temps morts. Un des meilleurs albums du Boss ? En tout cas, son meilleur depuis The Rising, je pense, et ça remonte à 2002...

FACE A

One Minute You're Here

Letter To You

Burnin' Train

Janey Needs A Shooter

FACE B

Last Man Standing

The Power Of Prayer

House Of A Thousand Guitars

Rainmaker

FACE C

If I Was The Priest

Ghosts

Song For Orphans

I'll See You In My Dreams

FACE D

RIEN