LC1

Ca faisait longtemps qu'on n'avait pas parlé du Canadien ici. Je ne veux pas parler de Neil Young (même si ça fait aussi un petit moment qu'on n'en a pas parlé, il a quand même eu droit à deux chroniques de ses albums en juillet dernier, le saligaud), mais du regretté Leonard Cohen. Ah, Leonard, le moins que l'on puisse dire, c'est que c'était un grand, un très grand. Sincèrement, je dois le dire, même s'il y à des albums de lui que j'adore bien comme il faut, je n'ai jamais été aussi fan de Cohen que je le suis de Dylan. Je respecte totalement ce géant de la folk, et du songwriting, il était vraiment génial et à sa mort, en 2016 (il avait 82 ans), j'ai été triste. Canadien, né dans une banlieue anglophone de Montréal (au Québec, et donc au Canada francophone), le bonhomme était chanteur, auteur/compositeur, poète, écrivain, et a sorti des albums fabuleux et des chansons immortelles. Quiconque n'a jamais entendu des chansons comme Suzanne, Avalanche, Sisters Of Mercy, The Partisan (en partie chanté en français), Bird On A Wire, Joan Of Arc, Famous Blue Raincoat, So Long, Marianne, Hallelujah (magistralement reprise par Jeff Buckley)...n'a rien entendu. Et niveau albums, on peut dire que, jusqu'à 1974, ses albums sont, tous, hautement recommandés, et notamment Songs Of Love And Hate (1971) et New Skin For The Old Ceremony (1974). Ensuite ? Il sort un album maudit, en 1977 : Death Of A Ladies' Man, produit par Phil Spector. Les sessions de ce disque furent du genre t'as encore besoin de pinard pour finir la chanson, Leo, ou j'en débouche une de whisky pour la suivante ? Quoi ? Du rye, pas du bourbon ? D'accord, c'est ton foie, après tout ! Un disque surproduit (le wall of sound spectorien ne fonctionne pas du tout avec le genre de chansons de Cohen et sa voix profonde et faussement lasse). Cohen dira aimer les chansons de l'album, mais qu'il faudrait vraiment les refaire autrement. De fait, les chansons sont, dans l'ensemble, bonnes, sur ce disque, je le reconnais, même si en écoutant Don't Go Home With Your Hard-On, foirage sur lequel Dylan et le poète beat Allen Ginsberg posent des choeurs, je ne peux m'empêcher, vision d'épouvante, d'imaginer Cohen, Dylan et Ginsberg, bras dessus/bras dessous, en studio, à glapir le refrain (et je dis 'ne rentre pas chez toi avec le gourdin, ça te rendra complètement cinglé'), complètement déchirés, pantalons baissés en accordéon, trace de gerbe sur la chemise, regards envapés, et une bouteille de pif dans les mains libres des deux zigotos aux extrémités de cette brochette infernale. 

Ouh lalalala. On se calme.

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Après cet album, Cohen en sort deux de bien, bien plus réussis (Recent Songs en 1979, Various Positions, avec Hallelujah, en 1984). Puis, en 1988, il sort un disque que je n'hésite pas à qualifier de chef d'oeuvre, malgré des défauts de production : I'm Your Man. Pochette d'une sobriété exemplaire, et assez rigolote : Cohen, classieux, sobre, sévère comme un prof d'allemand de collège, tenant dans ses mains une banane presque totalement mangée. Le décalage entre l'austérité (en noir & blanc, tu penses bien) de la photo, sans parler du design refroidissant et minimaliste, et du détail de la banane est imparable. Court (40 minutes, 8 titres), cet album n'est pas un disque de folk, mais de soft-rock, en fait, un disque baigné, sur certains titres, de synthétiseurs, c'est l'album le plus moderne de Cohen à l'époque, et par la suite, Cohen reviendra (pas avec son suivant, The Future en 1992, ceci dit) à des albums plus traditionnels. I'm Your Man, qui sera un très très gros succès commercial, son plus gros succès commercial d'ailleurs, est un disque enregistré avec notamment Sneaky Pete Kleinow (pedal steel guitar), Vinnie Colaiuta (batterie), mais les musiciens sont, dans l'ensemble, peu connus. Niveau voix, en choeurs, on a notamment Jennifer Warnes, qui n'en est pas à sa première collaboration avec Cohen. L'album s'ouvre sur un morceau assez dansant, étonnant de la part de Cohen (la première fois que j'ai écouté l'album, j'ai eu une bizarre et presque désagréable impression, avec ce morceau, et j'ai cru que l'album serait raté, daté, bien dans les années 80 et désormais inécoutable ; il n'en est rien) : First We Take Manhattan, 6 minutes en tout. J'ose le dire : j'adôôôre non pas les sushis, mais cette chanson.

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Un morceau baigné de synthés, très moderniste, et malgré qu'il soit vraiment étonnant et même choquant de la part d'un chanteur tel que Cohen (dont le style de chansons est généralement assez lent, parfois même vaguement sinistre et déprimant ; ce qui explique en quoi l'album produit par Spector est raté) de faire une chanson de ce genre, je dois dire que c'est une des meilleures de l'album. Je veux dire, vraiment. On trouve, sur ce disque, I'm The Man, morceau légendaire (utilisé l'an dernier, ou cette année, je ne sais plus, dans une publicité pour du parfum) sur lequel la voix profonde, sombre, lancinante de Cohen (Here I stand, I'm your man) fait des étincelles. Le Canadien est ici en mode crooner de ses dames, et ça fonctionne. C'est sûr que ça change de Sisters Of Mercy ! L'album offre des morceaux calmes et, disons, traditionnels, comme Tower Of Songs, Jazz Police (un peu soul, malgré le titre !) ou Ain't No Cure  For Love. C'est un album magnifique, qui s'écoute bouche bée, même si certains préfèreront peut-être Songs Of Love And Hate ou Songs From A Room. Moi, personnellement, je dois dire que j'ai adoré cet album, qui détonne un peu avec les précédents opus, mais qui mérite bien sa place d'honneur parmi les, allez, 3 ou 4 meilleurs albums de ce grand et regretté artiste. Bref, c'est foutrement conseillé, que dire de plus ? 

FACE A

First We Take Manhattan

Ain't No Cure For Love

Everybody Knows

I'm Your Man

FACE B

Take This Waltz

Jazz Police

I Can't Forget

Tower Of Song