MD16

Bon ben voilà, le cycle Miles Davis '80's est terminé, c'était pas si douloureux que ça, quand même, non ? Ah si ? Bon ben, je m'excuse. Surtout que pour finir le cycle, je risque de vous faire hurler de douleur, ça va faire terriblement mal, désolé. Pourquoi ? Parce que cet album-ci, sorti en juin 1992, soit presque un an après la mort de Miles Davis (oui, il a défunté en septembre 1991), c'est vraiment du douloureux. Long de 40 minutes (c'est déjà bien que l'album ne soit pas de la durée du précédent opus du cycle, Aura, croyez-moi pour ça, les mecs), sorti sous une infâme pochette montrant un Miles à moitié à poil, en pantalon de lycra (ou autre matière) à pois jaunes, avachi sur un lit, trompette en bouche, regard de lion acculé, entouré de coussins, pieds nus (on le voit au verso), cet album s'appelle Doo-Bop. Il a été produit par Easy Mo Bee, un producteur de...hip-hop. Oui, de hip-hop. Croyez-moi, ça me fait mal jusque dans ma montre (merci, Renaud) à chaque rarissime fois que je daigne écouter ce disque dont j'ai failli me séparer à plusieurs reprises. Combien de fois ai-je failli prendre le CD (je ne l'ai que dans ce format), ouvrir ma fenêtre, et le lancer tel un frisbee ?

Si je ne l'ai pas fait, c'est par souci de complétisme de collectionneur à la con (c'est le complétisme, pas le collectionneur, qui est à la con, dans cette phrase, merci bien, je ne m'auto-insulte pas). 

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 Doo-Bop, c'est vraiment un disque que je conchie pire qu'une escadrille de mouettes le feraient d'une Chevrolet vert pomme garée sur le parking Vinci du port du Havre un dimanche matin de septembre. Dans un de ses commentaires publiés début juin (ou à la toute fin mai), et que je n'ai pas réussi à retrouver dans la pléthore de commentaires sur le blog (mais il est bien là, quelque part, et seul l'Élu pourra mettre la main dess...mais qu'est-ce que je raconte ?), Leslie Barsonsec disait, au sujet de ce disque, en gros, idée géniale foutue en l'air par une mise en pratique déplorable.

C'est vrai que l'idée de départ, faire un disque en hommage à la musique noire moderne, à la musique à la mode (au rap/hip-hop, quoi), est totalement milesdavisienne. Voire même pas si conne. Après tout, en 1972, quand il a fait son fulgurant (mais très mal aimé à sa sortie) On The Corner, c'est à la musique funk, et notamment à Sly & The Family Stone (il aurait usé son exemplaire du There's A Riot Goin' On de Sly, le Miles, à force de l'écouter !), qu'il pensait fortement. En 1991, Miles a 65 ans, il n'est pas le seul, d'ailleurs. Il entend partout du rap, NWA, Wu-Tang Clan, Public Enemy, j'en passe, et il a l'idée de faire un disque inspiré par ces sonorités, imprégnés de ces sonorités. Quoi de mieux que de collaborer avec un producteur du genre ? Easy Mo Bee, producteur notamment de The Notorious B.I.G. (pas encore au moment de collaborer avec Miles), de Big Daddy Kane... Apparemment, les sessions se passent bien. Comme il est dit dans les notes de pochettes (originales), à un moment donné, Miles a dit au producteur, alors que l'album était quasiment fini, il faut que je rentre à l'hosto, faire un check-up, t'inquiète pas, la routine.

Ah bah ouais, tu parles. Il n'en ressortira pas vivant. 

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Easy Mo Bee a remixé des soli de Miles pour en faire deux morceaux, Fantasy et High Speed Chase, et a rajouté 1,30 minute de reprise de Mystery (le premier morceau de l'album) en final, pour compléter l'album. Il le dit lui-même dans les notes de pochette, donc ça va. Ce qui ne va pas, c'est le contenu musical. Entre la production et les thèmes (même si la trompette de Miles sonne parfois très bien), ce Doo-Bop, tentative de mélange entre rap et jazz, est un échec, il faut se l'avouer. Quand on sait en plus que c'est posthume, on se dit que la carrière de Miles (ce sont ses dernières sessions) s'est vraiment bien mal terminée. Et vu comment je déteste le rap, c'est peu dire que, de toute façon, même pour un fan de Miles Davis comme moi, ça partait mal à la base. On a des morceaux chantés (par Easy Mo Bee ou J.R.), The Doo Bop Song, notamment. Peu, mais on en a. Et quand je dis 'chantés', je veux dire 'rappés'. Est-ce un disque de jazz influencé par le rap, un disque de rap essentiellement instrumental (paradoxe...) avec la participation de Miles, ou un disque de fusion entre les deux genres, je m'en fous la couille gauche avec la droite, le résultat est hélas le même : les 40 minutes de Doo-Bop sont une épreuve pour le bon goût. 

FACE A

Mystery

The Doo Bop Song

Chocolate Chip

High Speed Chase

FACE B

Blow

Sonya

Fantasy

Duke Booty

Mystery (Reprise)