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Allez hop, on continue, et c'est bientôt fini (demain), le cycle Miles Davis. J'ai eu du mal à parler de Tutu, hier, malgré tout ; j'en ai chié des pendules comtoises avec mécanisme et des encyclopédies en 15 volumes, pages roses incluses, pour arriver au bout de la relativement courte chronique de cet album raté (à cause de sa production) et qui aurait tellement pu être mieux. Mais pour celui-ci, je pense (et nom de Zeus de bordel de zut, j'espère, surtout) que ça sera différent. Comme je l'ai dit hier, Miles Davis, dès Tutu en 1986, est passé sur un autre label, et ce, jusqu'à la fin de sa carrière et de sa vie (1992 pour la carrière ; 1991 pour la vie). Lui qui, pendant une grosse, grosse (et musicalement importante) période de sa carrière, était sur Columbia, passe chez Warner. Cependant, l'album qui nous intéresse, sorti en 1989, est paru sur Columbia Records. Sous la forme d'un double album en vinyle (67 minutes), tout tient sur un seul CD. Pourquoi ce rechangement de label ? Sans doute parce que, bien que sorti en 1989, Aura, c'est le nom de l'album, a été enregistré en 1985, avant le changement de label (du moins, c'est ce que j'imagine). Sans doute devait-il rester à Miles un album à publier sur son ancien label, obligation contractuelle. Sans doute y avait-il entre Columbia et Miles Davis des problèmes juridiques (suite à son changement de label) qui ont retardé sa publication. En tout cas, Aura est le dernier album studio sorti du vivant de Miles, et il a été enregistréaux Easy Sound Studios de Copenhague, oui, au Danemark, et produit par Palle Mikkelborg, oui, un Danois (pas la race de chien, hein). 

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Et enregistré essentiellement avec des musiciens danois. On a certes John McLaughlin à la guitare, le retour du Mahavishnu qui n'avait, il me semble, pas collaboré avec Miles depuis les années 70, sauf erreur de ma part (hé si, j'ai fait une erreur : il est sur le minable You're Under Arrest de 1985). Et on a aussi Vince Wilburn (batterie électronique), neveu de Miles. Mais les musiciens, sinon, sont danois, ou en tout cas, scandinaves : Vincent Nilsson, Jens Winther, Bent Jaedig, Niels-Henning Orsted Pedersen... Je ne vais pas tous les citer. Aura, disque assez long (pour moi, outre sa production qui, parfois, date un peu, batterie électronique pas terrible..., c'est le défaut du disque), est conceptuel. Les 10 titres sont, tous (Intro excepté), en allusion à une couleur : Orange, Blue, Red, White, Electric Red (que j'ai mis en couleur rouge classique en bas, car je me suis amusé avec le tracklisting, et je n'ai pas trouvé de rouge électrique)... Il y à un concept, mais l'album étant exclusivement instrumental (on a des voix, par Eva Hess-Thaysen, mais vraiment très peu), c'est peu dire que le concept, un prisme musico-colore, passe un peu au-dessus de la tête. On peut s'amuser à imaginer du jaune en écoutant Yellow, ou du vert en écoutant Green, mais ça va quelques secondes. C'est un peu de la branlette intellectuelle, une manière de rendre le disque plus original, mais est-ce que Palle Mikkelborg (car tous les morceaux sont composés par le producteur, Miles n'est que le principal musicien ici, il n'a rien composé) a vraiment composé Orange en pensant à cette couleur, par exemple, je ne sais pas, et ça me semble tiré par les cheveux.

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Bon, après, bien que long (8 des 10 titres font entre 6 et 9 minutes, et 6 minutes en moyenne, le plus court des 10 titres dépasse les 4 minutes), et bien que parfois, pas tout le temps mais parfois, un peu daté niveau production, Aura est clairement le meilleur album de Miles Davis depuis, disons, Get Up With It (1974), sans aller jusqu'à atteindre sa perfection. Et pour les ceusses qui me répondront que Get Up With It est un disque composite (constitué de morceaux enregistrés pour d'autres sessions ; bref, une sorte de compilation), ce qui est vrai, alors je leur dirai qu'Aura est le meilleur depuis On The Corner (1972), sans, là aussi, atteindre sa perfection. Mais Aura est malgré ça un excellent album, parfois proche de ce que Miles faisait à l'époque de Kind Of Blue (Green), on a affaire à un disque oscillant entre le jazz, la fusion, et même la musique classique moderne (Messiaen semble avoir été une source d'inspiration pour Mikkelborg). Certes, c'est un peu long, il faut prendre le temps de l'écouter plusieurs fois, de monopoliser 67 minutes de concentration auditive à chaque fois, et c'est pas toujours évident. Mais au final, s'il y à un album de Miles, paru dans les années 80/90, à écouter, à avoir, c'est indéniablement celui-là. 

Passez le tracklisting en surbrillance pour avoir le nom de tous les morceaux, vu certaines couleurs (rendues, ici, parfois approximativement)...

FACE A

Intro

White

Yellow

FACE B

Orange

Red

FACE C

Green

Blue

Electric Red

FACE D

Indigo

Violet