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C'est parti pour un petit peu de Lou Reed inédit (sur le blog) ! Et as avec n'importe quel album. Après tout, j'aurais pu décider d'aborder le premier opus, éponyme, de 1972 (qui, franchement, n'est pas super génial), mais c'est avec ce que je n'hésite pas à qualifier de chef d'oeuvre que je vais lancer ce mini-cycle (trois articles, trois albums, tous inédits ici). Mais avant de parler de cet album, petit flash-back...Lou Reed sort, en 1979, le superbe (et dans l'ensemble un peu sous-estimé) The Bells. Personne ne pourra alors se douter, et surtout pas Lou lui-même, que cet album serait son dernier hautement recommandable pour une période de 10 ans. Après The Bells (un disque sous forte influence jazz/expérimental sur lequel joue Don Cherry), Lou vaa en effet plonger. Il sort Growing Up In Public en 1980, désastreux. Il revient chez RCA (il était passé chez Arista en 1976) avec un correct The Blue Mask à la pochette paresseuse (Transformer en bleu), puis sort Legendary Hearts, franchement pas terrible, suivi d'un Live In Italy assez calamiteux (comme son état à l'époque, bonjour la bibine). New Sensations ne relève guère le niveau, Mistrial, en 1986, l'enfonce encore plus, déplorable. A ce moment précis, il n'y à guère plus trop de raisons de continuer à espérer en Lou Reed, mais voilà-t-y pas qu'en 1989 il sort, sur le label Sire (il a encore une fois changé de label), New York, disque conceptuel, album pour les oreilles (dixit les notes de pochette signées Lou lui-même), livre à écouter, 56 minutes sensationnelles (et non pas 58 comme indiqué dans les notes de pochette), rock et enivrantes, un de ses sommets, et son meilleur, donc, en 10 ans, année pour année. Lou, ensuite, bien revampé, sort Songs For Drella, fait avec John Cale, disque en hommage à leur ami/mentor Andy Warhol (surnommé Drella, contraction de Dracula et Cinderella), qui est super bon. Puis, en 1992, il sort cet album, Magic And Loss

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Disque conceptuel aussi (il suffit de regarder le tracklisting, chacun des 14 morceaux - pour 58 minutes - possède un titre et un sous-titre), Magic And Loss, qui sera un beau succès commercial et critique, aborde la mort et le deuil. Lou pleure, ici, la mort d'un de ses amis, Doc Pomus, auteur/compositeur (qui fit une sacrée paire de paroliers/compositeurs avec Mort Shuman, ils étaient aussi souvent associés que Leiber & Stoller, Berns & Ragovoy ou Lennon & McCartney). L'album est aussi crédité à une certaine Rita, sans doute un transsexuel de la Factory de Warhol. Il est, comme ce fut le cas de New York, coproduit par Lou Reed et Mike Rathke (guitares tous deux). Comme je l'ai dit plus haut, Magic And Loss est un chef d'oeuvre, je n'ai pas peur de le dire. C'est un album qui, malgré sa durée (ce n'est cependant pas le plus long de ses albums ; les deux suivants que j'aborderai sont bien plus longs), est juste parfait, un savant mélange entre rock et quelques petites expérimentations (et encore). Chose excellente et au final très rare, les paroles, présentes dans l'épais livret, sont proposées aussi, dans le même livret, traduit en diverses langues : allemand, italien, espagnol...et français ! Il n'y à donc aucune excuse, ici, pour dire des trucs du style ah mais je ne savais pas que cet album était conceptuel et parlait de la perte d'un être cher et du deuil, je ne pige pas l'anglais, moi. La traduction, signée François Gorin, est, de plus, de qualité, ce qui n'est pas toujours le cas.

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L'album s'ouvre sur une minute instrumentale assez rock, Dorita, et ensuite offre de pures merveilles, comme What's Good (qui sera utilisée dans le film Jusqu'Au Bout Du Monde, sorti en 1991, de Wim Wenders), dans lequel Lou nous explique que la vie est belle, même si elle n'est pas juste ; on citera aussi l'époustouflant morceau-titre qui achève le disque, le sensationnel Magician au parfun folk/jazz de toute beauté, le grandiose Power And Glory (qui bénéficie d'une reprise en fin d'album), le tragique et incroyable doublé Goodbye Mass/Cremation, Dreamin'... En forme absolue, le Lou nous offre ici un album très accessible (comme New York), recherché mais pas prise de tête, un excellent album de rock magnifiquement produit et écrit, une belle ode à un de ses amis disparus qui, on s'en doute, lui manquait cruellement. De même que, depuis 2013, il nous manque, à nous aussi, cruellement. Même si certains de ses albums suivants sont franchement pas mal, Magic And Loss est, pour moi son ultime monument, un des albums les plus recommandés et essentiels de la discographie louridienne (laquelle, entre Transformer, The Bells, New York, Coney Island Baby, Street Hassle, Rock'n'Roll Animal/Lou Reed Live et évidemment Berlin, en contient pas mal, des chefs d'oeuvres). Grandiose !

FACE A

Dorita - The Spirit

What's Good - The Thesis

Power And glory - The Situation

Magician - Internally

Sword Of Damocles - Externally

Goodbye Mass - In A Chapel Bodily Termination

Cremation - Ashes To Ashes

Dreamin' - Escape

FACE B

No Chance - Regret

Warrior King - Revenge

Harry's Circumcision - Reverie Gone Astray

Gassed And Stoked - Loss

Power And Glory Part II - Magic. Transformation

Magic And Loss - The Summation