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J'ai déjà parlé à plusieurs reprises, ici, de Steven Wilson. Guitariste et chanteur (il joue aussi d'autres instruments, mais c'est surtout un guitariste), il est un des fondateurs de Porcupine Tree, remarquable groupe de rock progressif britannique assez orienté métal progressif, groupe qui a sorti quelques albums à tomber : In Absentia, Deadwing, Fear Of A Blank Planet, The Incident... Wilson s'est aussi lancé en solo, et il a sorti quelques albums vraiment bluffants. Comme The Raven That Refused To Sing And Other Stories, que tout fan de rock progressif et de métal progressif se doit d'écouter (rien que pour Luminol), album sur lequel il joue sur le Mellotron utilisé par King Crimson pour leur premier album de 1969, rien que ça. On peut aussi citer Grace For Drowning, double album sans doute un peu longuet, mais très réussi. Le bonhomme, qui est en parallèle producteur et réarrangeur/remixeur (il a 'nettoyé' notamment le Tarkus d'ELP et le Aqualung de Jethro Tull pour des rééditions spéciales), en 2015, sort cet album qui, en vinyle, est double (simple CD, l'album durant 65 minutes) et s'appelle Hand. Cannot. Erase. Apparemment, les points entre chaque mot du titre font partie intégrante du titre, je les laisse donc. Sur ce disque, Wilson (chant, guitare, claviers, percussions, banjo, basse, programmations) est entouré de Nick Beggs (basse, Chapman Stick), Guthrie Govan (guitare), Adam Holzman (claviers divers, ça va du piano au céleste en passant par le Moog et le Hammond...) et Marco Minnemann (batterie), plus, dans les voix, en plus de la sienne, Leo Blair, Ninet Tayeb, Katherine Jenkins (pour la récitation). Et d'autres musiciens, dont le London Session Orchestra pour les cordes, arrangées et dirigées par Dave Stewart (pas celui de Eurythmics, un homonyme). 

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Intérieur de pochette (couleurs) et couverture du livret (noir & blanc)

Hand. Cannot. Erase. est un album conceptuel, qui raconte une histoire. Wilson a dit que la genèse de son album venait d'un documentaire qu'il a vu, concernant une jeune Britannique (et précisément Londonienne) du nom de Joyce Vincent. On retrouva son corps dans son appartement, ça faisait trois ans qu'elle était morte. De son vivant, elle avait des amis, des relations, de la famille, une vie normale. Mais pendant trois ans, apparemment, elle n'a manqué à personne. Une histoire qui, selon Wilson, en dit long sur le côté très égotiste de la vie actuelle. L'album ne raconte pas cette histoire, mais une histoire similaire, très ancrée dans le réel : une jeune femme, H, disparaît, plus de nouvelles d'elle (l'album est vu de son point de vue à elle). Elle a eu une vie heureuse, si ce n'est que ses parents lui préfèraient apparemment sa jeune soeur, J. Mais dans l'album, et dans un livre accompagnant une édition deluxe de l'album, on apprend l'existence de cadeaux de Noël destinés à un frère de H...quel qu'il soit. Une histoire assez troublante, que l'on distingue un peu via le livret (paroles et photos), mais qui est sans doute bien complétée via ce livret de l'édition deluxe, que je ne possède hélas pas (merci Internet pour les quelques infos que je donne ici). Musicalement très accessible (on est loin de la furie metal des albums de Porcupine Tree, groupe de Wilson, et des envolées progressives de The Raven That Refused To Sing And Other Stories, de Wilson), Hand. Cannot. Erase. offre de vraies merveilles, comme le morceau-titre, Perfect Life (en majeure partie narratif, Wilson n'intervenant que le temps d'une phrase répétée en mantra, une fois la narration, faite par Katherine Jenkins, achevée), Routine, Ancestral (deux remarquables morceaux assez étendus avec notamment la participation vocale, assez remarquable, de Ninet Tayeb), 3 Years Older dont le titre est explicite de l'histoire...

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Bien que long (plus d'une heure), cet album s'écoute d'une traite sans ennui, aucun temps mort à déplorrer, contrairement à Grace For Drowning, le précédent opus. Cette histoire triste, désespérée, d'une jeune femme (cachant apparemment des secrets douloureux de sa vie) morte ou disparue dans une indifférence totale est une vraie réussite. Quand on pense qu'une telle chose (en moins romancée, évidemment) est arrivée dans la vie réelle, on se dit que putain, on vit vraiment dans une époque merdique, chacun pour sa gueule, etc... Musicalement, ce disque est du rock progressif parfois énervé, mais rien de comparable avec Porcupine Tree. Ca sonne moderne, parfois un peu antique aussi (mellotron), le chant de Wilson est comme toujours parfait, et le concept est bien maîtrisé, ce qui fait que même sans rien comprendre à l'anglais (ce qui, je précise, n'est pas mon cas), vous trouverez tout de même, en écoutant l'album, toute sa détresse, sa tristesse, se répandre dans votre maison, après être sortie des enceintes de votre chaîne hi-fi. Dans le genre, et chez Wilson, c'est, avec Deadwing de Porcupine Tree, un de ses albums les plus émouvants ; oui, émouvants, j'ai bien utilisé ce terme !

FACE A

First Regret

3 Years Older

Hand Cannot Erase

FACE B

Perfect Life

Routine

FACE C

Home Invasion

Regret #9

Transcience

FACE D

Ancestral

Happy Returns

Ascendant Here On...