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On a reparlé un petit peu, ici, de Tom Petty & The Heartbreakers, via une nouvelle chronique de leur chef d'oeuvre de 1979 Damn The Torpedoes. Tom Petty & The Heartbreakers, je suis loin, vraiment très loin d'avoir tous leurs albums, et de les avoir tous entendus, mais ceux que je connais, je les adore bien comme il faut, aussi nul doute que ça serait le cas de ceux que je ne connais pas encore. Petty a aussi fait des albums solo, sans ses Crêve-Coeurs. Il n'en a pas fait beaucoup (trois seulement) et n'en fera plus vu qu'il est hélas décédé en 2017, 11 ans près son troisième (Highway Companion) mais aucun de ses albums solo n'est à négliger. Full Moon Fever, le premier, en 1989, est certes sorti sous une infâme pochette multicolore bien criarde, mais sincèrement, rien que pour le hit I Won't Back Down, A Face In The Crowd et la reprise du Feel A Lot Better des Byrds, c'est indispensable. Mais son meilleur album solo restera à vie, à jamais, son deuxième, sorti en 1994, produit par Rick Rubin (excusez du peu) : Wildflowers. Rien qu'à regarder l'illustration de pochette, on sent que ce disque sera roots (et que le livret sera imprimé sur du papier un peu rugueux, style buvard ; et en effet, et c'est même le cas de la feuille glissée sur le plateau supportant le CD même), qu'il sonnera comme tiré tout droit des années 70 tout en étant enregistré, en totalité, dans les années 90 (entre 1992 et 1994 précisément, à Los Angeles pour ne pas citer les lieux d'enregistrement). 

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Bien que plutôt long, Wildflowers s'écoute d'une traite, avec passion, sans aucun ennui, sans qu'aucun morceau, et il y en à quand même 15, ne semble en trop. Les 62 minutes de ce disque sont tout simplement parmi ce que j'ai entendu de mieux en provenance des années 90 : une production éclatante et sobre à la fois (Rubin a certes produit du rap et les Red Hot Chili Peppers, ainsi qu'un des moins bons opus d'AC/DC à mes oreilles, Ballbreaker - dont la production ne rend pas justice à la voix de Brian Johnson, affaiblie par le traitement et rendue insupportable -, mais il a aussi oeuvré en beauté sur les derniers albums de Johnny Cash, la fameuse série des American Recordings, purs trésors), des mélodies imparables, un éclectisme assumé. On a aussi bien des morceaux assez rock que des ballades bluesy ou countrysantes. Le chant de Tom Petty fait des merveilles partout, sans aucune exception, du morceau-titre à Wake Up Time en passant par Only A Broken Heart, Crawling Back To You et Time To Move On. Bien qu'étant un album solo de Petty, on trouve quand même ici trois, voire même quatre (l'un d'entre eux, le dernier que je vais citer, fera partie du groupe justement à partir de 1994) membres de son groupe : Benmont Tench (claviers), Mike Campbell (guitares, basse), Howie Epstein (basse sur trois titres) et Steve Ferrone (batterie). Parmi les musiciens, citons aussi Ringo Starr à la batterie sur To Find A Friend (Ferrone est à la batterie sur le reste de l'album), Carl Wilson (des Beach Boys) aux choeurs sur Honey Bee, Lenny Castro (percussions), Michael Kamen (arrangements orchestraux sur certains titres). 

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Wildflowers est un authentique chef d'oeuvre, un pur régal qui laisse sans voix. On peut en revanche s'interroger sur le bien-fondé de sortir ce disque sous le nom seul de Petty, quand son backing-band entier joue sur le disque. Mais il s'agissait, pour lui et Rick Rubin, d'apporter un peu de liberté à Petty. Au final, ce disque magistralement produit et interprété, monumental du début à la fin de sa bonne heure de musique (rarement un disque ausi généreux aura défilé aussi vite), est à la fois un disque solo et un disque de Tom Petty & The Heartbreakers, peu importe. C'est en tout cas un des joyaux méconnus du rock américain, du rock tout court, des années 90, une acquisition indispensable. Il faudra peut-être plusieurs écoutes pour en venir à bout : bien que très accessible et parfait, l'album offre 15 titres, et il est difficile, voire impossible, de tous les retenir en une ou deux écoutes, même attentives ! Moi, personnellement, je n'y tiens plus ; je l'ai certes réécouté récemment, mais que je crois que je vais y retourner, cette pochette marron m'appelle, je vous laisse, je vais cueillir quelques fleurs sauvages...

Wildflowers

You Don't Know How It Feels

Time To Move On

You Wreck Me

It's Good To Be King

Only A Broken Heart

Honey Bee

Don't Fade On Me

Hard On Me

Cabin Down Below

To Find A Friend

A Higher Place

House In The Woods

Crawling Back To You

Wake Up Time