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Allez, un nouveau Music Books ! D'abord, désolé pour la relativement piètre qualité de l'image ci-dessus, mais c'est la seule de potable que j'ai trouvé sur le Net, concernant l'édition française de ce livre. Voilà-voilà. 

Bon, sinon, je ne sais pas trop quoi dire, là. Pourquoi ? Parce que ce livre est génial, tout simplement. Nick Kent, qui vit en France depuis les années 80 il me semble (marié à une journaliste française, Laurence Romance, par ailleurs sa traductrice, ils ont un fils qui, sous le nom de Perturbator, fait de la musique électronique), est un rock-citic britannique, né dans les années 50 (en 1952), et qui a longuement travaillé pour le New Musical Express, ou NME, fameux journal rock britannique, aux côtés de notamment Charles Shaar Murray. Souvent fringué comme une star du glam-rock, filiforme, un peu précieux et déglingué en même temps, sorte de clone de Keith Richards (désormais, un bonnet informe type rasta ne quitte plus son crâne), il a cotoyé les plus grandes stars, était presque dans la sphère intime de Led Zeppelin (presque, parce que l'entourage de ce groupe était des plus restrictifs) et a probablement découvert Physical Graffiti avant tous ses autres collègues et avant la sortie de l'album, à annoncé à Mick Taylor (guitaristes des Stones entre 1969 et 1974) qu'il n'avait en fait aucun crédit d'auteur sur le nouvel album du groupe en 1974 alors qu'il avait pas mal collaboré à l'écriture des morceaux (la réponse de ce dernier a été un on verra ça ! morne et désenchanté, qui entraînera sa démission du groupe), a partagé, un petit temps, la vie d'une Chryssie Hynde pas encore chanteuse de rock, mais aspirante-rock-critic. Il a joué avec Eno, avec les Sex Pistols dont il a fait rapidement partie d'une toute première mouture. Il a vécu de plein fouet la vague punk, s'étant fait par ailleurs violemment agresser à plusieurs reprises, notamment par Sid Vicious (coups de chaîne de vélo dans la tronche) et Jah Wooble de Public Image Limited, pour rien, rien que pour leur plaisir de niquer la gueule à un journaleux. 

Kent a été camé, pendant de longues années (on parle d'héroïne, là, pas de simple pétard qui rend con), a failli y laisser sa vie plein de fois. Son autobiographie, Apathy For The Devil (publiée en France aux Editions Rivages, collection "Rouge"), je l'aborderau sans aucun doute un jour, est absolument titanesque, à la fois drôle et édifiante, remplie d'anecdotes tordantes (dans mon article sur le livre The Man Who Led Zeppelin de Chris Welch, j'ai rapidement évoqué cette rencontre entre Kent, Iggy Pop, tous deux défoncés, et Peter Grant, manager du Zep, bourré) ou révoltantes (la drogue, c'est maaaaal ; en lisant ce livre, impossible, et c'est heureux, d'avoi envie de se remplir les veines avec de la horse, on voit les résultats, Kent a vécu une partie des seventies dans un état déplorable, presque en clodo, en survie). 

Mais ce n'est pas de son autobiographie que je vais parler ici, mais d'un livre qu'il a publié en 1996, et qui sera republié 10 ans plus tard (c'est de cette réédition, qui retire quelques chapitres pour en proposer d'autres à la place, publiée chez Naïve, que je vais parler) : The Dark Stuff - L'Envers Du Rock

Ce livre est une anthologie, préfacée par Iggy Pop (que Kent a pas mal cotoyé dans des années de défonce), dans laquelle Kent aborde, en des chapitres parfois longs (celui sur les Beach Boys, qui ouvre le bal, fait quasiment 100 pages, en trois parties !), des stars du rock, de la musique en général en fait (on a un jazzman, un countryman, un rappeur, un funkeur...), qui sont connues pour leur tempérament, leurs dérives, leurs scandales. Ce livre est assez flippant parfois, tant il nous montre à quel point, parfois, certaines de nos idoles peuvent être tarées. Tout le monde a ses mauvais côtés, sa part d'ombre. Sly Stone était (il est encore en vie, ceci dit) un sacré malade, camé, colérique, doté d'un entourage assez douteux (mafia black), un posse pire que pour n'importe quel rappeur. Moment de malaise quand on apprend que le gamin posant dans les bras de ses parents (Sly et sa compagne de l'époque), en 1974, sur la pochette de l'album Small Talk, se fera dépiauter le visage, peu de temps après (c'était encore un bébé), par le chien de Sly. Sid Vicious, pauvre taré (très probablement) meurtrier de sa petite amie, mort d'overdose peu après, n'est évidemment pas épargné. Ne serait-ce que parce qu'il fut agressé par lui à la grande époque du punk, Kent a toujours été extrêmement méchant au sujet de Vicious, force est de constater que si le personnage n'a pas eu une vie facile (lisez l'excellente autobiographie de Johnny Rotten, que j'aborderai un jour ici, d'ailleurs, pour en savoir un peu plus, de l'intérieur), c'était un pauvre abruti au cerveau lent (jeu de mots volontaire), au talent musical inexistant. 

Eminem (un chapitre rajouté dans la réédition), dont l'aspect éminemment (jeu de mots volontaire là aussi) homophobe est bien mis en exergue... Johnny Cash et ses démons (came)... Les Rolling Stones, que ce soit Brian Jones et ses dérives ayant entraîné son licenciement du groupe (et sa mort par noyade accidentelle peu après), mais aussi le reste du groupe, notamment la plongée dans la came de Keith dans les années 70... Lou Reed... Les Beach Boys, aussi, et surtout, dont Kent (qui utilise, vers la fin de l'article, un autre article, écrit pour Les Inrocks par Michka Assayas au début des années 90 ; Kent n'oublie pas de préciser ses sources en fin de volume, c'est heureux, parce que les emprunts à l'article/interview d'Assayas - qui s'était par ailleurs inspiré d'un article de Kent, de 1975, sur le groupe, dont la boucle est bouclée - sont importants) nous livre une sorte de mini-biographie édifiante. Tout y passe : l'emprise du père, Murry Wilson, sur ses enfants et leur groupe (il les tyrannisait, suspicion de maltraitance, Brian Wilson en était traumatisé, bien des années après la mort de Murry) ; la came qui va progressivement rendre Brian Wilson totalement dingue ; les mauvaises relations du groupe (Dennis Wilson a un temps été "ami" avec Charles Manson, ce dernier a même placé une chanson sur un de leurs albums : Ceased To Exist, sur 20/20, retravaillée pour devenir Never Learn Not To Love) ; l'enregistrement calamiteux de Smile ; l'emprise du psychiatre Eugene Landy sur son patient Brian Wilson, qu'il va produire, pour lequel il va écrire un album entier (dont les crédits d'auteur ont depuis été effacés)... 

Rien que ce long chapitre inaugural sur les Biche Bois est génial. Mais le reste, et notamment un article/interview de Jerry Lee Lewis (à l'heure actuelle, il reste le dernier rockeur de l'Âge d'Or des 50's encore en vie, le Killer) à l'occasion du tournage du film sur sa vie, avec Dennis Quaid dans le rôle principal, est génial aussi (apparemment, Lewis est un sacré malade, du genre à s'énerver brutalement en deux secondes et à devenir limite menaçant ; on sent presque la sueur de panique couler sur le front de Kent en lisant ces pages !). Celui sur Miles Davis aussi. Celui sur Syd Barrett, diamant fou au talent gâché par la came, aussi, évidemment. Un autre talent gâché par la came était abordé dans la première édition, mais sera retiré : Roky Erickson des 13th Floor Elevators. N'ayant lu que la réédition 2006, je ne sais pas ce que valent les textes retirés. 

Je peux en revanche vous dire que les textes présents dans ce livre sont, tous, des plus longs aux plus courts (8/10 pages), passionnants. The Dark Stuff est un livre essentiel à tout amateur de rock, d'anecdotes savoureuses. Je ne peux que le conseiller, évidemment !