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Il y à des albums de Dylan qui manquaient sur le blog...sans vraiment manquer, en fait. Mais je vais rattraper cet oubli, ne vous en faites pas.

Bon, on le sait, Bob Dylan a vécu des années 80 terriblement compliquées. Si on met de côté Infidels en 1983 (oui, malgré sa production datée, je défendrai toujours, toujours cet album) et Oh Mercy en 1989, rien de ce qu'il a fait en solo durant cette décennie n'est viable. Sa participation aux Traveling Wilburys de George Harrison mis à part, aussi. Mais c'est pas du Dylan solo, donc ce n'est pas à prendre en compte. C'est quand j'ai réabordé Oh Mercy, récemment, que je me suis rendu compte que les deux albums qui le sandwichent dans la discographie du Barde n'avaient été abordés qu'en filigrane dans l'article consacré à sa discographie, article datant de 2012 ou 2013, article qui date et qui est incomplet (ses trois derniers albums manquent à l'appel). Mais comment vraiment se rendre compte à quel point Oh Mercy est un disque miraculeux ? A quel point on a eu de la chance d'avoir, de la part de Dylan, un disque aussi réussi ? En abordant le cas absolument terrible du précédent opus de Dylan, sorti en 1988 sous une pochette, il est vrai, bien plus sobre et classe que toutes ses pochettes depuis Real Live (1984), une pochette qui, à la base, n'était pas destinée à être aussi sobre (au départ, ça devait être un dessin d'un homme sur un cheval, lui tournant le dos, jouant de la guitare, dans un décor montagneux).

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Un album qui, à sa sortie, sera laminé par la presse et se vendra très mal (classé 61ème dans les charts américains !) : Down In The Groove. Quant à l'autre album que je n'avais pas encore abordé, ah, ben attendez quelques jours, les mecs, mais logiquement, si vous touchez votre bille en Dylan, vous l'avez déjà reconnu, le petit con.

Mais aujourd'hui, c'est le grand con, Down In The Groove, qui va morfler.

Parce que, oui, il est dans les ratages musicaux, vous croyiez quoi ? Moi qui ai légèrement (mais légèrement) réhabilité Saved, moi qui ai totalement réhabilité la paire Human Touch/Lucky Town de Springsteen, je ne vais tout de même pas réhabiliter cet album moisi et pourri, heureusement court (32 minutes), une des pires taches de graisse dans la discographie de Dylan avec son album éponyme (sorti sans son accord) de 1973, Knocked Out Loaded et Under The Red Sky, et ça y est, je l'ai cité le disque que j'aborderai bientôt, moi qui voulais garder un peu de suspense, voilà, z'êtes contents ? Down In The Groove, produit par je ne sais pas qui (si on met de côté Death Is Not The End, produite par Dylan et Mark Knopfler qui joue dessus, et qui sera magnifiée, en 1996, par Nick Cave, il n'y à aucun producteur de crédité ; Dylan lui-même, sans doute), fait suite à une série d'albums écrasants de nullité, pour le Barde : Empire Burlesque en 1985 (par rapport aux suivants, celui-là, ça va encore) et Knocked Out Loaded en 1986 (qui, cependant, miracle, offre le gigantesque et long Brownsville Girl). Deux albums vraiment à fuir à moins d'être fan absbolu du Zimmy. Cet opus de 1988, enregistré entre 1983 et 1987 (gageons que le morceau avec Knopfler date des sessions de Infidels en 1983, qui fut produit par Dylan et Knopfler) a été enregistré avec un aréopage de célébrités : Knopfler donc (et un autre membre de Dire Straits, Alan Clark), Sly Dunbar, Robbie Shakespeare, Danny Kortchmar, Eric Clapton, Nathan East, Steve Jones des Sex Pistols, Paul Simonon des Clash, Randy Jackson, Jerry Garcia et Bob Weir du Grateful Dead, Ron Wood. 

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Ce n'est pas parce qu'il y à du beau linge (notons qu'à l'époque, beaucoup d'entre eux, Clapton, Wood, les gens du Dead...sont dans un état musical à peu près aussi dévasté que Dylan) ici que l'album sera une réussite. Down In The Groove le prouve totalement. Deux chansons sont à sauver de ce marasme, sinon, intégral : Death Is Not The End, d'abord, magnifique chanson (mais je préfère la version de Cave sur son Murder Ballads), et Silvio, pas aussi magnifique, mais tout de même très bonne, chanson co-écrite (comme Ugliest Girl In The World, qui est épouvantable) par Dylan et le parolier du Dead, Robert Hunter, et qui, à la base, devait être une chanson du Dead, mais le groupe la refusera, je crois. Bien joué, les gars. Le Dead qui, en 1987, fit une tournée conjointe avec Dylan, jouant ensemble et séparément, tournée qui, en 1989, donnera lieu à Dylan & The Dead, un live que je me refuse à détester, finalement, mais qui n'est vraiment pas du grand art malgré la présence de bonnes versions de Queen Jane Approximately, Gotta Serve Somebody et Joey dessus (que des chansons de Dylan sur le live).

Revenons à Down In The Groove. Considéré comme le pire du Barde par Rolling Stone en 2007, c'est effectivement une chiure, à deux chansons exceptées. Mais le reste...Let's Stick Together (une reprise, qui fut autrefois chantée aussi par Canned Heat, et ils s'en sortirent bien mieux que Dylan, vous pouvez me croire...vous me croyez, hein ?), When Did You Leave Heaven ?, Rank Strangers To Me, Shenandoah, autant de chansons soit insipides, soit tout simplement épouvantables, qui rendent ces 32 minutes (enfin, moins, parce que les deux morceaux à sauver totalisent 8 minutes ici ; on a quand même 24 minutes ratées, c'est pas rien) absolument à chier. Pas étonnant qu'il m'ait fallu attendre tout ce temps (je possède ce disque, et celui de 1990 que je chroniquerai bientôt, depuis des années), pour faire cet article : j'essayais d'oublier l'existence de cet album pire que gênant, et j'avais presque réussi ! Mais qu'est-ce que je suis con, moi, alors !

FACE A

Let's Stick Together

When Did You Leave Heaven ?

Sally Sue Brown

Death Is Not The End

Had A Dream About You, Baby

FACE B

Ugliest Girl In The World

Silvio

Ninety Miles An Hour (Down A Dead End Street)

Shenandoah

Rank Strangers To Me