HH1

Encore un peu de jazz ? D'accord. Mais là, on ne va pas parler de Miles Davis, mais d'un musicien également de haut, très haut talent, qui a par ailleurs souvent collaboré avec Miles, j'ai nommé Herbie Hancock, mémorable claviériste qui, c'est bien pour lui et c'est bien pour ses fans, est toujours de ce monde et en activité (80 ans tout de même). Hancock a fait partie du Miles Davis Quintet entre 1963 et 1968, on l'entend notamment sur Sorcerer, Nefertiti, Filles De Kilimanjaro, mais aussi, après le Quintet, sur In A Silent Way, A Tribute To Jack Johnson, Live-Evil, On The Corner, Big Fun, Get Up With It (deux albums composites)...On l'entend également sur moult albums d'artistes tels que George Benson, Quincy Jones, Stan Getz, Wayne Shorter, Sonny Rollins, Tony Bennett, Wynton Marsalis, Tony Williams...mais aussi chez les Simple Minds (1982, un solo d'orgue électrique sur Hunter And The Hunted, sur New Gold Dream ('81/'82/'83/'84), à tomber) et Joni Mitchell. Hancock a démarré sa carrière solo en 1962, sur le mythique label de jazz Blue Note. Entre 1969 et 1972, il fait, avec son groupe Mwandishi, trois albums (qui, pour réussis qu'ils sont, ne se vendront pas très bien, ils sont, de fait, plutôt expérimentaux) sur Warner Bros Records, avant, en 1973, avec cet album que j'aborde, Sextant, de passer sur Columbia  Records. Sextant est le dernier album fait avec la première mouture 70's de son groupe Mwandishi. La pochette fait éminemment penser à celles que Mati Klarwein a fait pour Miles Davis (Bitches Brew, Live-Evil), mais ce n'est pas le même artiste qui l'a faite. Elle possède à peu près le même style surréaliste, et je l'aime beaucoup. En fait, Sextant est le premier Hancock que j'ai écouté (et le seul que j'ai acheté en vinyle, en plus du CD), rien que pour sa pochette qui me tapait dans l'oeil !

HH2

Tous les musiciens ont des surnoms africanisants : Mwandishi, c'est Hancock (claviers divers, ça va du piano au Moog en passant par le Mellotron et le clavinet) ; Mwile, c'est Bennie Maupin (saxophone, clarinette, piccolo), Pepo, c'est Julian Priester (trombones, cencerro) ; Mganga, c'est Eddie Henderson (trompette) ; Mchezaji, c'est Buster Williams (basse, contrebasse) ; Jabali, c'est Billy Hart (batterie). On a aussi, sans surnoms, sans doute parce que ne faisant pas partie de Mwandishi, Patrick Gleeson (solo de ARP 2600, un clavier électronique) et Buck Clarke (percussions). La production est signée David Rubinson. L'album n'offre que 3 titres, pour un total de 39 minutes, et le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est un album d'ambiance. Ce n'est, aussi, pas un disque de jazz classique, on est ici dans de la fusion entre le jazz, de la funk et de l'expérimental, avant-garde. Dès le premier morceau, Rain Dance, on est plongé dans un univers curieux, minimaliste (un thème étrange, un peu sinistre, assez peu conventionnel, traverse tout le morceau, je peux comprendre que certains trouveront peut-être ça chiant). Une image vient en tête : une tribu, d'Afrique, de Polynésie, des Natives, peu importe, dansant rituellement pour appeler la pluie. Un peu, d'ailleurs, comme sur la pochette. Les notes de Moog, ou de Mellotron, enfin de claviers, sonnent un peu comme des grosses gouttes de pluie en train de tomber, avec la même régularité. En tout cas, c'est ce qui me traverse l'esprit quand j'écoute ce morceau.

HH3

Les deux autres, et surtout Hornets qui occupe toute la seconde face (bah oui : trois morceaux, sur un vinyle, signifie forcément qu'une des deux faces n'en contient qu'un seul, on est d'accord ?), sont, avec des thèmes différents, du même acabit. Sextant (chouette titre), sans doute mon album préféré de Hancock (devant le très connu Head Hunters, devant Crossings), est vraiment un disque idéal à écouter si vous recherchez des ambiances un peu cheloues, jazzy et avant-gardistes, sombres, presques palpables. Les musiciens sont extraordinaires, les thèmes sont parfaits, l'album n'est ni trop court, ni trop long. Bien entendu, même en ces années où le jazz-fusion faisait des ravages (Bitches Brew était passé par là, en éclaireur, en 1970, et après lui, le déluge), où Weather Report allait commencer à bien vendre ses albums, cet album de Hancock, malgré qu'il soit sans doute un de ses sommets, sera un bide commercial. C'est cependant un album que je recommande sans aucune réserve à toute personne aimant le jazz un peu étrange. Personnellement, je ne m'en lasse pas !

FACE A

Rain Dance

Hidden Shadows

FACE B

Hornets