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Peter Gabriel, dès le lancement de sa carrière solo en 1977, aura réussi l'exploit de faire sonner sa musique comme il en avait envie, de faire ce qu'il voulait, sans restriction (Kate Bush, dont on a pas mal parlé ici récemment, aussi). Un premier album peu commercial (malgré Solsbury Hill), un second qui l'est encore moins, un troisième (qui, comme les deux premiers, n'a aucun titre officiel) qui, lui, va offrir plusieurs classiques, mais est bien plus ambitieux, adulte, recherché que le commun des mortels des albums de rock de l'époque, un quatrième très orienté world music, et un double live anthologique pour résumer tout ça. Puis Gabriel plonge dans la pop, tout en restant world, et sort, en 1986, So, rempli de hits, énorme succès commercial (et album aussi réussi que les précédents, ce qui ne gâche rien). Il surprend son monde, en 1988, en faisant (et c'est une oeuvre colossale dans le genre) l'album de la bande originale de La Dernière Tentation Du Christ de Scorsese, Passion. Puis Us, en 1992, le fait revenir à des sonorités pop/world, et est, malgré son côté intimiste et intérieur (des thèmes parfois douloureux), une autre réussite. Un double live suit, excellent (un DVD live existe aussi, encore meilleur), Secret World Live. Puis silence radio pendant des années. Il ne revient sur le devant de la scène qu'en 2000 avec cet album-ci, OVO, un disque très à part.

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En quoi ce disque est-il vraiment à part dans la pourtant très variée, éclectique discographie de l'ex-Genesis ? OVO, commercialisé en Enhanced CD (c'est à dire un CD avec contenu multimédia à lire sur PC), n'est vraiment pas un disque comme les autres. C'est la bande-son du spectacle qui fut donné au Dôme du Millénaire (désormais, cet endroit n'existe plus et a été remplacé par l'O2 Stadium), à Londres, conçu pour célébrer le passage à l'an 2000. Une édition collector de l'album fut vendue sur place, au Millenium Dome ainsi que sur le site du chanteur, à l'époque, et est désormais collector. OVO a été enregistré entre 1998 et 1999 aux Real World Studios de Gabriel, avec plusieurs invités : Richie Havens, Elizabeth Fraser des Cocteau Twins, Neneh Cherry, Rasco (un rappeur américain), et Paul Buchanan du groupe écossais The Blue Nile. OVO raconte une histoire qui tourne autour de la filliation, on suit une famille à travers les âges, en trois actes, trois thèmes (agriculture, industrie, l'avenir). Le projet est ambitieux, et nul doute que le spectacle devait être bien. L'album, qui dure 62 minutes au passage, est également très bien, mais il a le malheur de démarrer sur The Story Of OVO, un morceau de rap certes signé Gabriel (il chante dessus, aussi), mais essentiellement interprété par Rasco et Neneh Cherry. Moi, vous me connaissez, je déteste ce gene musical. Je me souviens, la première fois que j'ai écouté OVO, j'ai immédiatement été refroidi par ce premier morceau (le seul de ce genre, heureusement), craignant que tout le disque soit ainsi. 

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Heureusement non, et par la suite, entre Father, Son (une des innombrables merveilles que Gabriel, depuis ses débuts, nous a offert), The Time Of The Turning avec Havens et Fraser (immense moment de frissons, ces voix...), The Tower That Ate People, les merveilleuses 10 minutes du final Make Tomorrow... OVO est un album ambitieux, gabrielien en diable (enregistré avec ses musiciens habituels : David Rhodes, Tony Levin, Manu Katché, Shankar - pas Ravi, hein - , Steve Gadd en plus d'une foultitude d'autres musiciens, d'horizons divers, trop nombreux pour être cités ici. C'est un disque réussi, majestueux (le premier morceau mis à part, là, j'ai vraiment du mal), et le plus drôle, c'est que de tous les albums de chansons originales de Gabriel (rappelons que ses trois albums les plus récents sont constitués soit de reprises d'autres artistes, soit de reprises de ses propres chansons, soit de reprises de ses chansons par d'autres artistes, tous de façon symphoniques (sauf le dernier) : Scratch My Back, New Blood, And I'll Scratch Yours, respectivement), de tous les albums de chansons originales donc, OVO est indéniablement le moins bon. Mais ce qui, pour Gabriel, est le moins bon de ses albums n'en demeure pas moins d'un niveau époustouflant, d'une richesse auditive totale, bref, un pur bonheur, donc imaginez (si vous ne les connaissez pas encore, et dans ce cas, je vous envie) ses autres albums ! Le suivant, Up, son dernier de chansons originales à ce jour, sera en ligne prochainement, d'ailleurs...

The Story Of OVO

Low Light

The Time Of The Turning

The Man Who Loved The Earth/The Hand That Sold Shadows

The Time Of The Turning (Reprise)/The Weavers Reel

Father, Son

The Tower That Ate People

Revenge

White Ashes

Downside-Up

The Nest That Sailed The Sky

Make Tomorrow