PS16

He was just a boy/Whirling in the snow/Just a little boy/Who would never grow. - About A Boy.

Il aura fallu attendre 9 ans pour le retour de Patti Smith. Ce fut avec Dream Of Life, disque remarquable sorti en 1988, écrin de quelques très beaux singles (People Have The Power, Up There Down There), disque coproduit par le mari de Patti, Fred Smith (aussi à la guitare), disque sorti sous pochette signée Robert Mapplethorpe et qui, à sa sortie, aura un beau succès. Il faut dire qu'on l'attendait, le retour de la Patti, presque 10 ans à ne rien faire (musicalement parlant), à s'occuper de sa famille. Hélas pour elle, ce retour ensoleillé (Dream Of Life, tout en ne dérogeant pas à la règle des textes engagés et/ou poétiques et référencés, n'est pas un album sombre) sera rapidement terni par des drames à répétition. En mars 1989, son ami Robert Mapplethorpe, son ancien complice des jeunes années de bohème, décède, du SIDA, à 42 jeunes années. En juin 1990, Richard Sohl, son pianiste attitré, surnommé DNV (pour Death In Venice, allusion à sa ressemblance avec Björn Andresen, l'acteur jouant Tadzio dans Mort A Venise de Visconti), décède, attaque cardiaque, il avait 37 ans. Kurt Cobain, avec qui Patti était assez liée, meurt en 1994, suicide, tout le monde le sait. La même année, et là ça sera le choc absolu, décède Frederick, le mari (depuis 1980) de Patti, il avait 46 ans, maladie du coeur. Sans oublier Todd, frangin de Patti. On peut dire que ça fait beaucoup. On aura raison de le dire. 

PS17

En 1996, Patti Smith décide de sortir la tête de l'eau, et sort son sixième album, Gone Again, coproduit par Malcolm Burn et Lenny Kaye, fidèle guitariste des débuts, qui n'apparaissait pas sur Dream Of Life (unique cas dans les albums de Patti). Long de 55 minutes (premier album aussi étendu pour Patti), Gone Again, sous sa sublime pochette (signée Annie Leibovitz) la montrant tête baissée, dans un blouson de cuir appartenant, il me semble l'avoir lu quelque part, à feu son époux et père de ses enfants, est un disque, on l'aura deviné, peu joyeux. Patti l'a enregistré avec Kaye, Jay Dee Daugherty (batterie), Luis Resto aux claviers, Tony Shanahan à la basse, on notera la participation de Tom Verlaine (Television) à la guitare, on notera aussi la participation amicale, le temps d'un titre ou deux, de John Cale (orgue), Kimberly Smith (une des soeurs de Patti, la chanson Kimberly en 1975 lui était consacrée) à la mandoline, et de Jeff Buckley (choeurs sur Beneath The Southern Cross). Autre pierre noire à l'édifice du deuil : Buckley signe ici sa dernière performance en studio, il mourra moins d'un an plus tard, de noyade accidentelle. La chanson sur laquelle il participe vocalement, de manière aussi sobre qu'élégante, est une des meilleures d'un album sublime, offrant aussi un long (8 minutes) hommage à Cobain, About A Boy. Il n'est cependant pas exclu de penser que la chanson peut aussi parler de feu son mari, mais dans l'ensemble, Gone Again lui est totalement dédié, son âme plane tout du long. Sauf sur Wicked Messenger, reprise (admirable, au passage) de Bob Dylan. 

PS18

My Madrigal est belle à tomber d'une falaise et à remonter pour recommencer, c'est une douceur d'une tristesse insondable, magiquement arrangée. Summer Cannibals, co-écrite avec Fred Smith (en fait, Patti Smith a écrite cette chanson en se basant sur une mélodie composée par son mari en 1973), sortira en single, chanson qui, avec son riff bien rock et son ambiance décontractée, détonne pas mal avec le reste de l'album. Une petite brise d'insouciance au milieu d'un ouragan de tristesse, de deuil, de mélancolie (Gone Again, au parfum grunge ; le long Fireflies, presque 10 minutes admirables), le morceau semble un peu incongru au début (tout en étant totalement réussi, il faut le signaler), mais on s'y fait assez rapidement. Au final, que dire ? Enregistré après une terrible succession de drames personnels, les 11 morceaux de Gone Again sont des merveilles souvent touchantes, qui prouvent que malgré la fatalité, Patti ne lâche rien, n'a pas abandonné, ne se laisse pas aller. Il faut continuer, coûte que coûte. Elle ne va dès lors plus s'arrêter, et la même année 1996 (au cours de laquelle elle participe rapidement au New Adventures In Hi-Fi de R.E.M., chantant sur leur E-Bow The Letter dédié à River Phoenix mort trois ans plus tôt) verra débouler une campagne de réédition de ses cinq premiers albums. En attendant le suivant, et pour ce suivant, il ne faudra pas attendre aussi longtemps qu'entre Dream Of Life et Gone Again. Un an seulement. Et une journée seulement en attendant la chronique, car je vous donne rendez-vous demain pour la découvrir !

Gone Again

Beneath The Southern Cross

About A Boy

My Madrigal

Summer Cannibals

Dead To The World

Wing

Ravens

Wicked Messenger

Fireflies

Farewell Reel