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8 décembre 1980. Le monde perd, par le geste d'un cinglé que je ne veux plus jamais citer et au sujet duquel j'espère qu'il crèvera lentement en prison d'un cancer bien douloureux (ou d'une perforation anale), un de ses plus grands artistes : John Lennon, abattu par balles devant l'immeuble Dakota, près de Central Park, Nouillorque, là où il vivait depuis des années avec sa femme Yoko et leur fils Sean, né en 1975. Mais John avait déjà un fils, Julian, de sa première femme Cynthia. Julian est né en 1963. Il a toujours eu des relations difficiles avec son père, qui a écrit pour lui Good Night (chanté par Ringo). C'est pour lui que Macca a écrit (en changeant, sans doute pour des raisons de phonétique, le prénom) Hey Jude. Enfin, un Beatlemaniaque, logiquement, sait tout ça. Il sait aussi que c'est Julian que l'on entend jouer de la batterie sur Ya Ya, à la fin du Walls & Bridges de Lennon. Après la mort de son père, il aura parfois des mots un peu durs (non, ce n'était pas que "peace and love" avec lui, ce genre), et de toute façon, même sans lire cette écoeurante biographie de Lennon signée Goldman, qui remuait un peu trop la merde, on sait que Lennon n'était pas totalement un saint. Il avait des côtés sombres. Son fils (qui a également eu, ce n'est pas étonnant, des relations parfois difficiles avec Yoko, mais pas avec son demi-frère) a donc, un jour, cet article le prouve, tenté de faire de la musique. Il a sorti six albums entre 1984 et 2011, des  albums qui, le premier mis à part, n'auront que peu de succès commercial. Sean aura plus de chance, même si ça reste un artiste de niche. 

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Valotte, sorti en 1984, produit par Phil Ramone (excusez du peu) et enregistré notamment à Muscle Shoals, Alabama et au Hit Factory de New York, est donc le premier opus solo de Julian Lennon. Pochette noire, sobre, d'un Julian qui, pas la peine de le préciser, ressemble bordéliquement bien à son papounet. Même vocalement, il y à des similitudes. On pourra dire ce qu'on veut de la volonté de Julian de faire de la musique, certains diront il veut surfer sur le succès de son père, profiter de son nom, de sa notoriété, assuré de vendre parce que c'est le fils Lennon, etc. Je trouve ça un peu con, personnellement. Dhani Harrison, le fils de George, a fait des albums. Se sont-ils vendus par kilotonnes parce que c'est le fils de George (et qu'il lui ressemble à mort, tant physiquement que vocalement ; regardez la photo de lui et Clapton, dans le livret du Concert For George de 2002, on dirait un photomontage entre Clapton âgé et Harrison jeune) ? Non. Même remarque pour le fiston Macca, et le fils de Ringo (batteur comme son père), même si je ne suis pas certain que ces deux derniers aient faient des albums en leur nom. Sean Lennon a fait des albums, en solo ou avec son groupe The Ghost Of A Saber-Tooth Tiger, ça reste, comme je l'ai dit, assez discret en terme de vente. En comparaison, Julian a beaucoup vendu de son Valotte, en 1984, et oui, ce fut probablement en grande partie à cause de l'effet de surprise, de curiosité (et en 1984, Yoko sortait Milk And Honey, premier disque posthume de John Lennon ; notons au passage que Julian n'est pas sur le même label que feu son père), et quel mal y a-t-il à cela ?

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Surtout que Valotte est loin, très loin d'être un mauvais album. Je ne sais pas ce que valent les autres (Mr. Jordan, Photograph Smiles...), mais ce disque court (38 minutes) est vraiment pas mal dans son genre, de la bonne pop certes qui sent bon les années 80, mais la production aurait pu être pire, Phil Ramone (Billy Joel, Madonna, Chicago, Paul McCartney, The Band, Rod Stewart, Stevie Wonder...) étant un très très bon producteur. Valotte date donc de 1984, et tire son nom d'un château français (situé dans la Nièvre) où Julian et des amis s'étaient installés pendant trois mois, afin de composer. L'album sera serti de quelques singles (Too Late For Goodbyes, Valotte, Say You're Wrong et Jesse) et recevra, c'était couru d'avance, des critiques assez acerbes de la part de la presse, certains diront que le fiston n'a pas le talent de son regretté père, d'autres, qu'il cherche sans doute à surfer sur le succès et miser sur son nom pour vendre (les cons...c'est mesquin, de dire ça...bon, en même temps, il s'appelle Lennon, il est fils de musicien et chanteur, il est lui-même musicien et chanteur, alors pourquoi faire de la peinture ou écrire des livres quand on a une telle passerelle devant soi ?). Mais l'album sera une belle vente, et il est vraiment pas mal, les chansons, dans la veine du Lennon de Double Fantasy il faut le dire (mêmes sonorités, parfois) même si Julian dira avoir surtout eu Imagine en tête à ce moment, les chansons, donc, sont très bonnes, agréables, et sans être un sommet, ce premier album de Julian Lennon est vraiment très bien. Mais l'effet de surprise n'a apparemment pas duré longtemps : dès son album suivant, il vendra nettement moins, jusqu'à tomber dans l'oubli, ou presque...ce qui est au moins aussi con que les réflexions de certains à l'époque de la sortie de Valotte, pour moi. 

FACE A

Valotte

O.K. For You

On The Phone

Space

Well I Don't Know

FACE B

Too Late For Goodbyes

Lonely

Say You're Wrong

Jesse

Let Me Be