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100 ? Cent quoi ?

100 albums qui comptent énormément pour moi, tout simplement, les 100 albums de chevet, ceux de l'île déserte (à supposer que cette île soit convenablement équipée d'une installation électrique de compète, avec chaîne hi-fi et platine vinyle, sans risques de pannes ou de courts-circuits à cause du sable et de l'eau de mer, évidemment), ceux de toute une vie...

Cette liste les propose, par ordre non pas de préférence (je n'ai même pas essayé de les classer ainsi, c'est impossible me concernant), mais chronologique, avec une (très) rapide présentation à chaque fois, et nom du groupe ou de l'artiste entre parenthèses, (comme ça). Il y en à 100, mais j'ai bien conscience d'en avoir oublié, et ça me nique déjà ma journée, vous pouvez me croire. Mais ceux-là, ces 100 albums, je traverserais toutes les mers du globe à la nage et en après-skis pour eux, et même avec une boule de bowling dans un sac à dos en prime. Allez, en voici non pas 100, mais 101, considérez en effet le dernier de la liste comme un bonus un peu hors-compète ; on commence : 

46004847_pSketches Of Spain (Miles Davis), 1960 : Hé non, le premier de la liste n'est pas Kind Of Blue (sorti un an avant celui-là). Non pas que je ne l'aime pas, non, je l'adore. Mais Sketches Of  Spain, qui fut mon deuxième ou troisième Miles, m'a emballé direct, encore plus que Kind Of Blue. Un album sur l'Espagne, sur lequel Miles reprend des airs traditionnels (dont le Concierto De Aranjuez, long de 16 minutes ici) du pays, c'est sublime, sublimement orchestré par Gil Evans, un régal absolu qui, malgré le nombre répété d'écoutes, ne me lasse toujours pas, et ça fait plus de 20 ans que je le connais, cet album. 

126373301A Christmas Gift For You (Phil Spector & Various), 1963 : Je n'aime pas les albums de chansons de Noël, mais alors, vraiment pas... Celui-ci est l'exception qui confirme cette dure règle. Parce que là, franchement, c'est imparable. Phil j'suis en prison et j'y mourrai Spector fait ici briller ses poulains, Darlene Love (future Mme Roger Murtaugh dans la saga L'Arme Fatale), les Crystals, Bob B. Soxx & The Blue Jeans (les moins bons et connus) et évidemment les Ronettes de sa femme Ronnie, tous ont été réquisitionnés en plein été 1963 pour enregistrer ce disque majeur qui sortira...le 22 novembre 1963, le jour de l'assassinat de JFK, par une sinistre et évidemment involontaire coïncidence. Retiré du marché pour cause de deuil, il ressortira en 1972 sur Apple Records, sous un autre titre et une autre pochette. L'album préféré de Brian Wilson et Johnny Thunders. Entre autres. Parfait !!

48878057_pOtis Blue (Otis Redding), 1965 : Dans la catégorie 'soul', cet album est un pilier, un monstre sacré, 11 titres dont 12 sont des classiques (oui, je sais, c'est débile d'écrire ça, surtout qu'il y à bien 11 titres et pas 12, mais vous savez quoi ? Oui, vous le savez !), un album légendaire, le sommet d'Otis Redding, qui pourtant en a fait, des belles choses. Ici, entre les reprises de A Change Is Gonna Come ou du (I Can't Get No) Satisfaction des Stones, ou bien la version originale de Respect qu'il offrira à Aretha par la suite, ou bien Old Man Trouble, I've Been Lovng You Too Long...tout est parfait, tout, des 33 courtes minutes de ce disque sorti, c'est peut-être le seul reproche à faire, sous une pochette générique type compilation pop années 60 qui a bien vieilli, elle. 

56535452_pBlonde On Blonde (Bob Dylan), 1966 : Premier double album de l'histoire (ou c'est le Freak Out ! de Zappa, même année), c'est un pur chef d'oeuvre, 73 minutes à tomber par terre qui achèvent la Thin wild mercury sound trilogy de Bob Dylan. Ce fut mon second Dylan après Self Portrait (rassurez-vous, il n'est pas dans la liste, lui), et plus de 20 ans après la première écoute, à chaque fois que je passe Blonde On Blonde, c'est toujours aussi fantastique. Pour celui-ci, je fais court, mais des fois, on a du mal à parler de certains albums qui prennent vraiment aux tripes...

82579958_pMagical Mystery Tour (The Beatles), 1967 :  Les connaisseurs, en voyant la pochette, s'exclameront : c'est celle de l'EP, pas de l'album. Et en effet. C'est de l'EP, un double EP de deux fois 3 titres, que je veux parler, autrement dit la version originale britannique, vu qu'aux USA, c'est un album long-format avec, sur la face A, le double EP et sur la face B, des singles indépendants, qui fut publié à la place (en 1976, l'album sortira en Angleterre et a été choisi par la suite pour le CD). La fin de la période psychédélique pour les Beatles. J'ai préféré mettre cet EP magique plutôt que Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band ou Revolver, j'ai du faire un choix draconien dans cette bordel de liste, et je sais déjà que je vais en oublier, des disques, malgré mes efforts... Mais bon, Magical Mystery Tour, surtout dans cette version EP, j'adore. C'est un objet superbe, pochette ouvrante avec livret interne offrant des photos, les paroles, et un comic-book résumant l'histoire, car c'est la bande originale d'un TVfilm d'une heure tourné par les Beatles eux-mêmes - le scénario final diffère pas mal du comic-book, en fait - qui fut, il faut le dire, leur seul échec commercial (le film, pas l'album). Et musicalement, rien à dire. 

42503967_pA Saucerful Of Secrets (Pink Floyd), 1968 : Deuxième album des grands Pink Floyd. Syd Barrett est encore là, plus pour longtemps (Jugband Blues sonne à peu près aussi déphasé que son cerveau, mais c'est aussi un morceau sublime), David Gilmour est déjà là. Seulement 7 morceaux, c'est l'album studio le plus court du groupe avec seulement 39 minutes, la production est, il faut le dire aussi, sans doute la moins bonne de leur discographie (mais rien de grave, et ça participe à l'atmosphère assez étrange, lugubre, prête à éclater mais se contenant toujours, de l'album). A Saucerful Of Secrets, Set The Controls For The Heart Of The Sun, Remember A Day, rien que ces morceaux font de cet album un disque essentiel pour tout fan de space-rock. 

42260364_pThe Beatles (The Beatles), 1968 : Je ne vais pas revenir sur les conditions rocambolesques d'enregistrement, chacun dans son coin, Ringo qui quitte temporairement le groupe (il fallait vraiment que ça en aille loin pour qu'il s'énerve et se barre, lui qui est la gentillesse incarnée, toujours bonne pâte). A l'arrivée, 30 morceaux, 94 minutes, une auberge espagnole, un fourre-tout génial, même les morceaux les moins bons (et il y en à ici qui sont presque embarrassants, comme Ob-La-Di, Ob-La-Da ou Honey Pie) ne sont jamais zappés, et toute tentative personnelle d'essayer de faire un simple album est vouée à l'échec. On ne touche pas au Double Blanc. Imparfait mais parfait en même temps, c'est un paradoxe en deux disques sous une pochette virginale et osée (oui, il fallait oser, une pochette aussi vide). Imaginez : j'ai découvert ce disque et le Electric Ladyland d'Hendrix le même jour, il y à bien 20 ou 25 ans...

66413450_pJ'Arrive (Jacques Brel), 1968 : Premier disque français (oui, je sais, le chanteur est belge...francophone, quoi !) dans la liste, il y en aura logiquement quelques autres. Le nombre d'écoutes, jamais empruntes de lassitude, me force à dire que ce disque sans vrai titre (J'Arrive est la première chanson, on l'appelle ainsi pour faire simple), dernier album en 9 ans d'un Brel qui se consacrera au cinéma et aux voyages) est mon préféré de lui. Un disque peu joyeux, il faut le dire. On y trouve certes Vesoul, mais sinon, entre L'Ostendaise, L'Eclusier, Je Suis Un Soir D'Eté (une chanson a-t-elle mieux réussi à parler des moiteurs des soirées estivales que celle-ci ?) et Regardes Bien, Petit, on a du lourd dans la catégorie allume-gaz/couteau-sur-le-poignet. Magnifiquement arrangé, cet album trop cout, 36 minutes, est parfait, même le léger La Bière final, même Un Enfant aux arrangements un peu trop poussés, sont beaux. 

42292506_pThe Notorious Byrd Brothers (The Byrds), 1968 : C'est un des disques les plus courts de la liste : 28 minutes. Les albums des Byrds, souvent, faisaient cette durée un peu beaucoup rikiki, et il est clair que même si l'album est génial tel quel, on aurait aimé un peu plus (ça tombe bien, le CD propose de très sympathiques bonus-tracks). Album enregistré alors que David Crosby se barre, ou se fait virer par le leader Roger McGuinn, parce qu'il passe un peu trop de temps chez ses potes d'autres groupes (Jefferson Airplane, Grateful Dead...) et parce qu'il ose proposer une chanson, Triad, sur le ménage à trois, qui sera refusée (il s'en fout, il la chantera au sein de Crosby, Stills & Nash qu'il co-fonde une fois parti des Byrds). On l'entend vaguement aux choeurs parfois, une ou deux de ses chansons sont sur le disque quand même (Tribal Gathering). L'album est un régal de folk un peu psychédélique, un peu avant-gardiste, un peu country aussi, parfois. Draft Morning, Goin' Back, Wasn't Born To Follow, Dolphin's Smile... à pleurer de joie tellement c'est beau. La pochette fera s'énerver Crosby, qui soutiendra mordibus que le cheval sur la pochette le représenterait. McGuinn dira que si ça avait été le cas, ils auraient photographié le canasson de dos ; ambiance... Sinon, c'est bel et bien le sommet des Oyseaux. 

74938796_pElectric Ladyland (The Jimi Hendrix Experience), 1968 : Comme je l'ai dit plus haut en parlant du Double Blanc, j'ai découvert cet album du Jimi Hendrix Experience, dernier album studio du guitariste, en même temps que l'album des Beatles sorti la même année. Ce cru de Hendrix aussi est double (76 minutes), il est parfait dans son genre, on ne s'en lasse pas, on est admiratif du début à la fin (Voodoo Chile, All Along The Watchtower repris à Dylan, House Burning Down...). La pochette originale britannique représente une vingtaine de femmes nues regroupées façon 'bain turc', elle sera censurée et remplacée par une photo orangée, très belle il est vrai, d'Hendrix. Le contenu musical ne change évidemment pas, quelle que soit l'édition de l'album. Electric Ladyland est un disque qui force littéralement le respect. Comment un morceau de 15 minutes, Voodoo Chile, peut ne sembler en durer que 5, faudrait me l'expliquer...

69758367_pIn The Court Of The Crimson King (King Crimson), 1969 : Découvert relativement tardivement (en 2005 si je ne m'abuse !), mais la première fois que je l'ai écouté, je l'ai écouté deux fois : l'album m'a tellement troué le derche qu'une fois le disque (qui dure 43 minutes) achevé, hop, je l'ai directement remis au premier morceau. Ca m'arrive très rarement (ça me l'a fait aussi, récemment, avec le Zazu de Rosie Vela, album de 1986 que je voulais mettre dans la liste, mais je n'ai pas pu me résoudre à retirer un album pour le mettre à la place...c'est trop dur, les amis, c'est trop dur !). Il faut dire qu'il n'y à pas que la pochette qui marque les esprits : ce premier opus de King Crimson est une date dans le rock progressif, le rock tout court. Production ahurissante, inventivité...et il fallait oser, en 1969, chanter Innocents raped with napalm fire (dans 21st Century Schizoid Man), non ? Et puis Epitaph est une des chansons les plus enivrantes qui soient, ce mellotron (un instrument qui, mal utilisé, est un cauchemar) est divin...

42425517_pMusic From The Film More (Pink Floyd), 1969 : Composée selon la légende en une dizaine d'heures, en regardant les rushes du film, cette bande originale, celle du More de Barbet Schroeder (un film marquant sur la came, gros succès à l'époque), est une des oeuvres les plus atypiques de Pink Floyd. A moitié instrumentale, elle offre des atmosphères assez lugubres et hypnotiques, mais aussi deux morceaux terriblement rock, presque grunge (The Nile Song, Ibiza Bar). Un album qui au premier abord peut sembler facile (après tout, c'est une bande originale de film), mais cet assemblage de morceaux souvent courts, il y en à 13 pour 45 minutes, est un de mes albums favoris d'un de mes groupes favoris. Difficile pour moi d'en parler aussi peu sur cet article, j'aurais bien envie d'en foutre plein de paragraphes, mais il faut que je me retienne...

75127644_pUmmagumma (Pink Floyd), 1969 : Double album en partie live et en partie studio. La partie live possède une qualité audio un peu moyenne (il y à franchement pire, mais on a quand même entendu meilleur pour l'époque) mais est, sinon, grandiose, seulement 4 morceaux, mais il faut voir lesquels ! La partie studio, que le groupe estimera être un désastre par la suite, est une série de pièces solo de chaque membre (Waters triche en en ayant deux, pour les autres, ce sont des pièces solo en plusieurs parties), essentiellement instrumentales, et assez expérimentales (étude de batterie de Mason, solo d'orgue et de piano pour Wright...). Il faut parfois s'accrocher, et ce n'est vraiment pas le disque le plus accessible et commercial du Floyd, mais pendant un moment, sincèrement, je n'écoutais quasiment que ça, du groupe, tellement Ummagumma m'avait scotché !

75805302_pAbbey Road (The Beatles), 1969 : Soyons sérieux : évidemment, que vous saviez que cet album figurerait dans la liste, non ? Cet album est tellement important pour moi que j'ai une reproduction grand format de la pochette dans un cadre, dans ma chambre, au-dessus du lit. Plus sérieusement (mais j'étais sérieux, ceci dit, j'ai vraiment une reproduction de la pochette dans ma chambre), Abbey Road, dernier album enregistré (mais pas le dernier sorti) des Beatles, est un chant du cygne absolu. En phase de destruction, le groupe a réussi à tenir bon le temps des séances (qui furent parfois houleuses) afin de nous offrir ça : 47 minutes de beauté intersidérale, du Come Together introductif au medley qui occupe quasiment toute la face B et se termine sur une apothéose telle qu'à chaque écoute, j'en ai des frissons et les larmes aux yeux, cet enchaînement Golden Slumbers/Carry That Weight/The End est juste inoubliable. Once was a way to get back homewards/Once was a way to ge back home/Sleep, little darling, do not cry/And I will sing you a lullabye...

77499040_pBitches Brew (Miles Davis), 1970 : Un de mes premiers Miles Davis, découvert carrément via le coffret longbox regroupant l'ensemble des morceaux enregistrés durant les sessions (4 CDs), je ne vous raconte pas la partouze auditive que ce fut pour mes oreilles (l'album original est sur le premier  CD et le début du second). C'est immense, clairement, et pendant longtemps, ce fut mon préféré de Miles, ça a désormais changé pour un album situé plus bas dans cette liste. Seulement 6 morceaux sur ce double album, mais rien à jeter. Un disque d'ambiances formidable, une sorte de transe vous chope pendant l'écoute et ne vous lâche plus, au point que si vous écoutez l'album en vinyle, vous aurez du mal à vous lever pour changer de face, tellement vous serez dans le truc ! Et que dire de cette pochette... 

120675377Starsailor (Tim Buckley), 1970 : A voir la pochette (le sourire me laisse penser qu'il devait être bien défoncé, et d'ailleurs, il est mort d'overdose en 1975), on ne le croirait pas, mais cet album est un des plus abrasifs, des plus cinglés que je connaisse. Tim Buckley, père de Jeff, est alors en pleine phase avant-gardiste (ce disque est sorti sur un label géré par Zappa), aussi bien pour la musique que pour le chant. Ici, il pousse des cris, des halètements, il yodèle même, et musicalement, c'est souvent assez lugubre et bizarre, au point parfois d'en être terrifiant (The Healing Festival, le morceau-titre, Jungle Fire). Mais on trouve ici, malgré tout, une splendeur folk à l'ancienne, Song To The Siren, et le très rock Monterey, interprété avec folie. Seulement 35 minutes pour Starsailor, mais c'est pile poil ce qu'il faut pour ne pas devenir cinglé en l'écoutant. On notera que si le disque est globalement facile à trouver en vinyle réédité (en revanche, un pressage d'époque, bonne chance !), il n'a pour ainsi dire jamais été édité en CD : des histoires de copyrights, de label, font qu'il n'a pas été réédité sous ce format depuis belle lurette, et les rares éditions CD de l'album, sorties aux USA, sont aujourd'hui rarissimes, et chères. 

42563546_pLayla And Other Assorted Love Songs (Derek & The Dominoes), 1970 : Double album légendaire qu'un Clapton dans un état moyen (accro à l'héroïne, douché par le semi-succès de Blind Faith, son super-groupe de 1969, et déprimé parce qu'il aime la femme de son pote George Harrison, et que piquer la femme d'un pote, ça ne se fait pas ; ce qu'il finira par faire, ceci dit), qui regroupe ici des musiciens de Delaney And Bonnie & Friends (Whitlock, Gordon, Radle) et le guitariste du Allman Brothers Band, Duane Allman, pour enregistrer, en Floride, un disque intense de rock bluesy et roots. Qui, à sa sortie, malgré son niveau exceptionnel (Clapton en parlera comme du sommet de sa carrière), ne sera pas un triomphe commercial, en raison d'une pochette étrange sur laquelle n'apparaît nulle part, au recto, le nom de Clapton. Cet unique album studio de Derek & The Dominoes est un régal total, entre Layla, Bell Bottom Blues, Tell The Truth, Have You Ever Loved A Woman, Key To The Highway...Quiconque aime le rock et le blues se doit à tout prix d'écouter ça ! Après cet album, la même année, il se lance vraiment en solo, mais pendant trois ans, ensuite, rongé par la drogue, il ne fera pas grand chose...

83859248_pAll Things Must Pass (George Harrison), 1970 : Troisième album solo de Georgge Harrison et son premier sorti après la séparation. Et aussi son premier de chansons, les deux premiers sortis étant assez expérimentaux. Et aussi un triple album vendu à l'époque dans un coffret proposant aussi un poster. Le contenu des trois disques (ce format triple album mettra apparemment Lennon en colère, l'air de dire mais il se prend pour qui ?) : le dernier est constitué de jams instrumentales bien savoureuses et électriques, avec une bonne partie des musiciens sur l'album, dont Clapton évidemment. Les deux autres, ce sont des chansons, toutes admirables, de la folk-rock de qualité, du rock de qualité (My Sweet Lord, Wah-Wah, Isn't It A Pity, If Not For You offerte par Dylan qui la chantera aussi, le morceau-titre, Beware Of Darkness...). Seul reproche, à la rigueur, et ce fut fait dès la sortie de l'album : la production, signée Phil Spector, est pour le moins chargée sur les morceaux les plus rock, qui en deviennent tonitruants. Harrison avait, vers la fin de sa vie, l'intention de rééditer le disque en version déspectorisée, il n'en aura pas le temps. Cette production over the top participe au charme de cet album majestueux, ceci dit. Immense album !

68680291_pWoodstock : Music From The Original Soundtrack And More (Various), 1970 : Trois vinyles (ou deux CDs) qui offrent le meilleur des 3 jours de musique, de paix et d'amour de 1969, Woodstock. Bande originale du film documentaire musical sorti en 1970, il regorge de grands moments (Santana, Hendrix, Sly & The Family Stone, Crosby, Stills, Nash & Young, Joe Cocker, Richie Havens, Jefferson Airplane, pas trop fan de Ten Years After ici en revanche, je trouve que ce I'm Going Home est un peu putassier, mais quelle guitare...)et sera suivi l'année suivante du double (toujours en CD) Woodstock Two, que j'ai vraiment failli mettre ici, juste à la suite. En fait, on va considérer ces deux albums comme un seul album sorti en deux temps, et donc, faites comme si j'avais aussi abordé le second opus, qui regorge lui aussi de merveilles (Mountain, Hendrix, CSN & Y, Joan Baez...) !

75805395_pAt Fillmore East (The Allman Brothers Band), 1971 : Malgré le temps qui passe, malgré Made In Japan, malgré plein d'autres albums aussi surpuissants que Live After Death, Get Yer Ya-Ya's Out !, Live And Dangerous ou Live/Dead, malgré plein de choses, At Fillmore East des Allman Brothers restera à vie LE plus grand album live de tous les temps, tous genres confondus, tous groupes/artistes confondus. Et que dire du coffret 6 CD sorti en 2014, proposant l'ensemble des concerts du Fillmore East ayant donné ce double live... Une pure perfection dont on ne se lasse pas. Tout simplement. Et rien que pour cet inoubliable In Memory Of Elizabeth Reed, sur lequel Duane Allman, qui mourra quelques mois plus tard dans un accident de moto, brille de mille feux...

42157755Led Zeppelin "IV" (Led Zeppelin), 1971 : Même si mon préféré de Led Zeppelin est clairement celui de 1975, cet opus sans titre sorti en 1971 (le titre, c'est quatre symboles représentant chaque membre du groupe) est sans doute leur sommet. Et pas seulement parce qu'il propose Stairway To Heaven, When The Levee Breaks, The Battle Of Evermore et Black Dog. Tout, ici, est parfait, des 8 titres (dont 5 présents sur des best-ofs !) à la production, en passant par cette énigmatique et iconique pochette (l'intérieur de pochette ouvrante représente un ermite en haut d'une montagne ; placez la pochette face à un miroir, en sens 'portrait', et dites-moi si vous voyez la tête de lion, ce qui logiquement devrait vous sauter aux yeux !). Ce quatrième opus est un des albums les plus parfaits de l'histoire du rock, rien à retirer, rien à rajouter, 42 minutes totalement parfaites. Ma porte d'entrée dans la discographie du groupe, je n'ai jamais quitté la maison depuis...

120721018Tago Mago (Can), 1971 : Le genre de disque qui ravage son auditeur. Comment décrire ça ? 73 minutes (oui, c'est un double, il y en à beaucoup dans la liste, pas vrai ?), et 7 titres seulement (deux occupent à eux seuls une face entière), essentiellement instrumentaux, de pur krautrock. Le krautrock, c'est du rock progressif et expérimental made in Germany (les Allemands n'apprécient d'ailleurs pas trop qu'on appelle ça krautrock, soit 'rock boche', on les comprend, mais c'est trop tard), et parmi les meilleurs groupes de ce genre (Neu !, Kraftwerk, Cluster, Amon Düül II, Tangerine Dream, Popol Vuh Ash Ra Tempel...), Can est clairement dans le haut du panier, avec son chanteur japonais aux allures de kamikaze, Damo Suzuki, son batteur frénétique (Jaki Liebezeit), son bassiste fulgurant (Holger Czukay)... Tago Mago est un disque parfait dans son genre, c'est à dire vraiment barge, assez difficile à encaisser si on n'a pas les oreilles aventureuses (Aumgn et ses 17 minutes avec un fameux passage polyrythmique accompagné d'aboiements de chiens, Peking O qui sent bon la psychiatrie...). A l'image de la pochette, vous allez en régurgiter votre cerveau. Mais si on aime le rock expérimental, c'est un essentiel dans le genre. M'en lasserai jamais !

65774890_pHistoire De Melody Nelson (Serge Gainsbourg), 1971 : Album conceptuel racontant une histoire bien gainsbourgienne à la Lolita, ce disque trop court (28 minutes...), qui sera un bide à sa sortie, est une oeuvre d'art, aucun autre mot ne convient vraiment. Un chef d'oeuvre à écouter avec passion, dans le calme (n'écoutez pas ce disque en voiture : les bruits ambiants vont vous faire passer à côté du spoken-word de Gainsbourg, qui parle plus qu'il ne chante, et des magnifiques arrangements de Jean-Claude Vannier). Une cathédrale musicale, un chef d'oeuvre, un monument... Cargo Culte, notamment, et cette Valse De Melody, foutent des frissons. 

120777262L.A. Woman (The Doors), 1971 : Le dernier album des Doors avec Jim Morrison. Et pas leur dernier tout cout, car même si certains auraient tendance à l'oublier, le groupe, sans Morrison, a continué pendant un an, le temps de deux albums (Other Voices que j'ai failli mettre dans la liste et qui est génial - Ships W/ Sails, Hang On To Your Life... -, et Full Circle, un peu inégal celui-là) avant de se rendre à l'évidence : le grand public ne suit pas. L.A. Woman est un trésor de blues-rock, un monument sur lequel Morrison est en forme, sa voix est terrible sur The Changeling, Been Down So Long, Cars Hiss By My Window, Hyacinth House...et que dire du morceau-titre, et évidemment de Riders On The Storm, dernier morceau qu'il a enregistré avec le groupe ? Les Doors, enrichis ici de deux musiciens supplémentaires (Jerry Scheff, Marc Benno), et s'étant débarrassés de leur producteur Rothchild qui n'appréciait pas les démos et commençait à se lasser, livre une oeuvre de folie. Un truc que j'ai toujours apprécié avec l'album, aussi, c'est sa durée : 48 minutes, bien généreux, parfait, surtout comparé aux précédents albums du groupe, quasiment tous allant de 33 à 37 minutes... 

65724166_pWhat's Going On (Marvin Gaye), 1971 : Peut-être le premier disque de soul social, si on y réfléchit bien : au lieu de faire des petites chansons sympathiques et faciles sur des thèmes tels que ma chérie et moi, j'aime ma chérie, ma chérie m'aime ou bien encore la vie est belle vu que ma chérie et moi nous nous aimons, Marvin Gaye, ici, parle de la société qui part en couilles, de l'écologie, de la drogue (et de ses problèmes de drogue), de l'enfance maltraitée, de la guerre, de religion, des ghettos. Avec des arrangements luxuriants, ce qui ne gâche vraiment rien. Peu compris par sa maison de disques (Tamla Motown) à l'époque, qui ne voulait pas trop qu'il sorte un album aussi sérieux, Gaye entre dans la légende, et j'imagine que finalement, Motown a dû être rassuré, vu le succès et le niveau de l'album. Un joyau intersidérant, entre le morceau-titre, Inner City Blues (Makes Me Wanna Holler), Right On, Mercy Mercy Me (The Ecology), on a que du bon, ici, que du grandiose, en 35 courtes minutes. Parfait. Et quelle pochette...

124947228Catch Bull At Four (Cat Stevens), 1972 : Une voix apaisante, un style inimitable, des chansons à tomber par terre pour ne plus s'en relever... Cat Stevens, alias Yusuf depuis la fin des années 70 suite à sa conversion à l'Islam (qui entraînera pendant des années un retrait total de la musique), est grand. Si beaucoup de ses albums me plaisent (j'avoue une grosse tendresse pour Buddha And The Chocolate Box, mais Foreigner, Teaser And The Firecat, notamment, sont sublimes), Catch Bull At Four, son sixième album studio, est de loin mon préféré. Contrairement aux trois précédents, il n'offre pour ainsi dire aucun hit. Mais un grand nombre de splendeurs, comme O Caritas, Ruins, Sitting... Un album intérieur, il faut l'écouter plusieurs fois, mais c'est probablement son meilleur, en tout cas, vraiment, mon chouchou de lui, je ne m'en lasse pas. 

66480322_pExile On Main St. (The Rolling Stones), 1972 : Serait-ce le plus grand disque de rock de tous les temps ? Franchement, entre celui-là, Abbey Road et Physical Graffiti, mon coeur balance. Enregistré sur la Côte d'Azur dans la cave d'une villa louée par un Keith défoncé du soir au matin (ceci dit, l'album a aussi été fait en studio classique, mais l'essentiel vient bien de la cave, et les conditions de vie et d'enregistrement furent tellement rocambolesques qu'on en a fait au moins un livre), c'est un double album assez court (67 minutes !) mais tout y est parfait. Le coup de génie ? Chaque face équivaut à un style musical particulier : rock, country, soul/gospel et boogie. De trop nombreux morceaux de choix pour qu'on les cite, je vais juste en citer trois qui sont exceptionnels : Rocks Off, Let It Loose et Casino Boogie. Et Tumbling Dice, aussi. Et Happy. Et Shine A Light. Ah, merde, je ne voulais en citer que trois...

119460371Whiskey Woman (Jukin' Bone), 1972 : Premier album d'un groupe américain méconnu, oublié, que l'on peut qualifier de croisement sauvage entre les Stones et Led Zeppelin. Enregistré live en studio (le son bute, littéralement), Whiskey Woman est un monstre de hard-rock, un album qui ne sortira qu'aux USA, et ne sera jamais réédité en vinyle, j'ai personnellement dépensé une centaine d'euros pour un vinyle forcément d'époque, en état parfait, de cette merveille (qui a été éditée en CD par un petit label, Flawed Gems). Morceau de choix : Candy Man. Mais tout est à tomber par terre ici, c'est du lourd, qui bute, qui tache, qui ferait bander une religieuse. 

120895399L'Enfant Assassin Des Mouches (Jean-Claude Vannier), 1972 : Sous un titre vraiment étrange et une pochette qui ne l'est pas moins (un homme, Vannier lui-même sans doute, nu sur une plage), se cache un disque totalement instrumental. Jean-Claude Vannier, arrangeur de génie, est celui qui a fait les orfèvreries musicales de l'Histoire De Melody Nelson de Gainsbourg (son Vu De L'Extérieur aussi, ainsi que le Polnarêve de Polnareff, le Récréation de Nougaro, notamment). Ici, il a imaginé une histoire sans paroles, une série de morceaux richement orchestrés (ça ressemble pas mal à ...Melody Nelson par moments, c'est normal, vu le bonhomme), parfois rock, parfois expérimentaux, accompagnés d'une histoire de Gainsbourg. Ce dernier a écouté les bandes et a imaginé une histoire assez spéciale et sinistre, indiquée dans l'intérieur de pochette, nommant par la même occasion les morceaux, qui étaient encore sans titre. Il a imaginé son petit conte sordide en écoutant les bandes, selon son inspiration. Le résultat est absolument ahurissant. Un disque culte, qui ne se vendra pas bien mais est devenu très très recherché (il a été réédité) et inspirant. 

120419982666 (Aphrodite's Child), 1972 : Chaque écoute de ce double album me laisse pantois d'admiration. Peu d'albums me font cet effet, en fin de compte. 666, derner opus d'un groupe alors en totale implosion (ils l'ont enregistré un peu comme les Beatles ont fait leur Double Blanc en 1968, chacun dans son coin) est un album conceptuel sur le dernier livre de la Bible, un album en partie instrumental, totalement dingue, éclectique, iconoclaste, qui entremêle rock, jazz, folklorique grec, ambiant, world, pop, délires...La première fois qu'on écoute ça, on est sur le choc, interloqué, on a parfois envie de rire, difficile de pleinement aimer le truc... A force, si on est aventureux, ça finit par rentrer et l'album devient indispensable, au même titre que l'oxygène. 

74935570_pObscured By Clouds (Pink Floyd), 1972 : Deuxième et dernier album de bande originale de film pour le Floyd, et comme pour l'autre,  c'est un film de Barbet Schroeder, ici La Vallée. Un film très correct, un peu daté. Un album qui compte vraiment, depuis ma première écoute il y à un sacré paquet d'années (le Floyd étant avec Queen et Toto un des premiers groupes que j'ai écoutés sérieusement, j'avais 11/12 ans), je l'ai immédiatement adoré, et quand, par la suite, j'ai lu un peu partout qu'il était considéré comme un cru très mineur, je me suis exclamé hein ??? tellement je n'étais pas d'accord. Même s'il est vrai qu'il n'y à pas de hit ici. Je peux me tromper, mais je crois que sur leur excellent double best-of Echoes, il n'y à rien de cet album. Pourtant, cet album enregistré à Hérouville (95) est une petite splendeur, parfois assez étonnante (Wot's...Uh The Deal est de la pure country-folk, The Gold It's In The... est très heavy). On notera Absolutely Curtains avec ce final faisant intervenir des chants rituels papous ; Mudmen, enivrant ; Free Four, sautillant, mais parlant en partie de la mort ; Childhood's End, spatial... Vraiment, je surkiffe cet opus !

76705701_pMade In Japan (Deep Purple), 1972 : S'il n'y avait pas le At Fillmore East du Allman Brothers Band, ceci serait le plus grand live de tous les temps. Ce qui est cool, en plus, c'est qu'il ne triche pas : aucune retouche studio du genre le solo a été raté, on le refait ni vu ni connu. On entend des plantages ici (Smoke On The Water et son intro moyenne, Highway Star et son solo foiré dans son final, Gillan qui, dans ses hurlements juste avant Lazy, se pète un peu la voix...) . Mais dns l'ensemble, c'est intense, immense. Absolument quintessentiel. Tout aussi génial, Live In Japan, édition 3 CD regroupant les trois shows nippons ayant donné ce double album de 1972. D'ailleurs, j'ai bien failli le mettre dans la liste à la place de celui-là...

120466066Band On The Run (Wings), 1973 : Je me souviens encore de ma première écoute. Chaque morceau de la face A me semblait meilleur encore que le précédent. Et ce final, Nineteen Hundred And Eighty-Five, conclusion d'album parfaite, un final anthologique, apocalyptique, trippant, à filer les frissons... Enregistré à Lagos, Nigéria, par un groupe devenu trio suite à la défection de deux membres qui ne voulaient pas faire le voyage (et l'ont annoncé le jour même à Paul McCartney, qui a certainement dû apprécier le geste...), Band On The Run a été la proie de plein de coups du sort : studio défectueux, agression de Macca dès l'arrivée au Nigéria, problème de santé, tensions avec les musiciens locaux... L'album n'en est que plus beau. Premier album des Wings à vraiment cartonner (mais leur troisième en tout), la suite de leur carrière sera du même tonneau. Sans doute le plus grand album de pop/rock 70's et un des plus grands albums de tous les temps,, peut-être le meilleur de Macca, et accessoirement, mon grand préféré de lui, inusable (Mrs. Vandebilt, Jet...). 

69813048_pLarks' Tongues In Aspic (King Crimson), 1973 : Premier album d'une trilogie au sein de la discographie de King Crimson. Les trois opus sont tellement importants pour moi que je n'ai pas cherché à choisir, les trois sont dans la liste, et puis c'est tout. Celui-là me branche tellement que j'ai carrément acheté un T-shirt au motif de la pochette. Un album fantastique de rock progressif un peu expérimental (faut entendre le travail sur les percussions...), assez saignant parfois (Larks' Tongues In Aspic II, et son riff de la mort). La formation qui a donné cet album (King Crimson a beaucoup changé son personnel, tout du long) est tellement solide qu'elle a tenu, en grande partie, tout du long de la trilogie (un membre qui s'en va à chaque fois, mais le noyau dur Fripp/Wetton/Bruford reste). Rien que les deux parties, instrumentales, du morceau-titre et Exiles forcent le respect, mais les 6 morceaux sont parfaits. 

63291649_pVu De L'Extérieur (Serge Gainsbourg), 1973 : Encore une fois un disque court, 28 minutes. Un album qui ne marchera pas, malgré Je Suis Venu Te Dire Que Je M'En Vais (qui ouvre le disque). Arrangé par Vannier, pour la dernière fois, ce disque est volontairement et faussement léger : pas mal de chansons semblent parler de sujets un peu glissants, scatologiques, vulgaires. Les titres sont éloquents, La Poupée Qui Fait, Panpan Cucul, Pamela Popo, Des Vents Des Pets Des Poums, Titicaca, L'Hippopodame... En fait, le disque parle de rupture, de crise, de tension, et n'est clairement pas un des plus joyeux de Gainsbourg. Mon grand préféré de lui, oui, devant ...Melody Nelson !

75966317_p1967/1970 (The Beatles), 1973 : Des deux best-ofs sortis en même temps en 1973 (l'autre, le rouge, c'est 1962/1966), celui-ci est mon préféré, c'est ma période préférée des Beatles. Rien à dire ici, je risque d'être très court pour le coup, mais les presque 100 minutes de ce double album (à noter que l'autre best-of dure, lui, 60 minutes...évidemment, il est quand même double en CD...) sont essentielles. La magie musicale à l'état pur. 

75430405_pCopperhead (Copperhead), 1973 : Après avoir quitté Quicksilver Messenger Service, le guitariste John Cipollina fonde ce groupe d'acid-rock qui ne tiendra que le temps d'un album et de concerts. Apparemment, le groupe en a fait un deuxième, que Columbia n'a jamais sorti, et qui serait encore dans leurs tiroirs, en attente éternelle d'une sortie. Cet unique album de Copperhead, éponyme, est une tuerie aussi méconnue que jouissive, du rock un peu bluesy et boogie qui renferme de grands moments (They're Making A Monster, Roller Derby Star, Kamikaze, Pawnshop Man...). Sous une très belle pochette. Un album oublié, malheureusement. Comme Philippe Manoeuvre l'a dit : il y à de très mauvaises semaines : celles où on n'écoute pas Copperhead. Mes semaines sont, dans l'ensemble, parfaites. 

70646122_pBerlin (Lou Reed), 1973 : Aujourd'hui encore, on se demande comment Lou Reed, auréolé du succès monumental de son génial Transformer produit par Bowie, a pu faire un album pareil. C'est son meilleur album, mais à l'époque, quasiment personne ne le proclamait, ce disque ayant été un bide et un scandale. Les 49 minutes de Berlin (initialement, l'album aurait dû être double, RCA fera virer un bon quart d'heure) sont, malgré la très chatoyante production de Bob Ezrin, un aller simple pour un enfer peuplé de camés, de putes, de paumés en tous genres, l'histoire (car l'album en raconte une) d'un couple qui, dans le Berlin contemporain, se déchire, à cause de la drogue et de l'infidélité. Il se came et la tabasse, elle se prostitue et on lui retire la garde des mioches, elle se suicide en se taillant les veines, il en ricane cyniquement dans un brouillard de dope... Bienvenue dans le monde de Lou Reed. Le passage des gosses qui chialent dans The Kids file le frisson : Ezrin a en effet enfermé les siens propres dans le studio, afin de les faire chialer en leur disant que leur mère était partie, ou morte, etc, ce sont donc de vraies larmes de tristesse, un moment qu'apparemment, il aimerait bien ne jamais avoir vécu...

119864083Approximately Infinite Universe (Yoko Ono), 1973 : Oui, je sais, Yoko Ono. Mais sincèrement, j'encourage tout le monde à écouter cet album, malgré plusieurs choses qui peuvent vous freiner : c'est un disque de Yoko, et c'est un double album (toujours en CD, il dure plus de 80 minutes). Mais si les deux premiers albums de Yoko sont très difficiles à écouter et à aimer parce qu'expérimentaux et free, celui-ci, son troisième, est un régal de rock. Rien d'expérimental ici, et la Yoko nous évite ici ses sempiternels cris saccadés tels qu'on les entend sur ses premières oeuvres. Elle chante normalement, et sans être une chanteuse exceptionnelle, elle fait des merveilles ici, tant elle est sobre la plupart du temps. Death Of Samantha, Yang Yang, Waiting For The Sunrise, le morceau-titre, notamment, sont sublimes. Je n'ai aucun problème à le dire, cet album est clairement un de mes disques de chevet. Quiconque a des oreilles s'en rendra compte en l'écoutant. Feeling The Space et Season Of Glass (fait juste après la mort de Lennon) sont excellents aussi. 

125479580Marjory Razorblade (Kevin Coyne), 1973 : Kevin Coyne a travaillé, un temps, comme infirmier ou aide-soignant dans un hôpital psychiatrique. Il a vu la folie, il connaît. Il en parle bien dans ce disque, dont plusieurs morceaux traitent de la folie (House On The Hill, le morceau-titre). C'est un double album intense de folk-rock un peu expérimentale, une sorte de disque de Syd Barrett en mieux produit, certains morceaux sont interprétés par Coyne sans accompagnement, certains avec une voix assez étrange, nasillarde, cynique, sur le fil, qui donnent l'impression d'avoir affaire à un cinglé, ce qu'il n'était (car il est mort) pas. Il n'est pas évident d'aimer ce disque au début, tellement il semble, parfois, totalement dingue (Karate King et son final à la limite du hors-jeu, qui donne envie d'éclater de rire tout en étant un peu gêné d'entendre ça ; Good Boy, dont l'interprétation laisse tellement mal à l'aise qu'on n'a pas trop envie de savoir de quoi parle la chanson...). Un album prodigieux. Rien que pour House On The Hill, Jackie And EdnaEastbourne Ladies et Dog Latin (mais rien n'est ne serait-ce que moyen ici), il faut écouter ce disque !

69841151_pStarless And Bible Black (King Crimson), 1974 : Deuxième volet d'une trilogie qui ne dit pas son nom, voici Starless And Bible Black, mon préféré des trois (si j'avais dû choisir entre les trois, qui sont tous dans la liste, c'est celui-ci qui aurait été sélectionné en équipe nationale), et un des albums les plus particuliers de ce très particulier groupe, c'est vous dire s'il est à part. Ce qu'il faut savoir (outre le fait que le percussionniste fou Jamie Muir a quitté le groupe), c'est qu'une bonne partie de cet album est live. On a viré les applaudissements et bruits de foule pour transformer ça en faux morceaux studio. Il y à aussi des morceaux studio purs, ici, certes, mais dans l'ensemble, le groupe improvisait pas mal en live, et a tout simplement choisi de mettre sur un album ces improvisations. Mais comme on touche moins d'argent sur un live qu'un album studio, ils ont traficoté en studio, en loucedé de leur maison de disques... Bon, que dire ici ? C'est un album éprouvant, qui va vous plonger dans un univers aussi putride que la tâche de moisi gangréneuse qui entoure le titre, sur la pochette (ça vient d'un poème de Dylan Thomas, ce titre, au fait). The Mincer, We'll Let You Know, le morceau-titre sont des grands moments de tension, tandis que Trio et The Night Watch sont irréels de beauté et The Great Deceiver, bien frénétique. Quand au final, Fracture, long de 11 minutes, c'est juste indescriptible. Voilà. 

69845178_pRed (King Crimson), 1974 : Dernier album du groupe pour 7 ans. King Crimson, séparé de son violoniste David Cross avant les sessions, annonce en effet sa séparation peu de temps avant la sortie de Red. Ils se reformeront, avec changement de personnel, en 1981, à la surprise générale. Malgré la pochette, l'album est en effet dans le rouge, 5 titres surpuissants, inquiétants, heavy à mort (ce disque, c'est du grunge, avec pas mal d'années d'avance ; Kurt Cobain adorait cet album, apparemment), avec notamment Starless, 12 minutes à tomber par terre, et l'instrumental-titre, explosif et sanguinaire. On peut reprocher au groupe de ne pas évoluer depuis le précédent opus, Red marquant une sorte de stase, tout en étant un beau mix musical des deux précédents opus. C'est typiquement le genre d'album qui force le respect. Il semble, aussi, bien trop court, 39 minutes, mais devant tant de maîtrise, on s'en fout un peu. 

119538471Radio City (Big Star), 1974 : Le premier album du groupe, #1 Record, en 1972, sera un bide parce que mal commercialisé (soucis de distribution). Il arrivera à peu près la même chose à ce deuxième album, et quant au troisième, enregistré dans la foulée, il ne sortira qu'en 1978 dans une version rabotée, et dans les années 90 en version complète. Le chanteur/guitariste Chris Bell, qui a quitté le groupe après le premier disque, meurt en 1978 dans un accident de voiture. Alex Chilton, l'autre chanteur/guitariste, et Andy Hummell (basse), meurent tous deux, de maladie ou cause naturelle, en 2010, à quelques mois d'écart (5 ans après avoir sorti un quatrième Big Star, raté et qui sera un bide). Big Star, groupe maudit ? Absolument. Groupe culte et génial aussi, un des meilleurs représentants de la power-pop, un des premiers aussi, avec les britanniques de Badfinger qui leur ressemblent beaucoup, jusque dans leur science de la lose. Ce Radio City est tout simplement exceptionnel, rien d'autre à dire. Il suffit d'écouter You Get What You Deserve, O My Soul, September Gurls, Daisy Glaze ou Way Out West pour s'en rendre compte. Ce disque semble avoir été enregistré demain. 

52932251_pTaking Tiger Mountain (By Strategy) (Brian Eno), 1974 : Deuxième album studio solo de Brian Eno, alors encore crédité d'un simple Eno sur la pochette. 48 minutes ahurissantes, clairement son meilleur, et pourtant, Eno, entre ses débuts au sein de Roxy Music en 1972 et son dernier album 'traditionnel' de 1977 (Before And After Science ; après, il ne fera plus que de l'ambient, et des productions pour d'autres artistes et groupes, comme Talking Heads, U2, Coldplay, Devo...), n''a rien raté du tout, mais alors rien de chez rien. Et après aussi, c'est bien, jute moins accessible. Ici, que dire ? Avec son titre qui est aussi celui d'un opéra chinois écrit et composé pendant la Révolution Culturelle (du moins il me semble ; en tout cas, une des rares oeuvres chinoises qui, à l'époque, là-bas, ne fut pas interdite), c'est un recueil de chansons étincelantes, dingues (Back In Judy's Jungle est une valse bien déglinguée, notamment), superbement produites et interprétées par un aréopage d'invités de luxe. Mention spéciale à Mother Whale Eyeless, The Fat Lady Of Limbourg, The True Wheel, le morceau-titre et Third Uncle, monument d'art-rock. Ce qui représente la moitié de l'album, et l'autre est également époustouflante. Mon préféré d'Eno. 

83859302_pDark Horse (George Harrison), 1974 : Ce choix va sûrement en étonner plus d'un, parmi ceux qui connaissent cet album. Dark Horse est en effet, souvent, considéré comme un mauvais album. De George, et en général. Non, je ne suis pas dingue, ni maso. J'assume, après All Things Must Pass, c'est mon deuxième préféré de lui en solo (et mon troisième préféré est son suivant, encore moins bien apprécié, Extra Texture (Read All About It) de 1975). Ce disque et George ont joué de malchance : Harrison est dans un sale état psychologique : sa femme le quitte pour vivre avec Eric Clapton, son pote de toujours (les deux seront brouillés quelques années). Il plonge dans l'alcool, reprend de la drogue. Il entreprend une tournée américaine qui s'avèrera catastrophique (j'ai eu l'occasion d'entendre un ou deux bootlegs, c'était pas top, et il ne remontera par la suite plus sur scène avant 1991, et uniquement pour quelques concerts nippons), et l'enregistrement de cet album sera noirci par une laryngite ayant explosé sa voix. Sur une bonne partie des morceaux, il sonne épouvantablement rauque, éraillé, méconnaissable. Apparemment, Harrison n'avait pas le temps de refaire le disque, ou n'a pas voulu le refaire, et donc ce fut laissé tel quel. Mauvais plan. Les chansons sont dans l'ensemble superbes (So Sad, Simply Shady, le morceau-titre, Far East Man co-écrit par Ron Wood qui l'a aussi chanté de son côté la même année sur son propre album solo), même si It Is "He" (Jai Sri Krishna) et Ding Dong, Ding Dong (chanson de Noël sortie en single, qui fera un bide) ne sont pas immortelles. Enfin, une pochette jugée horrible à l'époque, mais que j'avoue bien aimer. Comme ce disque, donc, qu'en fait, malgré ses défauts, j'adore vraiment !

100265454Get Up With It (Miles Davis), 1974 : Rien qu'à regarder le tracklisting et la durée des morceaux (et il faut préciser ici un truc, si vous n'avez que le CD remastérisé : rien n'a été rajouté ou rallongé pour le CD, tout ce que l'on y trouve était déjà sur le double vinyle en 1974), on se rend compte que ce disque est hors du commun. Il dure 124 minutes. Deux vinyles d'une heure chacun, en fait, le premier disque dure très précisément 60 minutes et zéro secondes, et le second, 64:17 minutes. Et chaque disque offre 4 titres. Dont un de 32 minutes par disque (faces A et C). Pharaonique, éléphantesque. Get Up With It est un disque qui regroupe des morceaux issus de diverses sessions (1970, 1972, 1973, 1974) de Miles, une compilation d'inédits, quoi. Ca sera le dernier disque de Miles en 7 ans, des best-ofs ou lives mis à part. C'est un disque ahurissant qui entremêle jazz et ambient (Eno avouera avoir été influencé par ce disque), un disque complexe et passionnant. He Loved Him Madly (32 minutes) est une élégie funèbre pour Duke Ellington. Rated X est terrifiant tellement il va loin dans le bruit. Maiysha est sublime, Calypso Frelimo (32 minutes) aussi. Mon préféré de Miles, de loin. 

64718133_pNo Other (Gene Clark), 1974 : Ancien membre des Byrds (chant sur certains titres, percussions, choeurs), viré parce qu'il avait la phobie de l'avion et que les Oyseaux, ben, ça doit aimer voler, Gene Clark est un paumé magnifique. Un héros de la lose. Il a monté un petit groupe de country-rock avec Doug Dillard, qui a fait deux albums remarquables. Il a fait des albums du même acabit, qui se sont vendus aussi bien que des uniformes SS en Israël. En 1974, David Geffen, un nabab de la production discograhique, lui propose un contrat d'un seul album sur son label Asylum (Eagles, Joni Mitchell...et même Bob Dylan le temps d'une année, la même que pour Clark). Clark est alors dans la dèche, camé, seul, et il accepte. Le budget est illimité, et le producteur de l'album va bien le comprendre : No Other va être un bouffe-pognon de compète. Sorti sous une des pochettes les plus audacieusement foirées de tous les temps (dans la catégorie il reste de la place en bas à gauche, on met quoi pour combler ?, ça se pose là), No Other fera hurler Geffen, qui, tout en reconnaissant que le disque est fabuleux (selon ses termes : une cage à lions, une housse à cathédrale), sait pertinemment qu'il ne se vendra pas (Gene Clark : personne ou presque ne connaissait, et ceux qui connaissaient l'avaient oublié), surtout que l'album est, malgré sa production chatoyante, un Berlin country-rock, d'une noirceur d'encre de seiche. L'album foire, on critique son budget indécent. Il ne sortira pas en CD avant 2003, sera quasiment introuvable dans l'intervalle. Désormais, on le trouve partout, même en vinyle (réédité). Il est devenu culte, hype. Le problème ? Gene Clark est mort en 1991, dans une petite dèche, n'ayant jamais connu le succès qu'il méritait, à jamais meurtri par le bide de cet album. Alors il faut écouter ce disque, ne serait-ce que pour lui rendre hommage. Comme en plus c'est un monument absolu, ça tombe bien. 

97527629The Silent Corner And The Empty Stage (Peter Hammill), 1974 : Leader (chant, guitare) du groupe de rock progressif (à tendance un peu expérimentale) Van Der Graaf Generator, Peter Hammill, surnommé le Hendrix vocal en raison de sa palette vocale ahurissante, a lancé sa carrière solo en 1971. A ce moment-là, son groupe est en pause. Il se reformera en 1975, mais Hammill continuera son oeuvre solo, enregistrée d'ailleurs, souvent, avec les musiciens de VDGG, comme pour empêcher la dissociation (comme en plus il interprètera des morceaux de VDGG en live et que VDGG interprétera des morceaux solo de Hammill aussi...). Troisième album solo, sorti en 1974, The Silent Corner And The Empty Stage est un monument d'art-rock progressif et expérimental bénéficiant de la participation du guitariste de Spirit, Randy California, sur un titre, Red Shift. Un album complexe, ardu, assez recherché (7 morceaux seulement, pour 50 minutes ou presque), il faut l'écouter plusieurs fois pour bien l'apprécier, il ne se laisse pas apprivoiser comme ça et n'est pas commercial pour un sou. Mais devant la maestria de A Louse Is Not A Home (12 minutes), The Lie (Bernini's St. Theresa), Modern ou Forsaken Gardens, on ne peut que se taire. Respectueusement. 

76073582_pWalls & Bridges (John Lennon), 1974 : Temporairement séparé de Yoko (elle est resté à Nouillorque, il est parti à L'Os en Gelée) afin de laisser leur couple respirer un peu, Lennon va faire ce disque après avoir temporairement (deux fois que j'utilise ce mot dans ce paragraphe, il faut faire quelque chose) laissé de côté les sessions bordéliques de Rock'n'Roll (qui sortira en 1975). Un disque assez intérieur mais produit à l'américaine, par Lennon lui-même, qui a plus que temporairement (ah, merde) mis Phil Spector de côté. Un album un peu fantôme dans sa discographie, je me souviens d'un hors-série de Rock'n'Folk, dans les années 2000, sur Lennon, qui ne parlait pas du tout de ce disque dans sa partie 'discographique', qui analysait chacun de ses albums. On y trouve de très grandes chansons, comme #9 Dream, Bless You, Steel And Glass, Going Down On Love et ce Whatever Gets You Thru The Night fait avec Elton John, que l'on entend chanter en duo avec Lennon. J'adore vraiment ce Walls & Bridges, jusqu'à sa pochette vinyle, avec ces volets rabattables permettant de modifier le visuel recto/verso. 

127173559_oHorses (Patti Smith), 1975 : Premier album de Patti Smith, et déjà un total chef d'oeuvre qui laisse bouche bée d'admiration. Elle semble presque fragile sur la photo de pochette signée de son ami Robert Mapplethorpe, mais Patti sait envoyer la semoule bien comme il faut, d'entrée de jeu, avec une reprise sauvage du Gloria des Them (précédée d'une déclamation d'un de ses poèmes, car elle est poètesse, aussi, et fut rock-critic). Lettré et punk en même temps (proto-punk, disons, un album séminal), Horses offre notamment Free Money, Kimberly, Land (ahurissant...), Birdland (aussi...), Break It Up, un Elegie sublime... Je m'arrête là, surtout que j'en ai bien parlé, longuement, récemment, à l'occasion d'un cycle de ses albums. Totalement essentiel. 

119017043Maximum Darkness (Man), 1975 : Man, groupe de rock progressif gallois, n'est pas extrêmement connu, mais ceux qui connaissent vous le diront : ils assuraient. Grave. Cet album est un live, un live constitué d'un seul disque, ce qui est dommage, mais comme il dure 50 minutes (et ne contient que 5 titres !), ça peut aller. John Cipollina, de Quicksilver Messenger Service, Copperhead et Terry & The Pirates, participa aux concerts ayant donné ce live. Mais selon les rumeurs, on ne l'entendrait pas des masses sur le disque, malgré qu'il soit sur la pochette recto (c'est lui et sa guitare que l'on voit) et malgré que son nom soit fièrement indiqué au verso. Il aurait été un peu effacé au mix, un truc comme ça. Vous savez quoi ? On s'en fout. Maximum Darkness est un monstre de rock saignant, trépidant, frénétique (Bananas...), peu importe si Cipollina est ou pas ici, le groupe, lui (Cipollina n'en faisait pas partie, c'était un invité pour le coup), est bel et bien là. Aussi génial que foutrement méconnu, voire oublié. Recommandé !

120481098Venus And Mars (Wings), 1975 : Après le carton plein de Band On The Run, c'est un groupe bien revampé (Jimmy McCulloch à la guitare, Geoff Britton et Joe  English à la batterie, Britton quittera le groupe pendant les séances, le reste des Wings n'a pas bougé) qui fait cet autre chef d'oeuvre de pop/rock seventies. Gros, gros succès pour ce Venus And Mars à la production absolument éclatante, un album très varié que j'écoute toujours avec la même passion, même si j'en connais par coeur la moindre seconde. Letting Go est un monument heavy, ce qui, pour McCartney, est assez rare, au final. 

125674497Femmes Et Famines (Claude Nougaro), 1975 : Merci à MaxRSS de m'avoir, en octobre de l'année dernière fait découvrir cet album de Nougaro, son premier chez Barclay, sorti en 1975, un vrai chef d'oeuvre méconnu qui, à l'époque, comme pas mal de ses albums (Soeur Âme, Récréation, Locomotive D'Or, Plume D'Ange), ne marchera pas. Pas de hit ici, mais 10 chansons merveilleuses, pas forcément gaies d'ailleurs. On notera Gloria, avec la participation du grand Ornette Coleman ; Île De Ré, Ma Femme, Mademoiselle Je-N'En-Crois-Pas-Mes-Yeux, dédiées à sa femme ; Odette, ode à son ancienne femme, décédée ; Brésilien, adapté de Gilberto Gil ; un extrait de la Lettre Ouverte du chanteur belge Julos Beaucarne, qui l'avait écrite suite à l'assassinat de sa femme par un fou, afin de faire prendre conscience au gens qu'il fallait essayer de changer le monde par l'amour ; et cette incroyable chanson, Le Chant Du Désert, troublante, inoubliable, atmosphérique, angoissante... Un album prodigieux. 

42157986Physical Graffiti (Led Zeppelin), 1975 : Putain d'album. Un disque que j'ai d'abord adoré, puis, curieusement, un an plus tard, j'ai commencé à m'en lasser fortement, jusqu'à le détester, le considérer comme le moins bon du groupe, parce que trop long (un double, toujours en CD), je le trouvais inégal et vain, il faut dire qu'il est en partie constitué de chansons anciennes écartées des précédents albums (par manque de place). Puis je suis revenu, et le déclic a été tellement puissant que pendant presque un an, je l'ai écouté tous les deux-trois jours, sans lassitude. Je continue de l'écouter de temps en temps, alors que je n'en ai plus besoin, il est gravé à vie dans mon cerveau. Peut-être pas le sommet du groupe (celui de 1971 est le meilleur, je pense), mais Physical Graffiti est un monstre et quand on me pose la question quel est pour toi LE disque le plus puissant de l'histoire du rock ?, j'hésite toujours entre Exile On Main St. des Stones, Abbey Road des Beatles et celui-ci. Et n'en déplaise aux Stones et au Beatles, leurs albums étant parfaits, mais c'est souvent Physical Graffiti que je choisis, en fin de compte. Bon, j'y retourne, ses 82 minutes m'appellent... 

72296035_pWish You Were Here (Pink Floyd), 1975 : Pour moi, et vous allez voir que c'est con mais c'est comme ça et je n'y peux rien, ce disque symbolise l'été. Je l'ai découvert, grâce à mon père qui avait le vinyle (c'est toujours le cas), ce disque, c'était en été, justement, parce que je me souviens, j'avais 12 ou 13 ans, et j'ai passé un été complet à écouter ce disque en long, en large et en travers. C'est con, comme association, surtout que ce disque n'a rien d'estival, mais voilà, des souvenirs me reviennent, allongé à l'ombre, dans l'herbe, casque sur les oreilles, walkman sur le bide, à écouter la K7 copiée du vinyle... Sinon, ce fut pendant terriblement longtemps mon préféré du groupe (maintenant, c'est Obscured By Clouds, je pense), et mon préféré tout court. Une pure perfection musicale, Gilmour, par la suite, jouera rarement aussi bien qu'ici. Rien que les quatre notes du fameux 'thème de Syd', qui lance vraiment Shine On, You Crazy Diamond, me filent des frissons, rien qu'en y pensant. Et cette pochette qui symbolise les quatre éléments... Chef d'oeuvre !

98496736When We Were Kings (Led Zeppelin), 1975 : Là, je triche un peu : c'est un bootleg. Donc, pas un album officiel, et évidemment, difficile à trouver en format physique (et même sans doute aussi en téléchargement, forcément illégal). C'est un coffret 4 CD, de presque 4 heures (3h30 ou 3h40 en tout), qui offre l'intégralité d'un concert du groupe à Earls Court, Londres, en mai 1975. Un seul concert, malgré la durée, Led Zeppelin étaient vraiment des bêtes de scène (la drogue devait aider). La qualité sonore est purement magique (sauf sur deux titres : Tangerine et la fin du très très long No Quarter), ce qui, pour un enregistrement pirate (mais ici, c'est un soundboard, enregistré sur table de mixage, donc de façon professionnelle), est rare. Mais vraiment, j'insiste, extraordinaire qualité audio. Et pour ce qui est de la prestation, c'est pharaonique. Le meilleur live du groupe, sans doute, et il n'est pas officiel !

72843632_pHotel California (Eagles), 1976 : Il paraît que quand le groupe a enregistré ce disque, ils ont eu l'impression qu'ils feraient mieux d'arrêter leur carrière après la sortie de l'album, parce qu'ils n'arriveraient jamais plus à faire aussi bien, voire meilleur. D'ailleurs, en effet, même si le suivant (et dernier pendant des années) est très bien (mais il m'aura fallu du temps pour m'en rendre compte), rien ne sera plus jamais aussi grandiose que cet Hotel California parfait. Rien à jeter. Le morceau-titre, évidemment, chanson sur la came ; Life In The Fast Lane, New Kid In Town aussi. Et il y à ce triplé final, Pretty Maids All In A Row (par Joe Walsh, nouveau-venu), Try And Love Again (par Randy Meisner, qui partira après la tournée) et The Last Resort, qui file les frissons (ce final). Un sommet de pop/rock, de soft-rock, de rock tout court. 

119744099Alertez Les Bébés ! (Jacques Higelin), 1976 : Le chef d'oeuvre de l'autre Grand Jacques (après Brel), clairement. Le morceau-titre, écrit en une nuit de fièvre par un Higelin dans un état second (on parle d'écriture automatique, là) et enregistré seul au piano, seul dans le studio, en une seule prise frénétique (la respiration haletée en final, c'est pas pour de faux), suffit à qualifier cet album de sommet d'Higelin. Le reste de l'album, enregistré à Hérouville, dans la bergerie (pendant ce temps, je crois, Bowie, au Château, faisait Low), est parfait aussi : les très rock Le Minimum et Géant Jones, les calmes et acoustique J'Suis Qu'Un Grain De Poussière et La Rousse Au Chocolat, le sublime et méconu Rien, le tomwaitsien Aujourd'hui La Crise... Alertez Les Bébés ! est une perfection de tous les instants. 

104300477Live (801), 1976 : Remarqué à l'époque pour sa qualité audio purement exceptionnelle, ce live hélas trop court (46 minutes) et au titre bien con est un objet de choix. C'est le seul et unique album officiel d'un groupe éphémère qui ne fera que quelques concerts avant de se séparer. Pas par la force des choses, mais parce que c'était prévu. 801 est le groupe de scène monté par Brian Eno et Phil Manzanera (guitare de Roxy Music), constitué aussi de membres de Quiet Sun, et avec Simon Philips à la batterie. Le nom du groupe vient d'une chanson d'Eno (The True Wheel), et serait aussi un jeu de mots sur Eno : 801, en anglais eight-nought-one, et en initiales, ça fait ENO. Ici, on a des chansons d'Eno en solo, de Manzanera en solo (sublime instrumental Diamond Head), et aussi, notamment, une incroyable et spatiarde reprise du Tomorrow Never Knows des Beatles. Juste incroyable, du début à la fin. Malgré la pochette ratée et le titre à la con, ce Live est totalement essentiel !

70982817_pSongs In The Key Of Life (Stevie Wonder), 1976 : Quand il sort ce disque en 1976 (un double album avec en plus un EP bonus de 4 titres au format 45-tours, écoutable à la vitesse 33-tours), Stevie Wonder n'a plus rien à prouver : ses albums des années 70 sont tous des écrins à Grammy Awards, et delui-ci en récoltera aussi un. Ce double album s'est fait attendre, et l'attente était justifiée : c'est un robinet à hits qui fuit, une collection de classiques, entre I Wish, As, In't She Lovely, Love's In Need Of Love Today, Sir Duke... Sous une pochette sublime et iconique à mort. Un beau livret avec les paroles était, de plus, glissé dans la pochette. Pure perfection de soul et de pop, l'album sera suivi, trois ans plus tard, d'un autre double album, en partie instrumental, conceptuel (et que je trouve très bien, d'ailleurs), qui foirera dans les charts, Journey Through The Secret Life Of Plants, et la suite de la carrière de Wonder sera certes émaillée de hits, mais aucun album, il n'en fera d'ailleurs plus beaucoup, ne sera aussi parfait que celui-ci, rigoureusement essentiel à toute discothèque qui se respecte. 

84995201_pStation To Station (David Bowie), 1976 : Sous sa pochette aux codes graphiques un peu fascisants (ce n'est pas moi qui l'affirme), très austère, et qui sera, en CD, remaniée (photo colorisée, sans le cadre, on y perd en impact), se cache le sommet de Bowie. Un album enregistré au cours d'une période très instable, difficile, Bowie était dans un brouillard de coke, totalement paranoïaque (il vivait reclus, se nourrissait peu et obsessionnellement de poivrons, était persuadé qu'on en voulait à sa peau, quelque part), et dira par la suite ne pas se souvenir de l'enregistrement de ce disque. A l'époque, le bonhomme nourrissait aussi de sombres pensées un peu idéalistes et pro-fascistes, qu'il regrettera très rapidement après, et la coke n'y était sans doute pas pour rien. Musicalement sans défaut, ce disque qui n'offre que 6 titres (et dure 38 minutes) est un régal. Rien que le morceau-titre de 10 minutes et Word On A Wing, sous influence Brel/Scott Walker, suffisent à faire de l'album un joyau. Mais tout est parfait. Sauf le cerveau de Bowie en 1976...mais passons. 

72000265_pBlack And Blue (The Rolling Stones), 1976 : Deuxième opus des Galets dans ma liste. Vous ne vous attendiez pas à lui, hein ? Mais contre toute attente (lisez sur le web ce qui est généralement dit à son sujet...), j'adore Black And Blue, un album super bien foutu, qui renferme quelques chansons absolument à tomber par terre, comme le chef d'oeuvre Memory Motel, ou bien Fool To Cry, Hot Stuff, Hey Negrita... En fait, il n'y à que Melody, très jazzy, qui me saoûle un peu. Premier album avec Ron Wood sur la pochette, mais il ne joue pas sur tout, ce disque ayant servi, notoirement, à caster un nouveau guitariste après le départ en fin 1974 de Mick Taylor. Au sujet de la pochette, dépliée, elle offre une sorte de carte de la disposition audio du groupe : une guitare de chaque côté, la rythmique en arrière-plan, le chanteur au centre, en avant. Vous ne vous en étiez jamais rendu compte ? Un remarquable album aussi sous-estimé que méconnu. Vraiment, j'insiste !

125923348Desire (Bob Dylan), 1976 : Unique album studio de la période Rolling Thunder Revue (au cours de laquelle Dylan organisera autour de lui une troupe de musiciens et artistes, qui iront de ville en ville, telle une troupe itinérante de bohémiens, pour se produire), période allant de mi 1975 à 1976, Desire est, à sa sortie, un des albums les plus généreux du Barde : 56 minutes. Sublime, l'album offre certes des chansons un peu limite dans leurs sujets (Joey fait l'éloge d'un truand new-yorkais abattu par des rivaux, Dylan en parle comme d'un héros des temps modernes incompris, mais ce n'était qu'un mafioso, rien d'autre ; Hurricane défend un boxeur noir emprisonné, condamné pour meurtre, alors que rien ne prouve vraiment qu'il était innocent, il y à toujours un doute ; Sara, hommage à sa femme, future ex, entremêle vérités et contre-vérités), mais c'est, on va dire, un détail. Musicalement, c'est une réussite de tous les instants. C'est indéniablement mon album préféré de Dylan, je ne m'en lasserai jamais, et pourtant, croyez-moi, je l'ai écouté tellement souvent que j'ai racheté l'album en vinyle, ayant flingué mon premier exemplaire, et si un CD pouvait être usé à force d'écoutes, le mien serait totalement niqué depuis au moins 10 ans. 

120996469The Royal Scam (Steely Dan), 1976 : J'ai découvert Steely Dan via AJA (leur suivant, 1977), comme pas mal de monde, l'album ayant été un succès monstre et reste leur plus connu. AJA est génial, mais celui-ci, déjà assez imprégné de jazz mais encore férocement pop/rock, est pour moi encore mieux. J'aime tout ici, même la pochette, pourtant qualifiée, par le "groupe" (je mets ça entre guillemets, parce que depuis 1974, le groupe, c'est en fait Donald Fagen, chanteur/claviériste, et Walter Becker, guitariste/bassiste, qui gèrent tout à deux et recrutent des musiciens de studio chevronnés et nombreux pour les enregistrements ; et ne font plus de concerts) de hideuse. The Royal Scam, c'est un peu de la pop un peu jazzy, assez acerbe, cynique et hilarante (des paroles géniales). Un disque qui pour moi résume parfaitement son époque. Et il faut voir, comme pour les autres albums du groupe (mais celui-là est mon favori), ceux qui jouent dessus...la crème de la crème. 

126105017Decade (Neil Young), 1977 : Pour moi, avec le Biograph de Bob Dylan (quintuple vinyle ou triple CD, en 1985) et les deux best-ofs de 1973 des Beatles ("rouge" et "bleu"), c'est la compilation parfaite. Ici, trois vinyles, ou deux CDs, qui offrent le meilleur de la première décennie de carrière de Neil Young. Avec en plus, ça ne gâche rien, quelques inédits (Campaigner, Love Is A Rose) et une ou deux raretés (Soldier). Et une pochette bien dans l'époque, que j'adore. Et des notes de pochette du Loner, passionnantes souvent, bien que difficiles à déchiffer parfois. Et...ah, ça suffit, tout le monde l'a pigé, Decade est rigoureusement crucial, voilà tout !

42529731_pLow (David Bowie), 1977 : Enregistré au Château d'Hérouville (95), ce premier volet de la fameuse trilogie berlinoise (marrant qu'on appelle ça ainsi, seul le second volet a été fait à Berlin !), ou trilogie Eno (là, c'est plus logique, il est sur les trois albums), est un des meilleurs albums de Bowie. Comme Station To Station, sa pochette est une photo du film L'Homme Qui Venait D'Ailleurs (1976), premier rôle de Bowie au cinéma. Un album expérimental et séminal, sorte de croisement entre de l'ambient à la Eno et du rock. La face B est totalement ambient et presque totalement instrumentale (le peu de paroles que l'on a sont sans aucun sens). Morceaux de choix : presque tout l'album, mais continuer à vivre tranquillement sa vie sans rien connaître de Warszawa, Be My Wife, Sound And Vision et Subterraneans serait vraiment terriblement con. A vous de voir, moi, j'ai choisi. 

63379291_pLes Marquises (Jacques Brel), 1977 : Ultime album d'un Brel malade du cancer, n'ayant plus qu'un poumon de viable (il devait probablement souffrir le martyre en chantant ces chansons en studio, ayant quitté son île des Marquises pour Paris, le temps de l'enregistrement, avant de rentrer chez lui...et quelques mois plus tard, en urgence, de repartir pour Paris, pour se faire hospitaliser et mourir). C'est évidemment un disque funèbre, sorti avant sa mort, mais je pense que personne n'était dupe. Les Marquises (devenu le titre de l'album par la suite) est irréel. Des chansons comme Orly, Voir Un Ami Pleurer, Jojo, puent la mort, la tristesse. A côté, Vieillir est assez légère malgré le sujet, La Ville S'Endormait est à tomber, Les Remparts De Varsovie est hilarante, Les  F... aussi (malgré la musique, infâme). Le Bon Dieu est lourdement arrangée, Le Lion est un peu moyenne...mais dans l'ensemble, cet ultime cru, ce Brel nuageux, force le respect. 

127178789_oEaster (Patti Smith Group), 1978 : Indéniablement mon préféré de Patti, même si j'aime tous ses albums. Celui-ci est son troisième, et il sera son plus gros succès commercial, grâce notamment à Because The Night, co-écrite avec Bruce Springsteen (qui la chantera aussi). Mais tout est bon ici, sur ce disque dont la pochette fera jaser à l'époque, à cause des poils sous les aisselles. Disque à la fois très rock, très accessible/commercial et très intense et religieux (le titre signifie 'Pâques'), Easter offre notamment Rock'n'Roll Nigger (précédé de Babelogue, une déclamation enregistrée live, frénétique), We Three, Easter, Privilege (Set Me Free), Ghost Dance. Sublime de bout en bout. 

68347179_pLive And Dangerous (Thin Lizzy), 1978 : Dans la catégorie des albums live, celui-ci poutre bien comme il faut, c'est probablement le meilleur live de hard-rock (et évidemment, il est double) depuis Made In Japan. Il paraît que des éléments (voix, guitare...) auraient été refaits en studio, par la suite, qu'il y aurait des bidouillages qui, forcément, font que l'album, contrairement au Deep Purple, ne serait pas totalement live. J'ai envie de dire et alors ? compte tenu que Live And Dangerous, vrai best-of live en plus, est une putain de tuerie dans son genre. Une claque terrible, un grand moment de rock saignant, pour paraphraser Manoeuvre. Bref, rigoureusement essentiel à tout fan de rock et de hard-rock. 

42928997_pDarkness On The Edge Of Town (Bruce Springsteen), 1978 : Leslie Barsonsec avait si bien parlé de ce disque en 2010 que je n'ose pas en parler à mon tour, il a tout dit. Disque intense, sorte de Born To Run en version sobre (pour les arrangements), disque de rancoeur et de tension, disque sombre et austère, c'est le sommet du Boss, qui mérite pleinement son surnom. La tournée promotionnelle sera la source de quelques uns des plus grands concerts jamais donnés par un artiste rock (et le sommet live du Boss, probablement). Il existe des bootlegs, si vous en avez la possibilité, écoutez celui du Roxy Theater de Los Angeles. Pour en revenir à l'album, il est parfait du début à la fin, strictement rien à retirer ici. Aussi majeur que faire se peut. 

126485430Starmania (Michel Berger & Luc Plamondon), 1978 : Pour moi, ce disque, c'est le summum de la chanson française des années 70. Regardez la liste des chansons : tout y est ou presque, un paquet de chansons de cet opéra rock qui sera joué sur scène l'année suivante et sera refait plein de fois, sont encore diffusées à la radio. France Gall, Balavoine, Fabienne Thibeault, Nanette Workman, Claude Dubois offrent ici un assortiment de classiques, qui n'a jamais entendu Le Blues Du Businessman, Le Monde Est Stone, Monopolis, S.O.S. D'Un Terrien En Détresse (absent du vinyle original), Quand On Arrive En Ville, Travesti ou Un Garçon Pas Comme Les Autres ? Ce double album est tout simplement anthologique, et personnellement, je ne m'en lasse pas. Il faut dire que je connais ça depuis ma plus tendre enfance, donc ça marque au fer rouge !

73247907_pPouvoirs (Bernard Lavilliers), 1979 : Echec commercial à sa sortie, cet album est sans doute le plus engagé d'un chanteur très engagé, ce qui en dit long. Album en partie conceptuel, la face A étant constituée d'une suite de morceaux sur le thème du pouvoir, Pouvoirs est un chef d'oeuvre absolu. La face B, indépendante, offre la merveilleuse Fortalerza, très brésilienne ; le reggae-rock Bats-Toi ; le tango délirant Rue De La Soif ; le bluesy Fuckin' Life ; le tendre et mélancolique La Promenade Des Anglais. La face A est un monstre sacré qui, de l'introduction à La Peur en passant par Urubus et Soeur De La Zone, vous embarquera très loin. On n'est pas loin du jazz/rock, ici... 

42702481_pTusk (Fleetwood Mac), 1979 : Après le gros, gros carton de Rumours en 1977 (que je voulais mettre dans la liste, décidément, 100 items seulement, c'est trop peu...), Fleetwood Mac se met la pression. Il faut, en effet, récidiver ce coup d'éclat. Le groupe va sortir un double album (tout tient sur un seul CD) très aventureux, en grande partie l'oeuvre du guitariste Lindsey Buckingham (certains titres ont été enregistrés carrément chez lui), sorti sous une pochette-matriochka (deux sous-pochettes dans deux pochettes glissées dans le fourreau principal), qui sera un des albums les plus chers de l'époque, voire le plus cher. Comme Tusk n'a pas été un triomphe commercial (sans pour autant ête un bide), forcément, l'affaire n'a pas été vraiment bénéfique. C'est un disque sublime, nettement moins évident que le précédent, il faut l'écouter plusieurs fois. On ne compte plus les merveilles dessus, entre Sara, Sisters Of The Moon, Brown Eyes, Tusk (sorti en single, alors que c'est tout sauf commercial), Over And Over, Walk A Thin Line, Beautiful Child, Save Me A Place... Un régal, même si je n'ai jamais été fan de Never Make Me Cry

126418336Love Over Gold (Dire Straits), 1982 : Seulement 5 titres (dont un de 14 minutes qui fera mettre à genoux les fans de guitare, Telegraph Road) pour ce disque parfait, le sommet de la carrière de Dire Straits, ici totalement en état de grâce...Même si je préfère tout de même de peu le suivant, plus commercial, plus pop, plus cartonneur (et presque aussi réussi). Love Over Gold offre certes une chanson un peu secondaire (Industrial Disease), et comme il n'y en à que 5, c'est quand même con qu'il y en ait une de moyenne, mais rien de grave. Mis à part ça, c'est génial. Et n'oublions pas Private Investigations, le tube de l'album, toujours aussi génial 38 ans plus tard...

42399404_pPornography (The Cure), 1982 : Le disque le plus terrifiant de tous les temps. En tout cas, pour moi, et il me terrifie toujours autant, malgré les écoutes successives, en presque 20 ans de connaissance de l'album. Je ne cherche même pas à essayer de savoir à quoi carburait Robert Smith à l'époque (alcool, drogues), mais s'il a écrit des chansons basées sur ses pensées, rêves ou visions, le mec est au-delà de toute aide psychologique, c'est de la folie pure. Les paroles sont terrifiantes. Rien que le passage Something small falls out of your mouth and we laugh, sur One Hundred Years, chanté d'une voix à la fois atone et faussement gaie, est perturbant, et je ne veux même pas savoir ce qu'est ce petit truc qui est tombé de la bouche de quelqu'un, faisant rire les autres. Musicalement, entre la batterie monolithique, la basse omniprésente, la guitare hantée pleine de sustain, le chant désincarné, tout Pornography est un voyage sans retour en enfer pendant 43 minutes. Mais, paradoxal, c'est aussi d'une irréelle beauté. Je suis fier d'être né l'année de sortie de cet album. 

119951983Born Again (Black Sabbath), 1983 : On ne va pas parler de la pochette, d'accord ? Même si j'avoue la trouver marrante, elle est quand même craignos comme il faut, son concepteur avouera avoir été bourré quand il l'a faite, et le chanteur du groupe, Ian Gillan, balancera une caisse d'exemplaires de l'album par la fenêtre et, selon ses dires, gerbera, en voyant la pochette. Ian Gillan, de Deep Purple ? Mais c'est Black Sabbath ! Oui, mais le temps de cet album et d'une tournée, en 1983, Gillan a rejoint Black Sabbath. Pour un album souvent décrié, considéré comme caricatural, et desservi par une production épouvantable, caverneuse (des soucis en studio). La réédition CD la plus récente n'a pas vraiment amélioré le son. Born Again offre pourtant de grandes choses : le morceau-titre, Thrashed, Keep It Warm, Zero The Hero, Disturbing The Priest, et la production au-dessous de tout apporte, ceci dit, une ambiance creepy qui colle bien au groupe et aux chansons (Born Again en est terrifiante, cette intro...). J'aime énormément cet album, maintenant. 

R-2113654-1492822565-2156A Pagan Place (The Waterboys), 1984 : Qui connaît les Waterboys, dont on parle en ce moment sur le blog, via un cycle de leurs albums ? A Pagan Place est leur deuxième album, et mon préféré d'eux. Le groupe se fera connaître par la suite (1985/1990) avec des albums de rock celtique, mais ici, pas de celtique, c'est de la big music, de la pop bien produite, assez chatoyante, dans le style de U2 (de la même époque, voir leur The Unforgettable Fire). Rien à jeter ici, dns ce disque sous pochette un peu gothique (on croirait Robert Smith, hein ? Bah non, c'est Mike Scott, leader du groupe, l'âme des Waterboys), et surtout pas Red Army Blues, The Thrill Is Gone, le morceau-titre et Church Not Made With Hands. Notons aussi que le morceau supplémentaire de la plus récente édition CD, placé au centre de l'album, Some Of My Best Friends Are Trains, est au moins aussi exceptionnel que les 8 titres de l'album original. Il auait mérité de se trouver sur l'album à la base, ce qui est suffisamment rare pour être signalé !

125081760Born In The U.S.A. (Bruce Springsteen), 1984 : Mon premier album du Boss. Ce n'est pas original, comme choix, pour découvrir Bruce Springsteen, je sais (mais j'ai enchaîné directement sur The Rising, car j'ai découvert vraiment les albums du Boss au moment de la sortie de cet album en 2002), mais bon, je ne voulais pas trop me louper, alors son plus gros succès commercial, ça me semblait un bon choix. Sincèrement, en fait, je m'attendais à un de ces albums avec un ou deux gros tubes et, pour le reste, des chansons banales, faites à la va-vite. Mais Born In The U.S.A. est un album génial, parfait de bout en bout dans le registre pop/rock. On a certes deux-trois gros hits (le morceau-titre, Dancing In The Dark, Glory Days), mais chaque morceau fait son petit effet. Personnellement, avec le temps, c'est vers Cover Me, Bobby Jean, My Hometown, Downbound Train et Workin' On The Highway que je reviens le plus souvent, ici, même si j'aime absolument tout (bon, I'm Goin' Down sent un peu le remplissage, c'est vrai). Un album majeur de sa discographie, quoi qu'on en dise. 

42504985_pIsolation (Toto), 1984 : Alors là...Celui-là, j'étais gamin quand je l'ai entendu, genre 11/12 ans, emprunté en bibliothèque. J'ai adoré ce que j'entendais, j'ai copié sur K7. Par la suite, je l'ai acheté. Du hard FM sans grande originalité que ce disque de Toto, le seul du groupe avec le chanteur Fergie Frederiksen, qui ne se fera pas trop au groupe et partira un an plus tard environ. Le tube de l'album, Stranger In Town, n'est pas interprété par lui, mais par le claviériste, Paich... Les chansons sont efficaces, nerveuses, pop et hard en même temps, ce n'est pas un chef d'oeuvre, mais ça m'a toujours fait beaucoup de bien par où ça passait, vraiment un disque inusable pour moi. Difficile d'en parler tellement il me tient à coeur. Et oui, la pochette n'est pas terrible, c'est vrai, mais ce qu'on s'en fout !!

47132512_pBrothers In Arms (Dire Straits), 1985 : Magnifique pochette, cultissime aussi, d'une guitare Zephyr National dans les nuages. Ca laisse rêveur. Musicalement, j'imagine que les gens attendaient, de la part de Dire Straits (dont ce sera le dernier disque en 6 ans, et leur avant-dernier aussi), un disque bien pop, rempli de hits. En fait, Brothers In Arms offre certes des hits, mais si on met de côté deux gros tubes FM bien pop (Walk Of Life, Money For Nothing sur lequel on entend Sting), l'album est résolument triste, adulte, intérieur, on y parle de solitude (So Far Away), de guerre (le morceau-titre, Ride Across The River), c'est triste, mélancolique (Your Latest Trick, Why Worry), pas vraiment MTV-friendly. Mais c'est, aussi, sublimissime. A noter que l'album est dans deux versions : la version CD (premier album directement sorti sous ce format), longue de 55 minutes. La version vinyle offre les mêmes chansons, dans le même ordre, mais dure 47 minutes, beaucoup de titres ont été raccourcis, notamment Why Worry, littéralement massacré. Inutile de dire que la version courte, celle du vinyle, est à fuir. La vraie, celle selon laquelle l'album a été pensé, c'est la version CD. 

125171652Hounds Of Love (Kate Bush), 1985 : Le sommet de Kate Bush ? En tout cas, cet album est une splendeur totale, découpée en deux faces qui, chacune, offre en fait un mini-album. La face A, titrée comme l'album, est assez traditionnelle, et offre notamment le tube Running Up That Hill (A Deal With God), ma chanson préférée de Kate, et une de mes préférées au monde, un chef d'oeuvre total. On y trouve aussi le morceau-titre, Cloudbusting, que du grandiose. La face B, conceptuelle, s'appelle The Ninth Wave, et est très orientée celtique et expérimental (Waking The Witch), c'est une prouesse musicale qui a fait de moi un fan de Kate Bush, moi qui, avant la découverte de l'album, l'aimait bien, mais comme ça. Rien que pour Hello Earth et Watching You Without Me, c'est inoubliable. 

127009231The Lonesome Jubilee (John Cougar Mellencamp), 1987 : J'ai découvert assez tardivement Mellencamp (dont on va pas mal parler en octobre/novembre), grâce à un des visiteurs réguliers du blog, Csamsa, qui m'a conseillé deux de ses disques dont celui-là. The Lonesome Jubilee est rapidement devenu un incontournable de ma chaîne hi-fi, une splendeur de roots rock (accordéon, banjo, mandoline ou violon, plus des choristes blues/soul sont au programme, en plus des instruments rock classique) sous pochette qui semble tirée d'un film de Jarmusch ou Wenders (il n'en est rien). Entre Paper In Fire, Check It Out ou We Are The People, cet album trop court, moins de 40 minutes, est une merveille. Il y à juste Rooty Toot Toot, le final, amusant mais un peu limité, qui ne me plaît pas des masses, mais on ne va pas chipoter : bien qu'il ait sorti un bel assortiment d'albums super réussis, The Lonesome Jubilee est le sommet de la carrière de celui qui, à l'époque, se faisait encore appeler John Cougar Mellencamp (en 1991, il vire le 'Cougar'). 

120251610The Seeds Of Love (Tears For Fears), 1989 : Une carrière parfaite (ou presque : l'album du come-back en 2004 n'est certes pas mauvais, mais il n'arrive pas à la cheville des autres), voilà ce qu'est Tears For Fears. Après deux albums de new-wave intelligente (faut voir les thèmes des chansons), de pop en fait, le groupe, un duo, sort en 1989 ce disque qui sera leur dernier en tant que duo (Curt Smith se barre en 1991, et Roland Orzabal continue seul le temps de deux albums sortis sous le nom du groupe, très très réussis). C'est sans doute leur meilleur, en tout cas mon préféré. 8 titres super bien produits, trop bien produits même : on accusera le groupe d'en avoir trop fait, le disque se vendra bien, mais pas si bien que ça. On a des hits ici : Sowing The Seeds Of Love, Woman In Chains (un morceau qui file le frisson, notamment quand la batterie surgit d'un coup, au cours du second couplet), Advice For The Young At Heart, interprétée par Smith... Le reste, notamment Year Of The Knife, Famous Last Words et Badman's Song, est parfait aussi. Je ne me lasse pas de ce disque, typiquement le genre de production qui me botte à mort. 

119962950Novice (Alain Bashung), 1989 : Un des albums les plus sombres de Bashung avec Play Blessures de 1982 (que je voulais mettre ici, mais le choix est vraiment cornélien...), et comme Play Blessures, Novice (un titre avec plusieurs lectures : 'novice', 'nos vices', 'no vice') à sa sortie en 1989, se vendra à peu près aussi bien que de l'alcool à une réunion des AA. Très synthétique (mais ça a super bien vieilli dans l'ensemble), l'album a été fait avec quelques invités de choix : Colin Newman de Wire, Blixa Bargeld de Nick Cave & The Bad Seeds et Einstürzende Neubauten, Jean-Marie Aerts de TC Matic, Dave Ball de Soft Cell, Phil Manzanera de Roxy Music). C'est la dernière collaboration de Bashung avec son premier vrai parolier Boris Bergman (qui lui offre ici notamment Alcaline, ce chef d'oeuvre), et la première avec Jean Fauque (Etrange Eté, Bombez !). C'est un disque sombre, glacial et sublime, dont je ne me lasse définitivement pas. 

118850517Behind The Mask (Fleetwood Mac), 1990 : Choix étonnant, je sais, mais totalement assumé. Pour certains, Fleetwood Mac sans Lindsey Buckingham (qui, arrivé dans le groupe en 1975, l'a quitté en 1987, et reviendra en 1997 pour s'en faire virer en 2018), c'est pas Fleetwood Mac (alors que le groupe existe depuis 1966 ou 1965 et a connu diverses périodes bien distinctes). Je comprends, mais je dois quand même dire que ce Behind The Mask de 1990 est très très réussi, super savoureux dans son genre (pop/rock), on y trouve de vraies merveilles comme Sky's The Limit, When It Comes To Love, In The Back Of My Mind, Save Me, Love Is Dangerous... Stevie Nicks quittera le groupe après cet album (et reviendra en même temps que Buckingham). L'album ne sera pas un triomphe, mais comparé au suivant, Time, c'est un best-seller international. C'est vraiment devenu un de mes grands, grands favoris de ce groupe génial. 

OIPAuberge (Chris Rea) : Celui-là, j'en reparle ici prochainement plus en longueur, mais autant le dire, je l'adore bien comme il faut. A la base, Chris Rea, j'aimais bien, mais sans plus, j'avais un best-of, c'est tout, ça me suffisait. Mais je me suis laissé tenter par ce disque de 1991 (mon édition CD est à fond vert, avec 12 titres au lieu de 11 ; la pochette ci-dessus est celle de la version sortie en 1991, de 11 titres), et je ne le regrette absolument pas. Que dire ? Du soft-rock bluesy, des chansons superbes (Looking For The Summer, Set Me Free, Auberge...), une voix parfaite, voilée, profonde, apaisante, relax. Une production nickel. Auberge est un grand disque méconnu, même s'il a bien marché à l'époque. 

105510299Tin Machine II (Tin Machine), 1991 : Deuxième album de Tin Machine, le groupe que David Bowie a fondé en 1989 afin de se changer les idées et repartir sur de nouvelles bases. C'est aussi leur dernier album studio, ils feront encore un live l'année suivante, et puis fini. Réédité récemment (cet été) en CD et vinyle, une première depuis 1991 (il était vraiment difficile à trouver, et c'est toujours le cas du Live : Oy Vey, Baby), cet album est un de mes préférés de Bowie, rien que ça. Des chansons de rock un peu alternatif, un peu noisy mais pas trop, des pépites oubliées comme One Shot, Baby Universal, Amlapura, Shopping For Girls, Betty Wrong... et une excellente reprise du If There Is Something de Roxy Music. Tin Machine II est un petit chef d'oeuvre méconnu et oublié, à redécouvrir urgemment. 

126138490Caché Derrière (Laurent Voulzy), 1992 : Le meilleur de Voulzy ? Avec Lys & Love, pour moi, oui. Malgré une production qui pourrait être meilleure (disons que le CD est d'époque, il faut monter le son plus fort que de coutume pour vraiment apprécier l'écoute), cet album, son troisième (en plus de 10 ans de carrière discographique ! En fait, Caché Derrière a été fait 9 ans après le précédent opus...et le suivant aussi sera fait 9 ans plus tard, le très beau Avril), est un écrin à classiques, à hits : le morceau-titre, Le Rêve Du Pecheur (pas d'accent sur le dernier mot, car on parle aussi bien de pécheur que de pêcheur, deux sens différents), Le Pouvoir Des Fleurs, Paradoxal Système, Carib Islander... Un seul titre, ici, me déçoit franchement, Ta Plage Beach Boy. Pour le coup, c'est raté. Mais le reste, mon Dieu... C'est un des meilleurs albums de chanson française depuis des années, et toujours à ce jour. On notera la participation rapide d'Alan Stivell et de Ritchie Blackmore (oui, oui !) sur Guitare Héraut

OIPGrace (Jeff Buckley), 1994 : On a parlé du père bien plus haut dans la liste, et là, c'est le fiston (qui n'a pour ainsi dire jamais connu son père, qui a dû le voir bébé, et encore), Jeff Buckley. Un seul album studio à l'actif de ce chanteur et guitariste remarquable, à la voix d'or, mort tragiquement en 1998 par noyade accidentelle. Grace est un album qui respire la grâce, justement, un chef d'oeuvre de rock racé et mélodique, sublime du début à la fin, qui laisse totalement en admiration et respect. Que dire de cette reprise, encore plus belle que l'originale, du Hallelujah de Leonard Cohen ? Ou bien, que dire face à des morceaux comme Dream Brother (et son break de folie), Mojo Pin, Last Goodbye, So Real, Lilac Wine, ou de Forget Her, à la base sorti en single séparé de l'album, désormais placé en final ? Cet album  est un des plus grands de l'histoire du rock. Un talent fou, hélas ruiné par un stupide (et peu expliqué) accident au bord du Mississippi, en 1998...

42236613_pAlice In Chains (Alice In Chains), 1995 : Le sommet du groupe, le sommet du grunge. Non, le grunge n'est pas mort en 1994 avec Kurt Cobain, on l'emmerde celui-là. Le grunge, s'il est mort, l'a été en 2002 avec Layne Staley, chanteur d'Alice In Chains. Cet album éponyme, aussi violent et sombre qu'une pensée de suicidaire, aussi lugubre et putride qu'un récit d'exactions de serial killer racontées par le principal intéressé, sera le dernier du groupe pendant 13 ans (je parle des albums studio). Quand le groupe en refera un, Layne sera mort depuis 6 ans, le groupe (toujours en activité) aura recruté un nouveau chanteur, aura bien remonté la pente avec des albums solides. Mais aucun ne sera jamais aussi percutant, réussi, marquant que cet éponyme. Grind (Vérifiez que je sois bien mort avant de m'enterrer, putain...), Head Creeps, Over Now, Heaven Beside You (le paradis est près de toi, et l'enfer en toi), God Am, Again, Frogs... Rien à jeter. 65 minutes en enfer. 

53120468_pDifferent Class (Pulp), 1995 : Mon album préféré de britpop...avec le disque suivant de la liste, ah ah ah. Pulp est un groupe exigeant, qui n'a pas autant fourni qu'Oasis, mais chaque album est compétent au possible. Si His'n'Hers et This Is Hardcore sont excellents, celui-ci, sorti l'année majeure de la britpop, est leur sommet. Common People, Sorted For E's & Wizz, Disco 2000, I Spy (du film Mission : Impossible), Mis-Shapes, Underwear, tout est génial ici. Chant génial de Jarvis Cocker (à la diction parfaite : on comprend les paroles sans même les lire dans le livret, et d'ailleurs, le groupe demande aux auditeurs de ne pas lire les paroles pendant l'écoute, dans le livret !), paroles à tomber par terre (dans Mis-Shapes : à quoi ça sert de devenir riche si on ne sait pas quoi foutre de son pognon ?), mélodies géniales...et une durée parfaite, 52 minutes bien tassées, pile poil ce qu'il faut. Un monument, voilà tout. 

119519265From a To b (Octopus), 1996 : Unique album d'un petit groupe de britpop qui a eu le malheur de sortir son disque après la bataille. La britpop, en 1996, année de sortie de l'album, est en pleine entropie, il y en à trop, ça fuite de tous côtés, et au milieu de tous ces groupes et artistes, Octopus passe totalement inaperçu. Bonne chance pour trouver le disque, pas réédité depuis sa sortie (à noter que dans le livret était glissé une plaquette de carton léger avec des jetons de jeu de société à découper, le livret dépliant proposant en effet un plateau de jeu et les règles...si vous voulez chercher ce disque, vérifier sa présence !). From a To b est un chef d'oeuvre de britpop inventive sous influence Beatles/Kinks, des chansons qui ne feront pas recette mais sont absolument géniales (Wait And See, Magazine, Your Smile, Everyday Kiss, Jealousy...), 51 minutes de pur bonheur. On a à la fois envie de le garder pour soi et de le distribuer dans la rue et le faire passer dans les sonos des centres commerciaux, cet album oublié !

116144213Vertical Man (Ringo Starr), 1998 : Hé oui, Ringo. Le batteur des Beatles, vous vous souvenez ? On dit souvent que son meilleur album solo, il en a sorti 20 à ce jour et le dernier, c'était fin 2019, est son troisième, Ringo en 1973, le seul album post-séparation sur lequel tous les Beatles sont présents...mais jamais sur le même morceau. Ringo est excellent, et son album de country Beaucoups Of Blues de 1970 aussi, et son album de 1992 Time Takes Time aussi, et Y Not de 2010 aussi... Mais pour moi, Vertical Man, en 1998, c'est quelque chose. Un disque excellent de bonne pop/rock, bien charpenté, rien de purement transcendant, hein, on parle de Ringo, mais entre What In The...World, King Of Broken Hearts, Drift Away (une reprise, avec Tom Petty et Alanis Morrissette), Without Understanding, One, Mindfields et le morceau-titre, on a de très très bonnes chansons. Un disque foutrement méconnu, à (re)découvrir d'urgence ! On a même une amusante reprise de Love Me Do !

118976674Tulsa (Dwight Twilley), 1999 : Découvert via le livre Collector de Manoeuvre, cet album continue de m'accompagner depuis 2017, sans lassitude aucune. Je ne sais pas si c'est le meilleur de  Twilley en solo (ce mec, un des maîtres de la power-pop mais pas un spécialiste des best-sellers, n'a pas raté grand chose, de toute façon), mais c'est peut-être le cas. C'est un album génial, en tout cas, de la power-pop carillonnante et jouissive, du direct dans les couilles, aucune chanson n'est à retirer des 58 minutes de l'affaire. Sincèrement, si vous ne me croyez pas, écoutez des chansons comme Tulsa, Miracle, A Little Less Love ou Baby Girl, ou en fait, n'importe laquelle de ce Tulsa gigantesque. 

43845259_pHow The West Was Won (Led Zeppelin), 2003 : Putain, quand cet album est sorti, en début d'été 2003, peu avant la canicule...C'était chaud ! Parallèlement est sorti le double DVD sans nom (pochette western), rigoureusement indispensable à tout fan. Mais ce triple CD (et quadruple vinyle, je l'ai aussi sous ce format) enregistré en deux concerts de 1972 (Long Beach Arena, L.A. Forum), à la qualité sonore époustouflante, est lui aussi absolument indispensable. Même si écouter 19 minutes de solo de batterie (Moby Dick) peut sembler fatiguant (surtout qu'on a aussi un Dazed And Confused de 25 minutes, un Whole Lotta Love de 23 minutes...) et même si, mais ça c'est un détail, la pochette fait un peu foutage de gueule (digipack trois volets, mais aucun livret), How The West Was Won enterre sous trois tonnes de graviers The Song Remains The Same (qui, à l'époque, n'avait pas encore eu droit à sa réédition avec bonus-tracks et son remastérisé ; depuis, cette réédition de 2007, il est remonté dans mon estime et a même failli finir dans la liste lui aussi). Monumental. 

42828218_pChinese Democracy (Guns'n'Roses), 2008 : Je ne comprendrai jamais ceux qui gueulent contre ce disque parce que ça ne serait pas les Guns'n'Roses et que, donc, comme l'appellation est mensongère (il est vrai que seul Axl Rose, le chanteur, est là du groupe, le reste, ce sont des musiciens de studio et invités, hormis le claviériste Dizzy Reed), et que l'attente a été de 14 ans pour cet album, ben, forcément, ça serait de la merde. Non mais n'importe quoi. Ce disque, qu'on se le dire, est un monument de rock, grandiose, sublimement produit, certes qui s'est fait attendre (la blagounette qui circulait, c'était que la Chine deviendrait vraiment une démocratie avant que Chinese Democracy ne sorte enfin) pendant presque 15 ans, mais l'attente valait le coup. A ma première écoute en 2008, j'étais un peu inquiet, et en fait, je m'attendais à un ratage. J'ai pris baffe sur baffe, et à chaque écoute, ce fut mieux encore. Et ce final inouï, sublime, sur le dernier morceau Prostitute, c'est à faire pleurer un caillou. IMMENSE !!

84265930_pThe Suburbs (Arcade Fire), 2010 : Fan absolu du groupe depuis leur premier album (Funeral en 2004 ; avant ça, ils avaient sorti un EP, mais je j'ai découvert sur le tard), j'aime à mort tous leurs albums, y compris le dernier en date, qui a pourtant fait polémique (très dansant, très synth-pop, pas assez fouillé, un peu court, il avait de quoi décevoir). Celui-ci reste probablement leur sommet. Et c'est celui vers lequel je reviens le plus. Un album conceptuel sur la vie dans une banlieue, rempli de grands moments. Le doublé d'ouverture The Suburbs/Ready To Start est inoubliable. Sprawl II (Mountains Beyond Mountains), Wasted Hours, We Used To Wait, Suburban War, Deep Blue, Modern Man, les deux Half Light sont géniaux aussi. Un album certes long (64 minutes), mais qui file comme un single des Ramones. Quel chef d'oeuvre...

75419679_pEl Camino (The Black Keys), 2011 : J'ai vraiment découvert les Black Keys (je ne connaissais d'eux que Tighten Up, de leur album précédent, Brothers) avc ce disque, à sa sortie. 38 minutes qui m'ont envoyé uppercut sur uppercut, El Camino a été une telle baffe pour moi que pendant plusieurs mois, je n'écoutais que ça, quasiment, et je devais sûrement en être devenu chiant pour mes proches, avec cette obsession. J'ai acheté tous les autres albums en un délai d'environ deux mois, et tous les albums suivants (ils en ont fait deux autres depuis 2011) ensuite, tous m'ont plu, mais aucun autant que ce cru 2011, vraiment époustouflant. Le meilleur morceau ? Ah non, ne me demandez pas ça, c'est au-dessus de mes forces... Disons n'importe lequel des 11 titres, au choix, et le morceau choisi me conviendra parfaitement, du moment que ça change tous les jours. 

125642323CSNY 1974 (Crosby, Stills, Nash & Young), 2014 : J'aurais pu mettre Déjà-Vu (1970), évidemment, mais ce coffret monumental (3 CD, un DVD, le DVD est moins intéressant que les CDs, ceci dit) qui documente, enfin, officiellement, la tournée américaine 1974 de reformation de Crosby, Stills, Nash & Young est parfait, et synthétise bien ce qu'est CSN&Y. Qualité audio exemplaire, morceaux immenses, et quand on a autant de pointures, franchement, on ne peut pas louper. Alors, après, les engueulades sévères et répétées entre les quatre cadors ont fait que la tournée a tourné court, mais musicalement, c'est à tomber par terre. Le prix aussi : 60 euros le coffret, ça fait mal...mais ça les vaut totalement (le livret interne est un vrai livre de presque 200 pages) !

127219333Completely Under The Covers (Matthew Sweet & Susanna Hoffs), 2015 : Sans la chronique de Leslie, publiée cet été, je n'aurais jamais découvert ce coffret de 4 CDs, regroupant trois albums (plus un disque bonus) entièrement constitués de reprises de chansons des années 60 (CD 1), 70 (CD 2 et le CD bonus, qui est le 3) et 80 (CD 4), des reprises fidèles, passionnées, faites avec le coeur par Matthew Sweet (un artiste power-pop) et Susanna Hoffs, chanteuse des Bangles. C'est juste parfait dans son genre. Originalité zéro (ne vous attendez pas à des réarrangements, ils ont repris les chansons avec beaucoup de fidélité et de respect), mais pour un fan de pop, c'est abolument quintessentiel. Chaque disque existe aussi séparément, mais comme le coffret est moins cher que les 3 réunis (tout en étant, souvent, pas donné...) et qu'il y à un disque bonus, c'est le coffret qui prime. 

108507852Blackstar (David Bowie), 2016 : Oui, avec cet album, la liste est donc de 101 items au lieu des 100 requis. Mais comme je l'ai dit en intro, celui-ci est à part. Qu'il soit le dernier de la liste par ordre chronologique est une coïncidence (j'ai failli mettre le dernier album de Dylan, sorti en juin dernier...), mais ça tombe finalement très bien. Blackstar, pas la peine de le présenter. Sorti quelques jours avant la mort de Bowie, il respire la mort, la sienne. Je l'ai écouté le jour de sa sortie (un vendredi, je crois), puis le lendemain, et le dimanche. Avec admiration, tout en me disant que l'album était vraiment complexe, trop pour certains. Le lundi, je vais au boulot, un collègue me dit tu as entendu ? Bowie est mort. Je l'ai appris ainsi. Evidemment, l'album, je ne pourrai plus jamais l'écouter de la même manière, désormais, plus d'écoute innocente, ingénue. L'album est son dernier parce qu'il se savait mourant (personnellement, je ne savais pas qu'il allait si mal ; les quelques rares photos du livret auraient dû, le week-end d'avant l'annonce de son décès, me mettre la puce à l'oreille, il a une sale mine dessus), c'est son testament. Point. C'est aussi un pied de nez du tonnerre, dans un sens : pas mal de monde l'a acheté, parmi eux, des gens qui achetaient, avec ce disque, leur premier Bowie. Je ne sais pas si, parmi eux, beaucoup ont décidé de continuer la découverte de son oeuvre. Bref, ce disque intense et immense est un paradoxe : l'album que je conseillerais le moins pour découvrir Bowie, mais qui est celui qui fut le premier Bowie pour pas mal de monde, probablement...

Et je me rends compte que, putain, j'ai oublié pas mal d'albums... Même 100 items, c'est pas assez !!!