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J'ai réhabilité Human Touch hier, il me fallait faire de même avec Lucky Town (ça brise un peu le suspense pour la chronique, je sais, désolé). Bon, je sais que ce n'est pas utile pour la comprenette parce que si vous suivez ce blog, logiquement, vous avez lu l'article d'hier même heure, et vous savez donc de quoi il en retourne, mais on ne ait jamais. Bruce Springsteen a, en 1992, sorti, conjointement (à la base, ce n'était pas prévu qu'ils sortent tous deux le même jour, je vais y revenir plus bas), deux albums studio : Human Touch et celui-ci. Deux albums quasi unanimement très mal considérés par les Bossophiles, qui estiment que c'est le nadir de sa carrière. Bowie a eu la période 1984/1987, Dylan la période...tiens !, la même que Bowie, les Stones ont eu la période...putain !, la même que Bowie et Dylan (je schématise ; pour Dylan, en fait, c'est 1980/1990, à deux albums exceptés), et pour le Boss, ce fut 1992 et la tournée mondiale de promotion des deux albums de cette année, en 1993 (j'ai eu l'occasion, il y à longtemps, d'aborder ici un bootleg de la tournée, moyen, et l'année dernière d'aborder le live officiel, très correct et qui m'a, au final, aidé à mieux apprécier ces deux albums studio, via les nombreuses versions live de leurs morceaux présents dessus). Une période creuse très courte, certes, mais qui laissera des traces : Brucie mettra du temps à revenir à niveau (2001), il lui faudra reprendre sa formule, abandonnée ici, du E Street Band pour ça.

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Quand le Boss enregistre, entre 1989 et 1991, Human Touch, il met, à un moment donné, l'enregistrement de côté pour faire les chansons de ce qui deviendra Lucky Town. A la base, il devait sortir le premier opus en 1991 et le second l'année suivante, mais au final, on a vu ce que ça a donné, les deux ensemble fin mars 1992. Stupéfaction générale et grand sourires sur les tronches des fans qui ont droit à une double ration ; mais une fois écoutés les deux produits finis, je n'ose imaginer leurs tronches éberluées devant ce rock heartland assez ras du front, des chansons légères (certaines ont des sujets un peu graves, mais toutes sonnent comme des tubes RTL 2 potentiels), simples, sans prétention, sans recherche. Sous des pochettes qui filent le bourdon tellement elles font cheap. Celle de Human Touch, avec ce gros lettrage rouge criard et horrible, montrait un gros plan du bras musclé, et de la guitare, du Boss. Celle de Lucky Town, même lettrage cheap, montre le Boss debout, en chemisette sortie du fute et à moitié ouverte sur un torse arborant une verrotterie bling-bling avant l'heure, lunettes de soleil sur un visage mal rasé, sourire à bouffer de la merde en clamant que c'est délicieux, le tout, devant un mural pas spécialement réussi, que l'on distingue sans le Boss au verso. Le précédent opus durant 58 minutes, celui-ci n'en dure que 39, pour 10 titres, un calibrage plus fort que pour les pommes de terre dans une coopérative agricole. Comme je l'ai dit hier, généralement, ce deuxième opus 1992 est bien mieux considéré que l'autre, sans doute parce que plus court.

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Le Boss,  grosso merdo, joue de tout ici, on a quelques musiciens de ci de là, mais la plupart du temps, il s'occupe de tous les instruments. Pourtant, le son est identique à celui de Human Touch, et si on ne sait pas que c'est lui qui joue de (quasiment) tout, on pourrait croire que les deux albums ont été faits en même temps, vraiment en même temps, voire qu'il ne s'agit que d'un seul et unique album sorti en deux volumes, comme pour les Guns l'année précédente. Autant le dire, ce deuxième cru 1992 est un très bon cru, meilleur en effet que l'autre (qui se dilue pas mal, toutes les chansons ne sont pas réussies). Moins de chansons, mais elles sont plus solides : le morceau-titre, If I Should Fall Behind (sublime version live interprétée par le E Street Band entier, et le Boss évidemment, sur le Live In New York City de 2001), Leap Of Faith, My Beautiful Reward, Living Proof sont des morceaux vraiment efficaces. Better Days, qui ouvre le disque, est, tout comme Human Touch du précédent opus (et Lucky Town ici), une des meilleures du Boss, pas de 1992 non, en général. Rien que ça. Plus de la moitié de l'album est solide et totalement appréciable. Le reste ? Local Hero, Book Of Dreams, The Big Muddy, Souls Of The Departed (encore que cette dernière, j'ai failli la mettre dans les réussites, c'est selon mon humeur) ne sont pas épouvantables comme l'étaient 57 Channels (And Nothin' On) et Pony Boy sur le précédent, mais c'est, effectivement, du Springsteen des mauvais jours. Mais au final, Lucky Town est un très bon petit cru du Boss, pas un de ses sommets, mais il tient la route. Et Better Days, putain, quelle déflagration, surtout en ouverture...

FACE A

Better Days

Lucky Town

Local Hero

If I Should Fall Behind

Leap Of Faith

FACE B

The Big Muddy

Living Proof

Book Of Dreams

Souls Of The Departed

My Beautiful Reward