Led-Zep-Gloire-et-decadence-du-plus-grand-groupe-du-monde

Nouveau Music Books sur le blog, et encore une fois, on va parler d'un groupe mythique et que j'adore : Led Zeppelin. On en avait parlé, vous vous en souvenez peut-être, en filigrane le 30 août dernier, quand j'avais abordé la biographie de Peter Grant (leur imposant  manager) par Chris Welch. Le livre parlait de Led Zeppelin, obligé vu le sujet, même s'il se concentrait essentiellement sur l'aventure du groupe à travers le personnage de leur manager (et sur ce que Grant a fait avant et après avoir managé le groupe). 

Le livre qui nous intéresse ici est, comme The Man Who Led Zeppelin de Welch, publié chez nous chez Rivages Rouge, et il s'appelle Led Zep.Connement. Bon, comme à leur habitude, la maison d'éditions propose un sous-titre envahissant et qui ne s'impose pour ainsi dire pas (Gloire et décadence du plus grand groupe du monde). Publié à la base en 2012, il a été traduit en français en 2015. Son titre original est Trampled Under Foot, titre d'une des plus fameuses chansons du groupe. L'auteur s'appelle Barney Hoskyns, un critique musical et directeur artistique (du site internet Rock's Backpages) britannique dont le nom dira forcément quelque chose à certains d'entre vous. Il a notamment écrit une biographie réputée de Tom Waits, un livre sur le glam-rock des années 70, et un, que j'aborderai certainement un jour, sur les aspects sombres, cachés, du soft-rock californien des années 70 (Eagles, CSN&Y, etc) du nom de Hotel California

Led Zep, que j'ai acheté au moment de sa sortie, je m'en souviens (non pas que j'attendais sa sortie, mais il se trouve que je suis tombé dessus, en magasin, peu de temps après sa sortie, ça tombait bien), est un des meilleurs livres sur le groupe que je connaisse, et j'en ai lu quelques uns (la biogaphie de Grant par Chris Welch, déjà, mais aussi, et lui aussi je le ferai un jour, le Hammer Of The Gods de Stephen Davis, qui fit grincer des dents pas mal de membres du groupe et de leur entourage à l'époque de sa publication). C'est un livre très facile à lire malgré son généreux nombre de pages : en grand format (visuel ci-dessus ; en poche, c'est identique, mais sur fond blanc et le titre écrit avec la teinte verte), il fait 560 pages. Bon, 20 pages, en final, sont consacrées à la bibliographie et à l'index numéroté, mais on a quand même 540 ou 545 pages de texte. C'est pour le moment le plus épais, de mémoire, des livres sur la musique que j'aborde sur le blog. 

Mais ce livre est d'une facilité déconcertante à lire parce qu'il est exclusivement constitué de témoignages mis à la suite les uns des autres. Témoignages des membres du groupe, de leur entourage (manager, road-manager, roadies, amis, journalistes qui les suivaient partout, ingénieurs du son, producteurs, autres musiciens) et de leurs familles (femmes, enfants), sans oublier quelques groupies. Le tout est évidemment proposé de manière à dépeindre, chronologiquement, toute l'aventure du groupe, des débuts de chacun des membres à leurs aventures en solo (et les diverses et rapides reformations) après la fin du groupe en 1980, consécutivement à la mort de leur batteur John Bonham (qui intervient parfois lui aussi). Ces témoignages proviennent de sources diverses : interviews en physique ou par téléphone, extraits d'autres livres. L'annexe en fin d'ouvrage indique les sources, Hoskyns allant jusqu'à dire que un tel a été contacté par téléphone tel jour, etc, et quand ça provient d'un autre livre, il le dit, pour éviter toute accusation de plagiat ou de vol. Âgé de 21 ans à la séparation de Led Zeppelin, Hoskyns a certes rencontré Page, Plant ou Jones, ainsi que d'autres, mais n'a pas vécu l'aventure de l'intérieur, contrairement à Nick Kent (souvent cité), Chris Welch (lui aussi souvent cité) ou autres rock-critics. 

Le livre est découpé en quatre parties. La première, "All Shook Up", relate les débuts, avant la formation du groupe. Jimmy Page (guitare) et John Paul Jones (basse, claviers, de son vrai nom John Baldwin, renommé JPJ par Peter Grant) qui font des panouilles en studio, parfois anonymement, et finiront par sympathiser à force de se croiser sur des sessions, tandis que Robert Plant (chant) et John Bonham (batterie), deux originaires du Black Country (le Nord de l'Angleterre), jouent dans de petites formations, et finiront par jouer ensemble dans un groupe (mais se connaissaient déjà d'avant). Led Zeppelin se forme sur les cendres des Yardbirds, dont faisait partie Page et que Grant, alors, manageait. La seconde partie, "Dans la lumière" (le titre d'une chanson du groupe, traduit), relate les débuts et l'ascension du groupe, jusqu'à 1974. Le groupe est alors au plus haut des cieux, semble intouchable, l'est réellement, en fait. Mais déjà, on parle à voix basse de la réputation de Peter Grant, qui terrifie les journalistes et ses rivaux (allure imposante, regard vicieux, il semble à deux doigts de casser la gueule à quelqu'un à tout moment, sans l'avoir jamais fait). 

La troisième partie (de mémoire, elle s'appelle "Des années difficiles", je n'ai pas le livre à portée de main alors que je rédige ça, vous me pardonnez si ce n'est pas au mot près ?) aborde la fin du groupe, de 1975 à la mort de Bonham en 1980. L'année 1977, horrible dans tous les sens pour le groupe (un Page totalement accro à l'héroïne, Bonham en dérive alcoolique, tournée américaine catastrophique qui s'achèvera minablement par un incident diplomatique, à Oakland, entre les hommes de main de Grant et ceux du promoteur de concerts américain Bill Graham, et tragiquement par, deux jours plus tard, la mort, d'une infection, du jeune fils de Plant, Karac), n'est pas occultée, de même que la violence grandissante dans l'entourage du groupe (le road-manager Richard Cole, assez brutal, et John Bindon, un truand devenu garde du corps, douteux, vulgaire et violent). "Wearing And Tearing", la dernière partie (aussi un titre de chanson du groupe) relate la suite et fin, ce que sont devenus les survivants après 1980 : carrières solo, reformations rapides et peu réussies (sauf le concert de 2007 à l'O2 Stadium pour célébrer la mémoire d'Ahmet Ertegun, patron d'Atlantic Records et ami du groupe, décédé en 2007), et on comprend bien, à la fin, qu'aucune autre reformation n'est désormais possible et envisageable : Page le veut clairement, et il n'arrive vraiment pas à vivre sa vie de musicien en dehors de la mémoire de son groupe (il ne parvient pas à faire son deuil, quoi), mais Plant ne veut plus en entendre parler, et Jones semble vraiment résigné à l'idée que ça soit fini, sans en être plus ému que ça. 

On sort de ce livre avec l'envie de réécouter les albums, bootlegs compris, mais, avec, aussi, un petit goût de cendres dans la bouche (pas autant qu'en lisant la biographie de Stephen Davis, vu que les témoignages proposés dans le livre d'Hoskyns sont, disons, certifiés ; quand Plant ou Page racontent telle ou telle chose, on n'a pas besoin de se demander s'ils n'enjolivent ou n'enveniment pas les faits, on ne peut que les croire). L'histoire de Led Zeppelin est en effet totalement émaillée de violence, de drogue, de sexe, de plans douteux (la mafia du disque circulait autour d'eux), de dérives diverses (groupies, dont certaines avaient dans les 13/14 ans, chambres d'hôtel saccagées, abus divers, etc). Clairement, ces mecs étaient parfois des barbares, et avaient un entourage de cinglés, qu'ils aient quasiment tous réussis à survivre à cet environnement (sauf Bonham qui est mort d'overdose alcoolique) est un exploit. Des groupes comme ça, on n'en fait plus. Les scandales des Libertines et de leur leader Pete Doherty ? C'est de la grosse rigolade à côté, moi, je vous le dis. Un fan du groupe se doit de lire ce livre remarquable.