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Stevie Wonder !!

Stevie !!! Wonder !!!

On ne va pas se mentir, ce mec (qui n'a pas sorti d'album depuis A Time To Love en 2004, lequel était son premier depuis Conversation Peace en 1995, bref, il prend désormais grave son temps) a une carrière de malade. Enfant prodige de la soul Tamla Motown (Little Stevie Wonder, comme on l'appelait ; il s'appelle Stevland Morris, je crois, de son vrai nom), il a vendu tellement de disques durant le début de sa carrière qu'une fois adulte (aux USA, c'est 21 ans, donc c'était en 1971 pour lui), il s'est retrouvé à la tête d'un vrai paquet de pognon qui, avant ça, avait été placé en banque par sa famille (bah oui : un enfant-star ne touche pas à de l'argent qu'il gagne). Devenu adulte, il en a profité pour vraiment faire la musique qu'il avait envie de faire. En 1972, il sort Music Of My Mind, considéré comme son premier vrai disque important (tout ceux qu'il a fait avant sont des albums qui furent en bonne partie conçus par la Motown pour servir de tremplins à divers singles à succès, Stevie n'en avait pas vraiment le contrôle ; même chose est arrivée à Marvin Gaye jusqu'à, grosso modo, 1971 et son What's Going On). La même année, Talking Book, immense succès, suivi par le chef d'oeuvre Innervisions en 1973 et le fantastique (mais moins connu) Fulfillingness' First Finale en 1974. Tous ont récolté un Grammy Award. De même que le double Songs In The Key Of Life de 1976, son meilleur album (avec Innervisions). Une telle succession d'albums aussi magnifiques (à partir de Talking Book), ça laisse pantois. On se dit que ce n'est pas possible de tout réussir comme ça.

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Et l'album qui suivra le double de 1976 va, quelque part, le prouver. Stevie va mettre trois ans avant de le sortir (mais l'album a été fait en deux mois au cours de la même année, celle de sa sortie), en octobre 1979. Double lui aussi, et comme pour le précédent, toujours double en CD (il dure dans les 88 minutes, offre 20 titres), et même commercialisé en gros boîtier fatbox, ce nouvel album est assez particulier : c'est une bande originale. Pas d'un film, mais d'un documentaire, adapté d'un livre, The Secret Life Of Plants. L'album s'appelle Journey Through The Secret Life Of Plants. Un des premiers albums enregistrés en digital, c'est un disque en bonne partie instrumental (sur les 20 titres, 8 le sont) et très varié, qui entremêle soul, funk, pop et musique new-age. C'est évidemment un album conceptuel, tout en étant la bande-son d'un film (étant aveugle de naissance, comme chacun le sait, je me demande comment Wonder s'y est pris pour composer la musique de cet album, vu qu'il n'a pas pu se baser sur les images du documentaire et composer selon son inspiration ; lui a-t-on décrit les images, l'a-t-on laissé imaginer sa propre version du film ?). A sa sortie, l'album ne récoltera pas de Grammy, mais se vendra très bien, l'attente était difficile depuis Songs In The Key Of Life. Les avis de la presse sont dans l'ensemble assez mitigés, certains trouveront le résultat douloureusement magnifique, et ambitieux (effectivement), mais beaucoup estimeront que l'album est, justement, trop ambitieux, qu'il se perd, qu'il est trop bizarre, qu'il part dans tous les sens, que ça ne fonctionne pas trop...et que ce n'est pas aussi réussi que le précédent opus. 

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Sincèrement ? C'est vrai, Stevie Wonder's Journey Throuh The Secret Life Of Plants (le titre complet, officiel) n'est pas aussi grandiose que le précédent opus. Mais, surtout, il n'y à pas vraiment de comparaison à faire, ce n'est vraiment pas le même genre d'album. Ambitieux, en effet, l'album nous propose un voyage auditif dans le monde de la nature, des plantes et fleurs, avec moult claviers, qui apportent des ambiances parfois étranges à l'album. Voyage To India nous embarque en Inde (comme de bien entendu). On a évidemment des morceaux pop, comme Send One Your Love, Outside My Window, Black Orchid, tous sortis en singles. On a aussi Race Babbling, presque 9 minutes ahurissantes qui préfigurent le r'n'b moderne et le hip/hop, un morceau trépidant qui, au premier abord, semble totalement incongru au milieu de ce album globalement contemplatif (il achève le premier disque), mais en est, au final, sans doute un des piliers. Mal-aimé de la presse (je me souviens, vers 2003 ou 2004, dans Rock'n'Folk, ils avaient fait une liste d'une vingtaine ou trentaine d'albums qui, à leur sortie, avaient été laminés par la presse et considérés, souvent justement, comme des merdes ; parmi les albums figuraient les deux Preservation des Kinks, le Invicible de Michael Jackson, le Self Portrait de Dylan, le Be Here Now d'Oasis...et cet album de Wonder, sauf erreur de ma part), mal-aimé des fans, ce oduble album sans doute trop ambitieux mérite pleinement qu'on s'y intéresse, il faut l'écouter plusieurs fois, prendre son temps, pour bien l'apprécier. Certes, ce n'est pas Songs In The Key Of Life, mais bon, Wonder ne refera plus jamais un disque pareil, tout le monde aurait dû le savoir dès sa sortie en 1976. C'est sans doute la dernière grande tentative d'originalité et d'audace de Wonder, qui dès l'année suivante sortira le très cartonneur Hotter Than July. Les albums suivants, peu nombreux (à partir des années 80, ils auront tendance à s'espacer), seront du même acabit, en parfois moins cartonneurs, de la bonne pop/r'n'b, mais rien d'aussi original, ambitieux et majestueux que de voyage dans la vie secrète des plantes qu'il nous a offert en 1979 et qui, dans l'ensemble, reste probablement son album le moins connu (parmi ceux faits à partir de sa majorité). 

Vous savez donc ce qu'il vous reste à faire...

Mais si, vous savez.

FACE A

Earth's Creation

The First Garden

Voyage To India

Same Old Story

Venus' Flytrap And The Bug

Ai No, Sono

FACE B

Seasons

Power Flower

Send One Your Love (Music)

Race Babbling

FACE C

Send One Your Love

Outside My Window

Black Orchid

Ecclesiastes

Kesse Ye Lolo De Ye

Come Back As A Flower

FACE D

A Seed's A Star/Tree Medley

The Secret Life Of Plants

Tree

Finale