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En 1993, les Black Crowes sont au sommet. Ils viennent d'enchainer deux albums top 5 aux USA (dont un number ouane, slamma masta Boulaouane), ont tourné avec leurs idoles de jeunesse, de Aerosmith à Robert Plant. Quand vous êtes une bande de gamins de moins de 30 ans, vous avez toutes les raisons de penser que la vie est belle et que la météo sera au beau fixe pour un bon bout de temps. Enfin ça, c'est si on se trouve devant des cas "normaux". Seulement, ici on a affaire à Chris Robinson. Cet homme est une des plus belles machines à faire de la merde jamais sortie des usines du rock ricain : déclarations "couilles sur ton nez", bastons avec le public et surtout avec son frère à peine moins con et borné que lui, bon sens largement altéré par le teuteu et autres drogues de vieux babos qui pue la chaussette sale. Avec un pareil olibrius, il faut toujours être sur ses gardes car le pire peut toujours arriver. Qu'un sincère hommage soit rendu à Pete Angelus, leur manager.

Steve Gorman avait dit à juste titre que la trajectoire des Black Crowes était pire que celles de Big Star ou The Replacements, autres losers magnifiques. Car si Big Star a été malchanceux et si The Replacements s'est appliqué à tout foutre en l'air avant de construire, les Black Crowes étaient parvenus à se faire la belle place. Et qu'une fois là-haut, un seul homme a décidé que ce n'était pas suffisant. Qui ? Chris Robinson. Après la tournée How High The Moon de 92/93, il se fait construire une maison à L.A, une sorte de Palais du Hippie. Et il se met en tête de devenir le producteur du groupe, exit George Drakoulias qui n'était pas pour rien dans la réussite des deux premiers albums. Mais comme on disait à l'époque, nevermind. Une sorte de camp en pleine nature est décidé pour resserrer les liens déjà distendus du groupe. Premier signe que l'enregistrement de ce disque va être pénible : cette vieille tête de con de Rich Robinson refuse de s'y rendre. Cadeau Bonux : il veut bien enregistrer à L.A si on lui achète une villa (!!!!!). Si cela ne sent pas le faisan, je ne m'y connais pas.

Les caprices des Robinson Brothers touchent aussi le secteur créatif. Début 1993, le groupe avait enregistré une session à NOLA avec Brendan O'Brien. Elle avait donné Exit, Bewildered, The Fear Years. Les fans hardcore du groupe dodelinent de la tête à la lecture de ces titres parmi les plus heavy des Corbaques. Seulement, si vous voulez entendre tout ça, va falloir trouver les bootlegs parce que Chéper Premier a finalement décidé que ces titres n'avaient rien à foutre sur le nouveau projet. Un disque qui doit s'appeler Tall. Ce qui en argot de musicien (d'obédience jazz, surtout) signifie "défoncé". OK, voila où on en est. Un jeune connard qui boude et un Deadhead qui ne se sent plus tirer sur son shilom. Le reste du groupe réagit différemment selon les membres : le jovial Eddie Harsch est un pote de fonfonce du Chris, Marc Ford commence à vivre la vie de rockstar dans tout ce qu'elle a de plus caricaturale (traduction : il touche à l'héro), Steve Gorman et Johnny Colt serrent les dents et menacent déjà de quitter le navire à inervalles réguliers...

La pré-production de Tall débute en novembre 1993 et semble démarrer plutôt convenablement. Des titres comme Wiser Time, P25 London, A Conspiracy et High Head Blues apparaissent très vite et ça sent bon, très bon. Mais à partir de là, le Crowes Circus peut entrer en piste. Petite anecdote : RHCP joue dans la pièce voisine, et les groupes se rendent des visites de "courtoisie". A la suite d'une de ces "parties" improvisées, Flea ressort décalqué par la weed 'extra-strong/not for les pédés" de Chris R. et revient en studio capable de ne jouer qu'un unique groove. Chad Smith révélera qu'ils avaient nommé cette jam "Flea est encore allé trainer avec les Black Crowes". Huhuhuhuh ! L'enregistrement en lui-même débute le mois suivant au studio Conway à L.A, et Chris R. branche "Radio Mégalo" et s'imagine enregistrer son Exile à lui. Dealers, horaires "payés double", instruments bizarres...  Rich R., Colt et Gorman sont atterrés en voyant les trois autres faire les tamanoirs sur la table de mixage, et Gorman est à deux doigts d'en venir aux mains avec Jesus-Shishit. Les séances se trainent jusqu'en février 94, 600 000 dollars sont foutus en l'air dans un disque qui ne verra le jour qu'en 2006 (dans The Lost Crowes). Il parait que Chris parlait de Steely Dan en studio, alors que Rich ne jurait que par le In Utero de Nirvana (Chris dé-tes-tait les groupes de Seattle, Pearl Jam en patriculier. PJ qui prendra un taquet dans le titre P25 London avec la phrase destinée à Vedder, "empty bottle saviors they crawl" (ils se prostèrnent devant des sauveurs à la bouteille vide). Le restant de la troupe grunge aura droit à son A Conspiracy.) . Au final, un énorme gâchis symbolisé par le tristement célèbre tremblement de terre de janvier 1994 dans cette région.

 

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Donc, en février les BC ont un disque accouché dans la douleur et le ressentiment, dominé par la personnalité d'un leader défoncé et volontiers antagoniste. Le pire, c'est que même CR n'est pas vraiment satisfait du résultat. Alors, tu as fait chier tout le monde pendant 3 mois pour finalement décider qu'ils avaient peut-être raison ? Mais c'est pour ça qu'on embauche des producteurs, nez de boeuf ! Ah, ce Cricri, la vie serait moins marrante sans lui. Bref, une fois le disque pressé pour la promo et servi au label, un événement va tout faire basculer. Les Stones enregistrent Voodoo Lounge en ville, et Chris R. est invité à leur rendre une petite visite. En 3 heures, il décide de tout annuler. Il appelle Pete Angelus et hurle "ON REFAIT LE DISQUE ! ON VA FAIRE DU ROCK !". Cette fois, il laisse Jack Puig produire, les sessions auront lieu de jour aux studios Sound City et les substances ont moins droit de cité. A la fin du printemps, Tall est mort, vive Amorica ! Sauf que...

Chris R. choisit la photo de pochette : un pubis féminin habillé d'un string ou d'une culotte aux couleurs du drapeau des USA, d'où dépsssent quelques poils... Une photo tirée d'un vieux numéro de Hustler de 1976. Dans le camp BC, c'est la consternation. Wallmart refuse de vendre le disque, la pudibonderie US impose de cacher ces poils provocateurs. Bref, si tu penses pouvoir rééditer les scores des deux disques précédents, c'est rapé. Surtout que le disque était attendu pour la fin 93, et qu'il ne sera là qu'à l'automne de l'année suivante. Ce genre de tergiversations, ça marche quand on est un mastodonte. Pas quand on est "on the rise" et que la position n'est pas suffisamment consolidée. Les Crowes vont l'apprendre à leurs dépens, et ne parviendront plus jamais à regagner les masses. La tournée aura ses bons et ses très mauvais moments. Finies les arenas, bonjour les théâtres. Comme le chante CR sur "A Conspiracy" à propos des groupes de Seattle, "Ain't it funny how the time flies ?". That's karma for you, bitch !

Mais le disque, putain ? Oui oui, j y viens, j y viens. Cette perte de succès et ce sentiment de gâchis sont d'autant plus regrettables qu'Amorica est un magnifique effort. Le rejeton indiscipliné et dissipé de TSHAMC. On garde le châssis d'origine avec quelques morceaux rocks bien basiques : l'atrabilaire A Conspiracy, She Gave Good Sunflower, le mineur mais agréable P25 London, le Zeppelinien Gone...), quelques ballades terminales avec Ballad In Urgency (morceau qui se révèlera surtout sur scène), l'étrange et envapé Non-Fiction, et les deux joyaux de la Couronne que sont Descending (fin d'album idéale, une de leurs plus belles chansons) et SURTOUT l'inoui Cursed Diamond, tire-larmes absolu et chanson qui "recollera" le groupe lors de la tournée quand les frères seront à deux doigts de tout envoyer péter avant une série de concerts au Beacon Theater de NYC.  Innovations, si on peut parler ainsi ? La musique du groupe commence à prendre certaines couleurs latines comme sur le génial High Head Blues qui voit les mecs chasser sur les terres de Santana avant de tomber dans un refrain plus "lourd", ou country avec Downtown Money Waster.Mais contrairement à ce que certains ont bien voulu avancer, cet album ne représente en rien une révolution, ni même une réelle évolution de la musique du groupe. Le changement se fait par touches légères, le son est peut-être moins léché que celui de l'album précédent.

En bref, un quasi-chef d'oeuvre miraculé et sorti de la fange et de la boursouflure des egos. Un disque résumé par l'hymne de l'album (bah oui, je l'avais pas oublié...). Wiser Time prend son temps, rumine de vieilles rancoeurs, et explose dans un refrain qui semble coller à la peau de ces musiciens.


On a good day, it's not every day
We can part the sea
And on a bad day, it's not every day
Glory beyond our reach

Après ça, y a plus rien à ajouter. Ah si, la frustration de ne avoir eu le musclé et sexy Tied Up And Swallowed qu'en bonus américain. Sinon, faudra acheter The Lost Crowes...

 

Gone

A Conspiracy

High Head Blues

Cursed Diamond

Nonfiction

She Gave Good Sunflower

P.25 London

Ballad In Urgency

Wiser Time

Downtown Money Waster

Descending

Bonus US : Tied Up And Swallowed

Bonus japonais : Chevrolet

Bonus réédition 1998 : Song Of The Flesh

Sunday Night Buttermilk Waltz